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En Sierra Leone, où la pauvreté est endémique et la majorité de la population illettrée, le chef suprême est une personnalité élue qui représente le principal canal de collecte et de diffusion des informations. Une influence que le Secrétariat national de lutte contre le sida (NAS) espère pouvoir exploiter dans la lutte contre l’épidémie.
«Nous pensons qu’avec un problème aussi délicat que le VIH/SIDA, la contribution du chef suprême est précieuse, notamment dans le domaine de la stigmatisation et de l’éducation», a déclaré depuis Freetown, la capitale, Abdul-Rahman Sessay, directeur-adjoint du NAS.
La chefferie est profondément ancrée dans la culture et la société sierra léonaise.
Lorsqu’une personne apprend qu’elle est infectée au VIH, «elle se retire sans attendre dans son village, où il y a une très forte stigmatisation, mais où le chef [traditionnel] a de l’autorité», a-t-il affirmé. «Si nous parvenons à impliquer [ces] chefs dans la lutte nationale contre le VIH/SIDA et à les éduquer, ils pourront à leur tour informer les habitants et changer leurs comportements et leurs croyances à l’égard du virus.»
Les escaliers qui mènent chez le chef suprême D.C Sahr Fengai Korgbende, au troisième étage d’un immeuble de Koidu, la capitale de la province diamantifère de l’est de la Sierra Leone, sont pris d’assaut par des personnes désireuses de rencontrer le chef.
«Mon rôle en tant que chef suprême est de la plus haute importance, je suis le chef des chefs.
Ma décision est irrévocable. Je connais ma chefferie et mes sujets, mon savoir et mes expériences sont immenses, mon peuple me fait confiance», a-t-il affirmé.
Selon les résultats d’une enquête de séroprévalence, en 2005, le taux d’infection atteignait les 1,5 pour cent en Sierra Leone, soit un taux relativement bas comparé à des pays voisins, tels que le Liberia. Cependant, il semblerait que la Sierra Leone réunisse toutes les conditions pouvant faire craindre une forte augmentation du taux de prévalence.
Les dix années de guerre civile ont fait plus d’un demi million de déplacés.
Dans les régions comme Koidu, où l’industrie minière attire un grand nombre d’ouvriers émigrés et où l’industrie du sexe bat son plein, le taux de prévalence serait supérieur à la moyenne nationale.
Une campagne nationale de lutte contre le VIH/SIDA doit être rapidement mise en place, mais la guerre a détruit la majorité des infrastructures de base et un grand nombre de provinces rurales ne disposent ni d’eau ni d’électricité. Dans ces régions isolées, les chefs servent de lien vital avec le monde extérieur.
Utiliser ou non l’influence des chefs
Alors que le NAS espère parvenir à impliquer les chefs dans la lutte contre l’épidémie, certaines personnes engagées dans la lutte contre le sida craignent que les pratiques culturelles profondément ancrées comme la polygamie, le lévirat (l’obligation pour une veuve d’épouser le frère de son défunt mari) et la mutilation génitale féminine n’entravent les efforts déployés afin de freiner la propagation du virus.
«A mon avis, faire appel aux chefs des communautés afin de diffuser ce genre d’informations délicates, mais vitales, est une idée saugrenue», a estimé savoir Evette Magbity de HIV/AIDS Care and Support Association (HACSA), une association d’aide et de soutien destinée aux personnes séropositives de Freetown. «Notre culture veut certes que nous fassions appel aux chefs des communautés pour informer la population, mais comment voulez-vous qu’un leader qui a au moins cinq femmes parle de la fidélité ?».
Pourtant, aux yeux du docteur Yvonne Harding, directrice de Marie Stopes-Sierra Leone, une organisation internationale dédiée à la santé de la reproduction, il est évident que sans l’intervention des chefs, les populations n’auront jamais accès aux informations sanitaires et qu’il sera quasiment impossible de les éduquer sur les risques du VIH/SIDA.
«Lorsque le chef accepte de s’engager, les choses semblent marcher», a-t-elle déclaré depuis son bureau basé dans la capitale. «En s’y prenant bien, grâce à l’aide du chef, le message peut passer efficacement.»
Selon le docteur Yvonne Harding, il importe peu que les chefs appliquent ou pas les paroles qu’ils prêchent. «Il y a bien des médecins qui fument et qui disent à leurs patients de ne pas [le faire], alors pourquoi les chefs polygames n’auraient-ils pas le droit de prôner la fidélité et l’usage du préservatif ?»
Abdul-Rahman Sessay du NAS a souligné que la méthode dite ‘ABC’ qui prône l'abstinence, la fidélité et l'utilisation du préservatif n’avait pas mené aux résultats escomptés.
A long terme, les initiatives qui s’alignent sur la culture locale et la complètent seront plus efficaces que celles qui vont à l’encontre de la tradition, a-t-il ajouté.
«Prenez par exemple le lévirat : si nous disons ‘Ne pratiquez pas le lévirat’, nous nous attirerons les foudres d’une grande part de la population. Par conséquent, nous leur disons ‘Si vous voulez hériter de la femme de votre frère, vous devez tous deux subir un test de dépistage [du VIH] avant d’avoir un rapport sexuel, et si les résultats sont négatifs vous pouvez alors vous marier tout en restant fidèle à vos partenaires’.»
Bien que l’implication des chefs suprêmes dans la campagne nationale de lutte contre le VIH/SIDA soit perçue par un grand nombre comme un moyen efficace d’informer la population sur les risques de l’épidémie, certains craignent que les chefs ne possèdent pas toutes les connaissances que l’on pense.
Par exemple, le chef Korgbende a reconnu qu’il n’avait jamais rencontré une personne séropositive. « Compte tenu des actions menées par le gouvernement, les gens savent qu’il [le VIH/SIDA] existe.
A la radio [le président sud-africain] Thabo Mbeki a déclaré que le sida était une affaire de pauvreté. Par conséquent, si l’épidémie avait dû un jour ravager la Sierra Leone, elle l’aurait déjà fait depuis bien longtemps», a-t-il conclu.
This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions