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Encore à faire pour prévenir le VIH en milieu scolaire

Des efforts ont été fournis ces dernières années pour renforcer l’implication du secteur de l’éducation dans la prévention du VIH en Afrique mais il reste beaucoup à faire pour que ce secteur clé dans la lutte contre l’épidémie puisse jouer son rôle, selon un nouveau rapport.

Le rapport, annoncé le 18 juin par l’agence des Nations Unies pour l’éducation, la science et le développement (UNESCO) et intitulé « Accélérer l’intervention du secteur de l’éducation face au VIH et au sida », constitue un bilan de l’action menée par les gouvernements de 37 pays d’Afrique subsaharienne et leurs partenaires –Nations Unies, bilatéraux, organisations régionales et société civile- depuis 2002 en faveur de l’éducation à la prévention du VIH.

« La lutte contre le VIH par l’éducation fait partie des objectifs du Forum mondial sur l’éducation qui a eu lieu en 2000 [à Dakar, au Sénégal] » a rappelé Luc Rukingama, représentant du bureau régional Afrique de l’Ouest de l’UNESCO, lors de la cérémonie de présentation du document à Dakar. « L’école doit protéger et se protéger, selon nos estimations sept millions [d’infections au VIH] pourraient être évitées si l’école avait une activité de prévention efficace ».

Le rapport dresse un bilan plutôt positif de ces efforts en faveur de la prévention, notant une accélération effective du processus d’intégration de la lutte contre le VIH/SIDA en milieu scolaire.

Sensibilisés dans le cadre du lancement par le Programme commun des Nations Unies sur le sida, l’Onusida, de l’ « Initiative accélérée » en 2002, les pays ont encouragé leurs secteurs de l’éducation à s’engager dans la riposte, notamment en mobilisant les enseignants et personnels éducatifs vivant avec le VIH –une participation qui s’est avérée efficace notamment au Ghana et au Cameroun, selon le document.

Sur l’ensemble des pays concernés par l’Initiative, 26 d’entre eux ont élaboré et mis en oeuvre des mesures au niveau national, a noté le rapport. En 2004, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui réunit 15 pays de la sous-région, a créé un réseau des points focaux VIH/SIDA des ministères de l’Education.

Au Nigeria, le pays le plus peuplé d’Afrique et le troisième pays au monde le plus touché par l’épidémie en nombre de personnes infectées après l’Inde et l’Afrique du Sud, le gouvernement a décidé de créer un centre chargé de la formation des équipes éducatives : en trois ans, 33 des 36 Etats du Nigeria ont élaboré une riposte du secteur de l’éducation au VIH/SIDA.

La Sierra Leone a décidé d’intégrer le VIH/SIDA, ainsi que des aptitudes à la vie quotidienne –jugées nécessaires pour que les jeunes informés sur le VIH aient des outils pour se protéger de l’infection- au programme d’études des cycles primaires et secondaires, et à la formation des enseignants.

Lors de la cérémonie de présentation du rapport à Dakar, différents acteurs de la lutte contre l’épidémie ont néanmoins soulevé un certain nombre de difficultés rencontrées dans leurs tentatives de mise en application de l’initiative accélérée.

Au Sénégal, les fonds de la lutte contre le sida ne sont pas encore répartis de façon satisfaisante, selon Malick Sembène, représentant du ministère de l’Education du Sénégal, un pays où le taux de séroprévalence est de 0,7 pour cent, l’un des plus faibles du continent.

«Aujourd’hui nous devons mettre l’accent sur la prévention, pourtant le ministère de l’Education dispose de très peu de moyens pour lutter contre le VIH/SIDA », a regretté M. Sembène. « Les fonds pour la lutte contre le sida sont accordés au ministère de la Santé, alors que la prévention se fait en premier lieu à l’école ».

Des résistances au sein du corps éducatif

Avec le concours de l’Internationale de l’Education, le syndicat international pour les enseignants et les personnels éducatifs, près de 160 000 enseignants de 17 pays d’Afrique subsaharienne ont été formés sur le VIH/SIDA entre 2002 et 2005 dans plus de 37 000 établissements scolaires.

Mais le champ d’action de ces enseignants est limité par un contexte socioculturel souvent hostile à l’éducation sexuelle.

« Il est important de souligner que nous rencontrons encore de la résistance au sein du corps professoral et administratif », a dit Mariame Racine-Sow, porte-parole du Groupe pour l’étude et l’enseignement de la population (GEEP), une organisation non gouvernementale qui a lancé en 1994 dans les lycées et collèges sénégalais un programme d’éducation à la vie familiale, qui vise à promouvoir un comportement sexuel responsable.

« L’enseignement public est conservateur au Sénégal et nous n’avons pas pu mettre en place la seconde partie de notre projet, c'est-à-dire le volet didactique qui voudrait que l’Education nationale intègre un module dans les programmes scolaires », a-t-elle ajouté.

Ainsi, la prévention du VIH ne figure pas au programme de l'enseignement élémentaire au Sénégal tandis qu’elle est dispensée de manière incomplète dans l'enseignement moyen et secondaire.

Ce sont alors des clubs périscolaires qui prennent le relais, gérés par des lycéens ou par des étudiants formés par le GEEP et qui organisent des réunions après les cours pour discuter avec les autres élèves.

« C’est un excellent moyen de sensibilisation [car] l’enseignement entre pairs a un accent plus vrai» a estimé M Rukingama.

Pour continuer à « aller de l’avant », le rapport a recommandé entre autres aux gouvernements de faire du secteur de l’éducation l’un des secteurs clés de leur riposte nationale au VIH et de mieux répartir les ressources de la lutte contre le sida afin d’en attribuer une part plus significative au secteur de l’éducation.
 
Il a également plaidé en faveur de l’intensification des efforts de promotion de l’éducation pour tous, en particulier pour les filles.

« Les jeunes, et notamment les filles, qui ne finissent pas un cycle d’éducation de base courent deux fois plus de risques d’être contaminées » par le VIH, a noté le rapport.

mj/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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