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Le VIH profite de l'ignorance des enfants des rues pour se propager

« Nettoyage de pieds, nettoyage de pieds! », crient de jeunes garçons en arpentant les places des marchés de Juba, la capitale du Sud Soudan, tandis que d’autres enfants, debout, la main tendue, demande aux passants « un peu d’argent » ou « un peu de nourriture ».

Ces enfants, qui dorment sur les marches des bâtiments ou dans les échoppes abandonnées du marché, sont l’une des conséquences des 21 années de guerre civile qui ont déchiré la région. La plupart d’entre eux se souviennent à peine des familles auxquelles ils ont été arrachés lorsqu’ils ont été contraints de fuir leurs villages en proie à la violence.

Personne ne connaît le nombre exact d’enfants des rues qu’abrite la ville de Juba et seules quelques organisations non gouvernementales (ONG) travaillent avec eux. En outre, il n’existe aucun service social afin de les aider à retrouver ou à réintégrer leur famille.

Les enfants des rues ne reçoivent que peu ou pas de soutien familial, d’éducation ou de protection et se trouvent ainsi de plus en plus exposés aux abus sexuels et au VIH, ont souligné les travailleurs humanitaires en poste dans la région.

James*, un jeune garçon de 15 ans, est maigre et petit pour son âge. Il a confié à IRIN/PlusNews que sa famille avait fui les combats qui faisaient rage dans son village et était venue se réfugier à Juba, mais que sa mère était morte peu après leur arrivée et que son père était alcoolique.

« Mon père me battait à la maison. Chaque fois que je faisais une bêtise, il me battait. Un jour, il m’a dit qu’il était atteint du paludisme et il est retourné dans notre village », a-t-il déclaré. « Après son départ, il n’y avait plus personne pour s’occuper de moi, alors je suis venu au marché. »

Cela fait au moins trois ans que James vit dans la rue. Comme les autres garçons avec lesquels il vit au marché Konya Konya, James survit en mendiant et en récupérant de la nourriture dans les restaurants locaux. Il ne va pas à l’école et n’a pas accès aux services sanitaires les plus élémentaires.

Les garçons et les filles qui vivent dans les rues sont confrontés à de graves dangers, dont les prédateurs sexuels.

« Il arrive parfois que des hommes viennent et cherchent des garçons pour avoir des rapports sexuels. Ils cherchent aussi bien des garçons que des filles, mais où je vis, il n’y a que des garçons », a expliqué le jeune James.

« Il s’agit d’hommes très variés : des Arabes, des habitants du Sud, des soldats de tout le pays… certains garçons acceptent sans attendre leurs avances pour obtenir de l’argent, d’autres résistent et refusent, et risquent par conséquent de se faire battre », a-t-il ajouté.

Les enfants gagnent entre 0,05 et 0,10 dollar la passe, a-t-il précisé.

Bien que James ait déjà entendu parler du VIH/SIDA, il ne connaît pas les modes de transmission du virus ni les dangers des rapports sexuels non protégés.

« Je peux attraper [le VIH] en mangeant de la nourriture périmée; c’est le seul mode de transmission que je connaisse », a-t-il dit. « Aucun membre de ma famille ne m’a informé à ce sujet… Cela fait longtemps que j’ai quitté l’école, j’aimerais y retourner, mais je ne peux pas car je n’ai pas d’argent ».

Ben*, un garçon qui vit au marché Crown de Juba, a une autre explication. « J’ai entendu parler du VIH, si tu es contaminé, tu perds du poids. Tu peux attraper le sida si tu es sale – tu dois toujours être propre, te laver pour ne pas être contaminé, mais pour nous, rester propre en habitant dans la rue, c’est dur », a-t-il dit.

''Je peux attraper [le VIH] en mangeant de la nourriture périmée... C'est le seul mode de transmission que je connaisse.''


Les enfants des rues « ne bénéficient d’aucune protection et sont exposés à de nombreux sévices sexuels », a rappelé Mary Isaac, qui gère le Living Water Children's Home, un centre qui accueille 37 anciens enfants des rues.

« Une seule ONG sensibilise ces enfants et ses capacités sont très limitées, alors que le nombre d’enfants vivant dans les rues croît de jour en jour. De nombreux enfants ont trop peur pour demander de l’aide et ne parleront jamais des abus qu’ils ont subis », a-t-elle déploré.

Le révérend Benjamin Lokio Lemi, conseiller principal du centre de conseil et de dépistage volontaire du VIH de Juba, a expliqué que les enfants des rues étaient particulièrement vulnérables au VIH car ils ignoraient les modes de transmission du virus, et peu d’entre eux connaissaient leur statut sérologique ou se rendaient au centre afin de suivre un traitement.

« Il faut mener une campagne pour sensibiliser les enfants des rues au VIH. Il faut encourager les enfants à connaître leur statut de sorte qu’ils n’adoptent pas de comportements à risque », a souligné Benjamin Lokio Lemi. « Mais comme le dépistage est volontaire, ils ne viendront se faire dépister que s’ils ont été sensibilisés ».

Le gouvernement du Sud Soudan conçoit actuellement une législation visant à mettre en place des systèmes de soins et de protection destinés aux enfants vulnérables, dont les enfants des rues. Dans la région, la police a reçu une formation afin de mieux protéger les enfants.

*Des noms d’emprunt

kh/kr/he/cd/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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