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Le défi de la distribution d’ARV en zone de conflit

Lors de la décennie de conflit qui a ravagé l’est de la République démocratique du Congo (RDC), les forces belligérantes se sont servies de la violence sexuelle comme arme de guerre et ont légué un héritage mortel à la population: le VIH/SIDA.

Le conflit continue de déstabiliser la région tout entière, si bien que les personnes séropositives ne reçoivent que très peu d’aide et ont un accès limité aux médicaments antirétroviraux (ARV), qui prolongent l’espérance de vie.

L’organisation internationale d’aide médicale, Médecins Sans Frontières (MSF), a lancé son premier projet VIH/SIDA dans le Sud Kivu il y a deux ans, et envisage d’étendre ses actions, a annoncé Fred Meylan, responsable de la mission de MSF dans le Nord et Sud Kivu.

«Tout d’abord, le VIH/SIDA est extrêmement difficile à traiter : le traitement prescrit change en fonction du développement de la maladie chez le patient, les médicaments sont onéreux et le traitement est difficile à supporter» a déclaré Fred Meylan.

Le patient doit absolument observer le traitement, a-t-il rappelé. «L’engagement doit être total, aussi bien de la part du malade que de la personne qui fournit les médicaments ... plus facile à dire qu’à faire lorsque l’on se trouve dans une zone en conflit.»

MSF a mis en place un programme de distribution d’ARV et des services de conseil et de dépistage volontaire à Bagira, à 10 kilomètres au nord de Bukavu, la capitale provinciale du Sud Kivu. Il a également ouvert une clinique qui prend en charge les patients atteints d’infections opportunistes, comme la tuberculose.

Un an après l’ouverture du centre de Bagira, MSF a établi un deuxième centre de traitement à Kadutu, dans la banlieue de Bukavu. Des missions plus excentrées et rattachées aux hôpitaux locaux de Shabunda et de Barraka, dans le Sud Kivu, et de Walikele, dans le Nord Kivu, s’occupent de nombreux patients.

MSF consacre un peu plus d’un million de dollars à ce programme et distribue gratuitement des ARV à quelque 700 patients. Selon le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), plus d’un million de Congolais sont porteurs du virus du sida.

Ainsi, M. Meylan reconnaît que «cela ne suffit pas, nous voulons traiter 1 000 malades à Bukavu et une cinquantaine par mission d’ici la fin de l’année. C’est un travail énorme.»

L’objectif n’est pas de «rester pendant 20 ans et de créer un système parallèle. Mais, nous voulons prouver que nous pouvons lancer un projet en collaboration avec une institution nationale – le ministère de la Santé – et passer le relais à des partenaires locaux et nationaux. L’idée n’est pas que nous passions notre vie au Congo», a-t-il ajouté.

Un technicien de MSF, équipé d’un kit de dépistage portable, fait régulièrement le tour des missions.

«Nous voulons que les personnels des hôpitaux et des laboratoires soient formés et deviennent indépendants. Il s’agit avant tout d’améliorer leurs compétences», a expliqué Joseph Wazomo, un technicien de laboratoire basé à Bukavu.

La création de partenariats avec des agents locaux revêt une importance capitale car elle permet d’assurer une distribution continue des médicaments ARV.

En effet, lorsque les milices prennent d’assaut les rues proches des cliniques, «nous devons être évacués, mais les cliniques peuvent continuer de fonctionner, car le personnel local reste sur place», a expliqué M. Wazomo. «Il serait très difficile de poursuivre notre travail si le personnel local devait lui aussi être évacué car les traitements ARV sont très particuliers, mais pour l’instant, nous n’avons jamais eu à faire face à cette situation.»

MSF importe des médicaments ARV d’Europe et d’Inde via le Kenya, mais il pourra bientôt en acheter directement auprès de Pharmakina, un laboratoire pharmaceutique allemand établi sur les rives du lac Kivu et qui produit des ARV selon une formule thaïlandaise.

Ces médicaments n’ont pas encore été validés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et en conséquence, MSF ne peut pas encore les prescrire à ses patients.

Qui peut débuter une thérapie ARV ?

Un patient débute une thérapie ARV, lorsque son taux de cellules CD4 – qui mesure la résistance du système immunitaire – passe sous la barre des 200.

Pendant les six premiers mois du traitement, le malade doit se rendre régulièrement à la clinique. Au cours de cette période, le personnel médical s’assure que le patient observe son traitement.

