«Un des grands problèmes qui n’a pas été abordé au cours de la conférence est la question du leadership politique», a déclaré Mark Heywood, trésorier national de Treatment Action Campaign (TAC), un groupe de pression sud-africain, lors d’une session organisée dans le cadre du congrès. «Sans leadership politique, les découvertes scientifiques dont on nous a parlé ne pourront devenir des initiatives de santé publique.»
Le cas de l’Afrique du Sud a été largement évoqué lors de cette session. M. Heywood a exhorté le monde entier à dénoncer le manque de leadership politique dont fait preuve, selon lui, le gouvernement sud-africain face à la lutte contre le VIH/SIDA.
L’Afrique du Sud abrite plus de cinq millions de personnes séropositives; seuls 180 000 malades suivent, à l’heure actuelle, un traitement antirétroviral (ARV), alors que 800 000 autres ont besoin d’urgence de débuter une thérapie.
M. Heywood a dénoncé le silence qui entoure les «échecs» de l’Afrique du Sud en matière de lutte contre l’épidémie et les «principes de la diplomatie.»
«On risque de me traiter de déloyal, mais le sida en Afrique du Sud n’est pas une question qui concerne uniquement le gouvernement, c’est un problème qui touche la communauté [internationale] tout entière», a-t-il souligné. «Lorsque des personnes meurent par milliers, le monde doit prendre la parole.»
Un grand nombre de malades séropositifs n’a toujours pas accès à un traitement ARV, ce qui constitue une violation des droits de l’homme, a déploré M. Heywood, réclamant, comme d’autres activistes, la démission de Manto Tshabalala-Msimang, le ministre sud-africain de la Santé.
Le professeur Alan Whiteside de l’Université du KwaZulu-Natal, qui était présent dans le public, a souligné que l’Afrique du Sud n’était pas le seul pays où le leadership politique faisait défaut.
Plusieurs autres gouvernements ont commencé par nier l’existence de l’épidémie et ont tardé à mener des actions de lutte, les pays du G8 (les huit pays les plus industrialisés du monde) n’ont, quant à eux, pas tenu leurs engagements, a-t-il rappelé.
«Au cours des cinq prochaines années, la priorité doit être donnée à la mobilisation sociale», a-t-il estimé.
Pour certains intervenants et délégués, trop d’attention a été accordée aux bailleurs privés occidentaux, comme Bill Gates et Bill Clinton, ainsi qu’aux nouvelles méthodes de prévention et de traitement.
Selon eux, ce n’est ni l’argent ni la science qui constitue la véritable bataille, mais la mise en place d’une initiative plus large en faveur de la justice économique et sociale.
Gregg Gonsalves de l’Alliance sida et droits en Afrique australe a déclaré que «les raisons fondamentales qui ont mené à ces disparités sanitaires» devaient être examinées.
«Ce n’est pas un hasard si ces épidémies multiples touchent les différentes communautés marginalisées de la planète», a-t-il indiqué.
Comme les gouvernements sont submergés de travail, la société civile, le secteur privé et les individus doivent prendre conscience de la responsabilité morale qui leur incombe et inverser l’épidémie de VIH, a déclaré Musimbi Kanyoro, secrétaire générale de l’Alliance mondiale des unions chrétiennes féminines, qui a partagé la scène avec Mark Heywood.
«Nous avons besoin de leadership à tous les niveaux. Dans les hôpitaux, dans les foyers, dans les associations de jeunes», a-t-elle conclu.
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