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« Nous sommes Libériens et la loi doit nous protéger »

Les acteurs de la lutte contre le sida au Liberia estiment que l’adoption d’une loi protégeant les droits des personnes séropositives est devenue une nécessité face à l’augmentation du nombre de cas de discrimination, et s’apprêtent à proposer un projet de loi en ce sens.

Membre de la Light association, l’une des principales organisations de personnes vivant avec le VIH au Liberia, Patricia Wayon a raconté à IRIN/PlusNews comment elle s’était faite exclure de son église par le pasteur, dès que ce dernier avait été informé de sa séropositivité.

« Un dimanche matin, au cours du service religieux, j’ai décidé d’informer la congrégation que j’étais séropositive. Le pasteur m’a dit plus tard de ne plus jamais revenir à l’église, uniquement parce que je suis séropositive », a raconté cette jeune femme de 32 ans, à la tête d’un réseau d’une douzaine de femmes libériennes séropositives qui ont dévoilé leur statut sérologique et encouragent les autres femmes à se faire dépister.

« Ce fut un choc pour moi, parce que je pensais que le pasteur allait au contraire me conseiller et que l’église m’aiderait à rester forte », a-t-elle poursuivi.

Sa propre expérience n’est « qu’un seul des nombreux exemples de la discrimination que nous, les personnes séropositives, subissons », a regretté Mme Wayon. « Les Libériens pensent que les gens vivant avec le VIH/SIDA sont maudits ou sont des personnes aux mœurs légères qui ont fini par attraper le virus ».

Roosevelt Howard, un autre membre de l’association, a affirmé que la stigmatisation avait pris une telle ampleur qu’il était devenu difficile pour les personnes séropositives de trouver un emploi si elles parlaient ouvertement de leur statut.

Dans ce contexte, a estimé Jackline Toe, présidente de la Light association, une organisation qui compte 430 membres dans tout le pays, « seule une loi dissuasive peut mettre un terme à la discrimination ».

« C’est pour cette raison que nous voulons que le Parlement comprenne la pertinence d’une telle loi. Malgré notre statut [sérologique], nous sommes Libériens et la loi doit nous protéger », a-t-elle plaidé. « Nous voulons que le Parlement vote une loi qui punirait tout comportement discriminatoire envers nous, du fait de notre séropositivité ».

Mme Toe a appuyé les témoignages de Mme Wayon et de M. Howard, ajoutant que de très nombreux membres de l’association étaient eux aussi confrontés au quotidien à la discrimination et à la stigmatisation.

''Un dimanche matin, au cours du service religieux, j’ai décidé d’informer la congrégation que j’étais séropositive. Le pasteur m’a dit plus tard de ne plus jamais revenir à l’église.''

« Certains de nos membres ont perdu leur emploi et même dans les hôpitaux, la discrimination peut être visible ; le personnel soignant accorde moins d’attention aux membres de notre association parce qu’ils sont séropositifs » a déploré Mme Toe.

Proposition de loi

La Light association est soutenue dans son plaidoyer par la branche locale de la Société pour les femmes et le sida en Afrique (SWAA) et le Programme national de lutte contre le sida (NACP), qui ont mis en place un comité mixte regroupant des agences intergouvernementales et des acteurs de la société civile.

Ce comité, chargé d’élaborer un projet de loi contre la discrimination liée au VIH, « va réexaminer une loi type adoptée par d’autres pays ouest africains et en tirer une loi qui devrait être appliquée au Liberia », a expliqué Juanita Ramirez, responsable de la SWAA- Liberia.

Le Bénin, la Guinée et le Togo en 2005, le Mali en 2006, puis le Niger et la Guinée Bissau en 2007 se sont déjà dotés d’une législation pour protéger les droits des personnes séropositives, avec le soutien du Programme commun des Nations Unies sur le sida, Onusida.

Le comité mixte chargé de proposer le texte de loi est composé du Conseil des Eglises du Liberia, du Conseil national musulman du Liberia, de la Fédération de la jeunesse libérienne, de la Light association et du Syndicat des journalistes du Liberia. L’Etat est également représenté au sein de ce comité, via les ministères l’Intérieur, du Travail et de l’Education.

La loi type qui va être réexaminée par le comité mixte au Liberia propose par exemple qu’« il ne [soit] toléré aucune discrimination ni refus de servir ou d’offrir des opportunités fondés uniquement sur le statut sérologique d’une personne ».

« Toute personne qui contreviendra à cette loi sera reconnue coupable de violation du code civil et la victime aura le droit de porter plainte et d’exiger des dommages et intérêts », stipule cette loi type.

La responsable du Réseau des parlementaires du Liberia sur le VIH/SIDA, Alomiza Barr, a dit à IRIN/PlusNews que la loi avait déjà reçu le soutien d’autres députés.

« Il est de notre devoir de nous assurer que nos frères et sœurs qui vivent avec le VIH/SIDA bénéficient de la même protection par la loi que nous. Cette loi est soutenue par nos collègues et par des groupes de pression et une fois qu’elle sera prête à être examinée, elle sera adoptée », a-t-elle affirmé.

Le Liberia, pays de quelque trois millions d’habitants ravagé par 14 ans de guerre civile, affichait en 2003, à la fin de la guerre, un taux de prévalence du VIH de 8,2 pour cent selon les autorités, et de 5,9 pour cent selon l’Onusida, soit les taux les plus élevés d’Afrique de l’Ouest.

ak/mj/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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