Lors du XVI Congrès international organisé en août à Toronto, au Canada, de nombreux acteurs de la lutte contre l’épidémie ont dit craindre le risque de «surmédicalisation» de la prévention, au profit de nouveaux outils nés de la recherche scientifique : microbicides, circoncision masculine, prophylaxie post-exposition, etc...
«Le menu s’agrandit, mais cela doit s’intégrer dans un dispositif global», a estimé le docteur Gilles Raguin, responsable du département médical de l’initiative française Esther (Ensemble pour une solidarité thérapeutique hospitalière en réseau).
«Les moyens médicaux ne doivent pas exclure les interventions pour faire changer les comportements», a-t-il rappelé, à l’instar de nombreux collègues.
Ainsi, selon le docteur Bernhard Schwartländer, du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, «les [outils médicaux] ne sont pas une solution en soi, ce sont des produits, et pour s’assurer qu’ils sont utilisés, il faut changer la manière des gens de voir les choses, donc c’est lié aux comportements.»
Le cas des microbicides est éclairant. Ces produits, qui se présentent sous la forme de gel ou de crème, sont impatiemment attendus par les femmes car ils sont «censés mettre la prévention entre leurs mains», dans des sociétés dominées par les hommes.
Plus d’une quinzaine de produits sont testés actuellement et cinq essais à grande échelle sont menés, notamment par les scientifiques anglophones, surtout américains. Mais les résultats ne sont pas encore totalement concluants, ont reconnu les chercheurs.
«Les microbicides, c’est un moyen qui a donné énormément d’espoir aux femmes depuis [plusieurs années] déjà, mais on ne sait toujours pas quand on va avoir des résultats», a regretté Martine Somda, de REV+, une ONG de femmes vivant avec le VIH au Burkina Faso.
En attendant, ces femmes subissent toujours l’attitude parfois dangereuse des hommes, qui négligent, par choix ou ignorance, d’utiliser les préservatifs lors des rapports sexuels.
La question de «l’acceptabilité sociale» des outils de prévention a en effet été soulevée à plusieurs reprises lors du XVI Congrès international sur le sida.
C’est ainsi le cas de la circoncision masculine, qui pourrait obtenir son titre d’outil de prévention du VIH après les résultats concluants de travaux scientifiques.
Ainsi, les résultats de l’essai (plus connu sous le nom d’Orange Farm) mené par l’Agence française de recherche sur le sida (ANRS) en Afrique du Sud ont ainsi montré que l’ablation du prépuce pourrait réduire de 60 pour cent le risque de transmission du virus de l’homme à la femme.
D’autres études similaires sont en cours au Kenya et en Ouganda, des recherches que suivent avec intérêt l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Programme commun des Nations unies sur le sida (Onusida), qui pourraient promouvoir ce type de prévention.
Or, la circoncision représente dans certaines sociétés une étape d’initiation pour l’homme.
«C’est une erreur de ‘parachuter’ des techniques même si on en a les moyens, sans étude anthropologique et sociologique», a rappelé le docteur Raguin.
L’ANRS explore une autre piste au Burkina Faso et dans d’autres pays d’Afrique : la réduction du risque d’infection au VIH par le traitement des infections sexuellement transmissibles (IST). L’herpès pourrait notamment contribuer à la réplication du VIH.
De nombreuses recherches ont également été présentées à Toronto sur la prophylaxie pré-exposition (PrEP), qui consiste en la prise de traitements antirétroviraux (ARV) avant l’exposition au risque d’infection au VIH.
D’autres pistes sont explorées, telles que les diaphragmes -- jusqu’à présent utilisés comme un moyen de contraception pour la femme – ou l’adaptation des ARV dans le cadre de la Prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant (PTME) afin de réduire davantage le risque d’infection du bébé pendant l’allaitement.
La PTME est un bon exemple de demi-succès. Il ne suffit pas de trouver de nouveaux outils «acceptables» par les sociétés, encore faut-il les mettre ensuite à la disposition des populations, a souligné Mark Heywood, du groupe d’activistes Treatment Action Campaign (TAC) en Afrique du Sud.
«L’une des dernières grandes percées il y a quelques années c’était la PTME», a-t-il rappelé. «On sait que ça marche et pourtant, où en est-on aujourd’hui ? Moins de 10 pour cent des femmes en Afrique y ont accès.»
Les objectifs en termes d’utilisation des préservatifs, de réduction du nombre de partenaires sexuels et d’augmentation de l’âge des premiers rapports sexuels, ne sont pas encore atteints, a poursuivi M. Raguin.
«Il ne faut surtout pas renoncer à ces moyens [de limiter les infections] sous prétexte qu’il en existe d’autres», a-t-il plaidé.
Face à l’augmentation du nombre des nouvelles infections au VIH chaque année dans le monde, et notamment en Afrique, les intervenants sont arrivés à la conclusion que tous les moyens disponibles devaient être mis en œuvre pour prévenir la propagation de l’épidémie.
«On doit prendre en compte toutes les méthodes qui contribuent à limiter les infections et ne pas diaboliser l’un ou l’autre système», a estimé Martine Somda, du Burkina Faso.
«Il faut permettre à chaque individu de choisir [l’outil] qui lui convient. Le but, de toute façon, c’est de préserver la vie. Si on peut sauver ne serait-ce qu’une seule vie, peut-on laisser tomber?»
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