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Une violence sans précédent secoue la capitale et la province

Les forces de l’ordre ont tué au moins une vingtaine de personnes lundi, alors que des dizaines de milliers de Guinéens descendaient dans les rues pour exiger le départ du Président Lansana Conté.

Ce mouvement contestataire qui paralyse actuellement la Guinée est la plus importante manifestation qu’ait connue le Président Conté depuis son arrivée au pouvoir, en 1984.

De violents affrontements entre les manifestants et les forces de l’ordre se sont produits dans plusieurs banlieues de Conakry, la capitale. Selon des témoins, des foules ont « déferlé » des faubourgs, situés à une vingtaine de kilomètres du centre-ville et ont envahi les principales rues de la capitale.

Les corps de onze personnes tuées par balles ont été transportés à la morgue de Conakry et six autres cadavres ont été recueillis par différentes morgues du pays, a indiqué le personnel hospitalier. Trois autres personnes ont été tuées à Hamdalaye, un quartier très souvent en proie à la violence.

A Kankan, une ville située dans l’est du pays, quelque 20 000 personnes ont manifesté lundi matin, selon les observateurs. Puis la ville a été secouée par des heurts violents pendant trois longues heures, après que l’armée a ouvert le feu sur la foule pacifique. Au moins trois personnes ont été grièvement blessées au cours de ces échauffourées et aucun bilan définitif n’a pu être établi car les affrontements se poursuivaient, ont signalé des habitants de Kankan.

Les habitants de Kissidougou ont indiqué qu’une manifestation avait eu lieu lundi matin, dans cette ville du sud de la Guinée. Puis, à la mi-journée, l’armée est intervenue pour disperser la foule. Selon des témoins, des soldats ont pourchassé des manifestants pacifistes dans les rues de la ville et ont tiré à balles réelles sur la foule.

Des incidents se sont également produits dans les villes de Labé, Pita et Dabola. A Nzérékoré, la principale ville du sud-est du pays, les heurts qui ont éclaté durant le week-end ont fait trois morts et 21 blessés. Cependant, aucun incident n’a été rapporté lundi dernier.

« Il y avait des foules immenses dans les rues. Les jours précédents, c’étaient plutôt des groupes d’individus qui manifestaient. Aujourd’hui, ce sont des familles ordinaires, des femmes, des jeunes, des chefs de familles qui sont dans la rue. Il y avait vraiment une foule gigantesque », a déclaré un habitant de Kankan.

« Plusieurs groupes, à travers la ville, ont commencé à se diriger vers les édifices publics », a-t-il précisé.
« L’armée est alors intervenue et a ouvert le feu. Les balles fusaient de partout », a-t-il poursuivi.

La Guinée est à son treizième jour de grève nationale « illimitée ». Les syndicats ont lancé ce mouvement de grève pour protester contre l’augmentation du coût de la vie, qui selon eux est directement liée à la mauvaise gestion économique et à la corruption du gouvernement.

Cependant, les représentants des centrales syndicales ont annoncé lundi après-midi, « avoir perdu le contrôle » de la situation.

« Les syndicats ne peuvent pas contrôler certaines initiatives qui sont lancées par des groupes dont ils ignorent l’existence », a affirmé Boubacar Biro Barry, négociateur des syndicats.

Plusieurs membres de l’Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG) et de la Confédération nationale des travailleurs guinéens (CNTG) ont été arrêtés lundi après-midi, et le siège des syndicats a été pillé par des membres de la garde présidentielle dirigée par le fils du Président Lansana Conté, le capitaine Ousmane Conté, ont fait savoir des témoins.

Les dirigeants syndicaux, qui ont reçu des menaces de la part de Lansana Conté lors d’une rencontre animée qui s’est soldée par un échec, n’ont pu être joints lundi après-midi. Mais M. Barry a expliqué que les pourparlers avec le gouvernement étaient suspendus et qu’ils ne reprendraient que lorsque l’armée cesserait de tirer sur les manifestants.

Les syndicats ont accusé le Président septuagénaire, Lansana Conté, un ancien colonel de l’armée, arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat, d’être trop faible physiquement pour pouvoir diriger correctement le pays.

Les centrales syndicales ont exhorté le chef de l’Etat à se retirer de la scène politique et à passer les rênes du pouvoir à un nouveau Premier ministre.

Lansana Conté a refusé de céder le pouvoir, mais il a limogé l’actuel Premier ministre et les syndicats sont parvenus à obtenir certaines concessions.

Vendredi dernier, les membres de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cedeao) ont proposé d’envoyer une délégation de haut niveau à Conakry qui rencontrera le Président Lansana Conté.

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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