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La détérioration des services sanitaires zimbabwéens, accentuée par les difficultés économiques que connaît ce pays d’Afrique australe, a favorisé l’émergence d’un marché parallèle de médicaments contrefaits, ont alerté les professionnels de la santé.
La vente de médicaments véritables et contrefaits au marché noir est une «importante activité en pleine expansion», a expliqué le docteur Paul Chimedza, président de l’Association médicale du Zimbabwe (ZIMA en anglais).
«Le marasme économique a porté atteinte au système de santé.
Il y a une pénurie de médicaments sur l’ensemble du territoire et des marchands peu scrupuleux profitent de la situation en vendant des médicaments au marché noir», a-t-il ajouté.
Les professionnels de la santé ont fait part de leurs inquiétudes et ont signalé qu’il n’existait aucun contrôle de la qualité des médicaments vendus illégalement.
Sur le marché parallèle, les médicaments coûtent entre cinq et huit fois moins cher que dans une pharmacie agréée. Par exemple, un mois de traitement antirétroviral (ARV) se négocie entre 200 et 400 dollars au marché noir contre environ 1 200 dollars dans une pharmacie ou dans un centre de traitement.
En achetant des médicaments bon marché, les personnes malades s’exposent à de nombreux risques.
«Dans certains cas, les personnes malades n’ont même pas conscience des dangers auxquels elles s’exposent en achetant des médicaments dans la rue.
Même s’il ne s’agit pas de contrefaçons, les médicaments ne sont pas stockés dans de bonnes conditions, ce qui peut entraîner des effets secondaires», a dit Paul Chimedza.
L’inflation galopante, qui avoisine les 1 200 pour cent par an, et la pénurie de devises étrangères ont paralysé le système sanitaire. A l’heure actuelle, le Zimbabwe manque de médicaments, de matériel médical et même de personnel de santé, qui préfère émigrer à la recherche de meilleurs salaires et conditions de vie.
«Les médecins non agréés sont de plus en plus nombreux à opérer des patients et à se tromper dans les piqûres et les traitements qu’ils prescrivent aux malades», a signalé le docteur Paul Chimedza. «C’est une manière très inhumaine et immorale d’essayer de gagner sa vie.»
La plupart des médicaments en vente au marché noir proviennent des pays voisins, notamment de la Zambie et du Botswana, où ils sont moins chers, mais les employés des laboratoires pharmaceutiques et des hôpitaux volent également des médicaments qu’ils revendent ensuite aux marchands des rues, a expliqué Paul Chimedza.
Selon lui, le ministère de la Santé et les médecins devraient mener des campagnes au sein des centres sanitaires afin de sensibiliser la population sur les dangers que représente l’achat de médicaments au marché noir.
En outre, la ZIMA exhorte les organismes chargés de l’application de la loi à prendre davantage conscience du problème et à lutter contre la contrebande de médicaments.
Il n’y a pas que les médicaments de la médecine conventionnelle qui se négocient au marché noir.
En effet, Jason Siyachitema, une personne séropositive de 40 ans, s’était peu à peu remis d’une tuberculose après avoir débuté il y a deux ans une thérapie ARV.
Cependant, sans emploi, il ne pouvait continuer à acheter des médicaments ARV, dont le coût s’élevait à 1 200 dollars par mois. Il s’est alors tourné vers un tradipraticien.
«C’est le désespoir qui m’a mené chez un tradipraticien. Le traitement qu’il me prescrivait était beaucoup moins cher [que les ARV]. Mais en réalité, il me vendait une poudre à base de feuilles d’arbre.
En conséquence, mon état de santé s’est détérioré si bien que j’ai cru que j’allais mourir», a confié Jason Siyachitema.
Grâce à l’aide d’une organisation non gouvernementale qui lui a permis d’obtenir gratuitement des ARV, M. Siyachitema est encore en vie.
Exnevia Gomo, directeur de la médecine traditionnelle au sein du ministère de la Santé, a reconnu que les charlatans étaient de plus en plus nombreux.
«La médecine traditionnelle est considérée comme étant moins chère [que la médecine conventionnelle].
Elle a gagné en crédibilité et compte de plus en plus d’adeptes depuis que le gouvernement a décidé de la reconnaître officiellement. De la même manière, il y a de plus de plus de personnes qui vendent des médicaments contrefaits à des patients désespérés», a affirmé M. Gomo.
En octobre dernier, David Parirenyatwa, le ministre de la Santé, a déclaré que le gouvernement n’avait pas assez de ressources pour pouvoir mettre davantage de malades sous ARV. Ainsi, seuls 42 000 patients sur les quelque 310 000 Zimbabwéens dont l’état de santé requiert un traitement y ont accès gratuitement.
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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions