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Vers un dénouement dans l'affaire des 'enfants du sida' ?

La décision de la justice libyenne de commuer en prison à vie la peine de mort prononcée à l’encontre des six professionnels de la santé bulgares accusés d’avoir inoculé le VIH à plus de 400 enfants libyens, ajoutée à la demande d’extradition formulée par la Bulgarie, laisse entrevoir une issue à une affaire qui dure depuis huit ans.

La peine des six praticiens –cinq infirmières et un médecin palestinien naturalisé bulgare en 2006- a été commuée le 17 juillet à l’issue de la réunion du Conseil supérieur des instances judiciaires libyennes, la plus haute instance judiciaire du pays, qui dépend directement du ministère de la Justice.

Le ministre libyen des Affaires étrangères, Abdelrahman Chalgham, a précisé que ce jugement était définitif. « Cette décision clôt automatiquement le processus juridique en cours contre [les six soignants] », a-t-il déclaré à l’agence de presse américaine Associated Press.

Détenus depuis 1999 en Libye, les six praticiens ont été condamnés à la peine capitale à deux reprises par des tribunaux libyens qui les ont reconnus coupables d’avoir volontairement inoculé le VIH à 438 enfants, dont 56 sont décédés, lors d’une campagne de vaccination en 1998 à l’hôpital pédiatrique de Benghazi, dans le nord du pays.

Plusieurs expertises internationales, dont celle du professeur français Luc Montagnier, co-découvreur du VIH, ont démontré que la souche du virus dépistée chez les enfants se propageait déjà à l’hôpital avant l’arrivée des praticiens, mais la justice libyenne a toujours rejeté ces conclusions.

Outre les intenses pressions et efforts diplomatiques internationaux, la commutation de la peine de mort en réclusion criminelle à perpétuité a été prononcée suite à un accord conclu ces dernières semaines, par lequel les familles des victimes acceptaient de renoncer à toute poursuite en échange du versement de compensations financières.

« Toutes les familles ont reçu leur transfert d’argent, un million de dollars par infection », a confirmé Idriss Lagha, à la tête de l’association libyenne des familles des enfants séropositifs, à la presse, précisant que ce transfert avait été effectué avant la réunion du Conseil supérieur des instances judiciaires libyennes.

La Fondation Kadhafi, dirigée par le fils du président libyen Moammar Kadhafi et médiatrice dans ce dossier, a indiqué que l’argent provenait du fonds spécial d'aide de Benghazi, crée en 2005 par la Libye et la Bulgarie sous l'égide de l'Union européenne.

Souvent appelé « argent du sang », le versement d’une compensation financière en dédommagement de souffrances ou d’un décès est une disposition légale du code traditionnel islamique très répandue dans certaines régions du Moyen Orient.

Une extradition qui pourrait prendre du temps

De son côté, la Bulgarie a annoncé le 18 juillet qu’elle réclamait l’extradition de ses six ressortissants, mais l’officialisation de cette demande a été reportée au lendemain pour des raisons administratives, selon les autorités bulgares.

« Avec tout ce qui s'est passé en Libye au cours des dernières années, il ne faut pas s’attendre à des décisions éclairs magiques », a dit le procureur général bulgare Boris Veltchev à l’agence de presse française AFP.

Le gouvernement libyen a affirmé que la Libye était désormais prête à envisager l’extradition des infirmières et du médecin.

« Il y a un accord de coopération légale entre la Libye et la Bulgarie, et nous ne voyons pas d’inconvénient à ce que les infirmières bulgares et le médecin palestinien en profitent » a dit le ministre des Affaires étrangères libyen.

M. Chalgham a néanmoins averti qu’il restait « une étape très importante [avant l’extradition]: fournir des garanties pour le traitement des enfants » contaminés.

Benita Ferrero-Waldner, la commissaire européenne aux Relations extérieures, a confirmé que la demande d’extradition des six professionnels vers la Bulgarie faisait encore l’objet de négociations et que son examen pourrait prendre du temps.

« Nous [l’Union Européenne] allons continuer à avoir un plan d'action [à l'hôpital de Benghazi] », a-t-elle assuré.

Les familles des victimes se disent encore convaincues que la contamination des enfants s’inscrivait dans le cadre d'une tentative de l'Occident de porter atteinte au monde musulman et à la Libye en particulier.

La Bulgarie, l'Union européenne et les Etats-Unis maintiennent quant à eux que la contamination des enfants est due au délabrement du système de santé libyen et que les six praticiens ont servi de boucs émissaires. Ces derniers n’ont jamais cessé de clamer leur innocence, affirmant que leurs aveux avaient été arrachés sous la torture.

mj/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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