«Certains enfants qui viennent dans nos centres remplissent l’ensemble de ces critères», a expliqué Fred Meylan. «Mais personne n’est là pour les surveiller, nous ne pouvons donc leur prescrire des ARV.»

Lorsque c’est possible, MSF fait des exceptions. «Nous distribuons des médicaments à ceux qui viennent de la part de SOS Villages d’Enfants, ou à ceux qui ont fait un long voyage et à qui on demande de rester ici», a-t-il précisé.

La guerre a quasiment détruit l’ensemble du réseau routier de la RDC. Par conséquent, si l’on veut que la population rurale ait accès à ces programmes, un grand nombre de centres de distribution d’ARV devront ouvrir leurs portes.

Avant de pouvoir débuter un traitement ARV, les patients passent deux mois avec un groupe qui suit déjà une thérapie et se familiarisent avec les enjeux du traitement.

«S’ils sont toujours là à la fin des deux mois, cela prouve souvent qu’ils sont prêts à s’engager», a fait savoir M. Wazomo.

C’est alors que les patients peuvent débuter une thérapie ARV et rejoindre un groupe de 15 ou 20 personnes, qui leur offre soutien et encouragement. Les réunions ont lieu une fois par semaine lors des trois premiers mois, puis, une fois par mois.

«Les patients sont très présents à ces réunions», a noté Joseph Wazomo. «Il arrive parfois qu’une infirmière doive se déplacer jusqu'au domicile du patient pour savoir ce qui se passe. En règle générale, lorsque la personne ne se rend pas aux réunions, c’est parce qu’elle est trop malade. Si ma mémoire est bonne, entre 95 et 98 pour cent de nos patients participent aux réunions.»

Tous les jeudis, les patients reçoivent de la part du Programme alimentaire mondial (PAM) du maïs, des haricots, de l’huile et du sel qu’ils partagent avec le reste de leur famille, mais également du sucre et un mélange à base de maïs et de soja pour leur consommation personnelle.

Mais il y a parfois des ruptures d’approvisionnement, a dit M. Wazomo. Les traitements ARV sont des traitements lourds qui doivent être accompagnés d’une alimentation saine et équilibrée.

«Lorsque les opérations de distribution alimentaire sont interrompues, la plupart des patients ont de quoi manger, mais d’autres n’ont pas les moyens d’acheter de la nourriture», a-t-il précisé. «Dans des situations d’extrême urgence, le personnel de MSF propose une aide à court terme afin de s’assurer que les patients observent leur traitement.»

Après la tempête

Un grand nombre de factions belligérantes ont participé à «la guerre dans la guerre» et ont utilisé le viol comme arme de guerre afin de détruire les familles, le tissu social et toutes formes de résistance.

En outre, compte tenu de la présence de soldats venus d’Ouganda, du Rwanda et du Zimbabwe dans l’est de la RDC, une forte augmentation du taux de prévalence du VIH/SIDA avait été prévue.

«Par exemple, en Angola, nous nous attendions à une forte augmentation du VIH, mais en fait cette augmentation a été plus faible que prévu. En effet, nous avons été surpris de constater qu’à la fin du conflit, le taux de prévalence du VIH/SIDA était si bas.

Le taux de prévalence a augmenté à mesure que les populations ont recommencé à se déplacer», a souligné Fred Meylan.

L’est de la RDC affiche l’un des taux d’alphabétisation les plus faibles au monde. Mais, selon M. Meylan, des vidéos et des affiches peuvent être utilisées pour sensibiliser la population. En outre, le personnel de MSF sait s’exprimer en langues locales, ce qui permet de rassurer les patients. Cependant, dissiper les suspicions qui entourent l’utilisation du préservatif prendra du temps.

«Dans un pays où les gants en caoutchouc n’existent pas et où le plastique n’est pas très utilisé, il est étrange de se servir du latex lors d’un acte naturel», a-t-il rappelé.

Maintenant que le calme est revenu en RDC et que la fin du conflit semble se préciser, le temps est venu d’inciter la population à modifier ses comportements vis-à-vis de l’épidémie.

«Les gens commencent à modifier leurs comportements, mais cela prend du temps. Avant, ils entraient dans la clinique de Kadutu par la porte de derrière, maintenant, ils utilisent la porte principale et viennent avec leurs amis», s’est réjoui Fred Meylan. «La stigmatisation est plus forte dans les régions reculées, mais nous avons bon espoir de voir des changements s’opérer à mesure que nous étendrons notre programme.»

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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