Dieudonné Sourou ne quitte jamais le cybercafé de Cotonou, la capitale économique béninoise, où il vient chaque semaine consulter ses messages électroniques privés, sans avoir envoyé ce que ce jeune homme de 25 ans appelle des « messages utiles » de sensibilisation sur le VIH/SIDA.
Dans ce petit cybercafé situé à la périphérie nord de Cotonou, Dieudonné est concentré à taper rapidement son « message utile » sur le clavier de l’ordinateur, avec dans un coin de son écran une longue liste d’adresses qu’il a répertoriées, une démarche qu’il répète toutes les semaines.
« J’avais déjà envoyé la semaine dernière un message à cette liste de personnes sur le nouveau rapport de l’Organisation mondiale de la santé, sur le rôle préventif de la circoncision dans la lutte contre la transmission du [VIH] » a-t-il expliqué à IRIN/PlusNews.
A l’image de Dieudonné, de nombreux jeunes Béninois ont décidé, de leur propre initiative et bénévolement, de s’impliquer dans la lutte contre l’épidémie.
« C’est notre façon à nous de peser sur le débat sur la sensibilisation, en vue de la prise de conscience de la communauté autour de la maladie », a expliqué Alain Doumin, élève en classe de terminale dans un lycée de Cotonou, qui est venu au cybercafé avec une série de documents sur le VIH/SIDA à envoyer.
« Nous n’avons pas l’argent pour déployer les grands moyens pour sensibiliser sur la place publique, et cette passerelle [le message électronique] qui ne demande pas un grand engagement financier de notre part nous permet de nous investir aussi dans le combat », a-t-il ajouté, avant de se concentrer à nouveau sur son travail.
Les jeunes envoient ces messages à des destinataires qu’ils ne connaissent pas, les amis représentant « au plus le dixième de l’ensemble de mes destinataires », selon Alain, dans le but de toucher un public le plus large possible.
« L’impact est étendu, nous envoyons des messages en dehors du Bénin, nous récupérons plusieurs adresses dans les annuaires des hébergeurs principaux [de sites internet] sans savoir exactement à qui nous les envoyons dans la plupart des cas », a expliqué Dieudonné.
Le vécu à l’origine de l’initiative
La plupart des jeunes ont avoué que c’était souvent une expérience personnelle qui les avait convaincu de s’engager dans la lutte.
« J’ai commencé [à écrire les messages] après avoir vu mourir un jeune homme du sida dans mon quartier » a expliqué Gabin Ogbonikan, un autre jeune qui dit avoir envoyé plus de 50 messages en deux ans. « Cela m’a profondément marqué, et je me suis dit que l’indifférence ne saurait être la réponse à une tragédie qui s’organise ».
Claude Dossa, jeune tenancier d’un cybercafé à Porto Novo, la capitale béninoise, a décidé de se servir de son clavier pour influencer les comportements lorsqu’il a constaté que plusieurs jeunes de sa génération fréquentaient des travailleuses du sexe.
« J’ai estimé que la naïveté et le manque d’informations constituaient le problème fondamental à la source de ces comportements à risque », a-t-il dit. « Chacun dans son cadre de vie et dans son cadre professionnel doit essayer d’apporter sa contribution pour combler le fossé constaté en cette matière, et en tant que tenancier de cybercafé, je n’ai pas mieux à apporter que de faire ce à quoi je m’atèle en ce moment ».
Saturnin Afolabi, étudiant en deuxième année de linguistique à l’Université d’Abomey Calavi, au nord de Cotonou, a dit envoyer « chaque semaine au moins deux messages sur les enjeux en termes de prévention de la maladie » et essayer « d’informer sur les nouvelles réflexions qui se mènent sur le plan national ou international ».
« Personne ne nous a demandé d’écrire ces messages, nous avons juste pris conscience d’une situation », a-t-il affirmé.
Au Bénin, le taux de prévalence national était estimé à 1,8 pour cent fin 2005, selon les Nations Unies, en baisse par rapport à 2003.
Mais, selon Saturnin, qui comme Gabin, précise avoir fait un test de dépistage du VIH, « cela ne doit pas entraîner l’arrêt de la mobilisation. Par exemple dans les grandes villes, il y a des efforts considérables à faire, et cela n’est pas encore suffisamment compris par la majorité ».
Des messages bien reçus
Les destinataires des messages de sensibilisation apprécient l’initiative et envoient régulièrement des réponses encourageantes, a affirmé Saturnin.
« Tout le monde n’est pas en mesure d’aller chercher l’information, il faut donc se résoudre à faire le travail à la place des gens, et chaque fois que j’envoie les messages, même à des personnes que je ne connais pas, il y a toujours des réactions qui atterrissent dans ma boîte aux lettres [électronique] », a-t-il dit.
Selon lui, « c’est très encourageant et cela permet réellement d’évaluer l’impact du travail fait sur les cibles... S’ils donnent une réponse et encouragent l’initiative, nous avons déjà à moitié réussi ».
Pour les autorités en charge de la lutte contre le sida, qui ont eu vent de ces initiatives spontanées et pour qui aucun effort ne doit être négligé dans le combat contre l’épidémie, l’idéal serait que ce mouvement puisse créer une importante chaîne de circulation de l’information.
« Je sais bien que certains jeunes font cet excellent travail de vulgarisation, discrètement, sans demander le soutien financier et matériel de qui que ce soit », a dit Daniel Gbaguidi, agent communautaire de lutte contre le sida. « Plusieurs personnes qui reçoivent les messages se chargent à leur tour de les divulguer, ce qui participe au renforcement des actions, on ne demande pas mieux ».
Même si l’internet est encore loin d’être utilisé par la majorité des Béninois, son utilisation est en expansion et Honoré Chintan, informaticien et propriétaire d’un cybercafé dans un quartier populaire de Cotonou y voit un moyen supplémentaire de sensibilisation des populations sur l’épidémie.
« Il y a encore des efforts à faire dans les années à venir pour démocratiser l’internet en vue d’en faire... un outil efficace de lutte contre le sida à l’instar des instruments classiques [de communication] actuellement utilisés dans les différentes campagnes [de sensibilisation] », a-t-il dit. « C’est un système avantageux qui devrait faciliter les efforts de vulgarisation à grande échelle de l’information sur le VIH/SIDA ».
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