La pénurie dans le Sud-Soudan d’antirétroviraux (ARV), des traitements permettant de prolonger la vie des malades atteints du sida, menace des milliers de vies et oblige de nombreux patients à se rendre en Ouganda pour se procurer ces médicaments.
« Il n’y a plus aucun ARV ici alors, une fois par mois, nous devons nous rendre à Arua [une ville du nord-ouest de l’Ouganda] pour obtenir des médicaments », a dit Joël Baba, qui vit à Yei, une ville du Sud-Soudan située dans l’Etat Central Equatoria.
« Ce voyage est très onéreux ; nous devons payer des frais de douane, d’hébergement, de nourriture et de transport – tout le monde ne peut pas se le permettre ».
Bien que la paix soit revenue après 21 années de conflit entre le nord et le sud du Soudan, la plupart des régions du sud qui ont été coupées des services de santé de base pendant la guerre n’ont toujours pas accès aux traitements pour le sida.
Arua est à plus de 100 kilomètres de Yei ; les deux villes sont reliées par des routes mal entretenues qui ont été endommagées par les bombardements.
« Au début [du traitement], les dispensaires ougandais refusent de nous donner un traitement pour un mois – on doit s’y rendre pour continuer le travail de conseil et de suivi pour une meilleure observance du traitement, ou alors rester en Ouganda durant un certain temps, ce qui nous revient encore plus cher », a déploré M. Baba. « Et pour les patients déjà malades, il leur est impossible de faire le déplacement ».
Il y a très peu d’informations sur le nombre de personnes vivant avec le VIH à Yei, ce qui entrave fortement l’approvisionnement en ARV des services de lutte contre le sida. Une étude de 2002-2003 publiée en avril 2006 dans AIDS, le journal officiel de l’International AIDS Society, a indiqué un taux de séroprévalence de 4,4 pour cent à Yei, un taux sensiblement supérieur à celui de la moyenne nationale qui s’établit à 2,6 pour cent.
Selon Florianne Gaillardin, la coordinatrice régionale pour l’American Refugee Committee, une organisation qui fournit des soins à domicile ainsi que d’autres services VIH à Yei, le problème se pose particulièrement pour les femmes enceintes séropositives.
« L’année dernière, quatre sites dans Yei avaient commencé à offrir des services de PTME [Prévention de la transmission mère-enfant] en distribuant de la nevirapine fournie par le Fonds des Nations unies pour l’enfance [UNICEF], mais depuis le mois de décembre, ils n’en reçoivent plus – la PTME pose un sérieux problème, ici », a-t-elle dit.
A Yei, deux centres prénatals ont confirmé qu’ils ne recevaient plus de nevirapine, un antirétroviral, depuis décembre 2006. L’UNICEF a indiqué pour sa part que l’approvisionnement de ce médicament avait été suspendu lorsque leur consultant avait quitté Yei, ce qui avait rendu l’échange d’informations difficile.
Sheila Mangan, spécialiste du VIH/SIDA auprès de l’UNICEF à Juba, la capitale du Sud-Soudan, a indiqué à Irin/PlusNews que l’agence onusienne allait remédier au problème.
« Nous avons les kits de dépistage, mais lorsqu’une femme est déclarée séropositive, nous ne pouvons rien faire pour elle. Lorsqu’elle est en travail qu’elle a besoin de nevirapine, elle ne peut pas prendre le bus pour aller en Ouganda ! », a affirmé Benjamin Mondi, qui dirige le service de soins prénatals d’un établissement hospitalier de Yei,
La plupart des femmes ne peuvent pas se rendre en Ouganda tant qu’elles n’ont pas accouché, a-t-il ajouté. « Pourquoi leur faire le test si nous ne pouvons pas traiter la patiente ? ».
Youniter Mutsungah, directeur de New Start HIV Services, une ONG basée au Kenya qui a récemment assuré à Yei la formation en PTME des agents sanitaires de cinq Etats du Sud-Soudan, a affirmé que l’absence de nevirapine avait créé de sérieuses difficultés.
« Nous avons dû faire des visites sur le terrain et pratiquer des interventions ; mais comme il n’y avait aucun médicament, nous avons été obligés de les former sur d’autres aspects de la PTME, comme par exemple les conditions d’un accouchement sûr et les différentes options d’allaitement au sein », a-t-elle dit à Irin/PlusNews. « Nous sommes vraiment préoccupés par le manque de nevirapine à Yei ».
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