KINSHASA
Dans un pays aussi immense que la République démocratique du Congo (RDC), ravagé par des années de conflits, distribuer des traitements antirétroviraux (ARV) aux personnes vivant avec le VIH aux quatre coins du pays est un véritable défi... mais il peut être relevé.
Fin 2004, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a alloué à la RDC une subvention de 113 millions de dollars sur cinq ans pour lutter contre le sida dans ce pays de 60 millions d’habitants, presque aussi vaste que l’Europe de l’Ouest. La Banque mondiale a également accordé 102 millions de dollars à la lutte contre le sida jusqu’en 2009.
En dépit de cet apport financier international sans précédent, les acteurs de la lutte contre l’épidémie en RDC sont confrontés à des obstacles majeurs dans la mise en place des programmes de prévention et de traitement du VIH/SIDA, notamment l’affaiblissement de l’Etat et la destruction des infrastructures sanitaires et routières, conséquences de la guerre, qui freinent considérablement leurs efforts.
Or, après des années de conflits marqués par l’utilisation massive des violences sexuelles comme armes de guerre - 20 pour cent des victimes de viols ont été infectées au VIH- et où des centaines de milliers de personnes ont été déplacées, le risque d’explosion de l’épidémie est réel et les besoins sont énormes : 200 000 personnes ont un besoin urgent d’ARV, et plus de 150 000 nouvelles infections au VIH ont été enregistrées en 2005.
Pour faire face à cette situation dans les meilleurs délais, le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), principal bénéficiaire des subventions du Fonds mondial en RDC, a choisi d’adopter une «approche pragmatique», notamment en matière d’approvisionnement en produits médicaux.
La semaine dernière, le Pnud/Fonds mondial a annoncé que le nombre de personnes bénéficiant d’ARV dans le cadre des programmes qu’il finance en RDC avait été multiplié par cinq en six mois, pour dépasser 5 000 patients.
«En temps normal, le principe du Fonds mondial est d’utiliser les structures existantes dans le pays pour répondre aux besoins des populations», a expliqué Roberto Garcia, coordinateur principal du Pnud/Fonds mondial en RDC.
Il s’agit généralement de s’appuyer sur les structures étatiques et de travailler avec les systèmes nationaux d’approvisionnement en produits médicaux, souvent une ‘pharmacie centrale’ qui commande les médicaments, les réceptionne et les redistribue dans ses centres régionaux, où viennent s’approvisionner les partenaires du Fonds mondial pour les fournir aux patients.
Mais en RDC, en l’absence d’infrastructures et d’un système national d’approvisionnement, encore embryonnaire, il «fallait tout faire depuis le début: sélectionner les sociétés qui produisent les médicaments, puis celles qui s’occupent du transit, encore d’autres pour le dédouanement, pour le stockage, le transport, la distribution et enfin celles qui assurent un contrôle qualité tout au long du processus», a expliqué M. Garcia.
Un «saucissonnage de la chaîne d’approvisionnement» difficile à gérer pour les bailleurs de fonds travaillant en RDC ou dans des contextes similaires, et qui présentent de nombreux inconvénients, en termes de surcoûts, de perte de temps et des produits, et de risques de rupture d’approvisionnement.
Des lenteurs au départ, mais des résultats
Pour contourner cet obstacle, le Pnud/Fonds mondial a donc décidé de lancer un appel d’offre ‘complet’, après avoir sélectionné 50 entités sous-bénéficiaires de ses financements –structures publiques, ONG et partenaires- en fonction de leur localisation et de leurs capacités à répondre aux besoins.
«En partant du principe qu’une chaîne d’approvisionnement va de l’achat des produits jusqu’à leur distribution finale, nous avons lancé un appel d’offre qui disait: ‘on veut tel produit, en telle quantité, pour tel sous-bénéficiaire, à tel endroit, et on achète l’ensemble du service à une structure qui est capable de l’assurer du début jusqu’au bout de la chaîne’», a expliqué M. Garcia.
Une stratégie innovante, liée à un tel enjeu financier -40 millions de dollars par an, pour les trois épidémies- qu’elle a suscité des réticences au départ, entraînant un retard de plusieurs mois dans le lancement des programmes et obligeant le Pnud/Fonds mondial à procéder à plusieurs commandes d’urgence.
Le principe a finalement été validé fin 2005. C’est le consortium Mission Pharma, basé au Danemark et déjà familier du travail en RDC, qui a remporté l’appel d’offre, et a commencé à assurer les approvisionnements vers 28 pôles d’activité répartis sur le territoire.
«La mise en place de cette stratégie n’a pas été simple mais elle commence à porter ses fruits et les résultats le prouvent», a dit M. Garcia.
Six mois après le début réel des activités, «le programme est en plein développement et le partenariat national se consolide», s’est-il réjoui.
Au-delà des 5 000 patients aujourd’hui sous ARV, le nombre de structures de santé capables de prendre en charge le traitement antirétroviral a quadruplé en six mois, de même que le nombre de préservatifs distribués.
Par ailleurs, le nombre d’hôpitaux traitant les infections opportunistes a été multiplié par trois, tout comme le nombre de centres de dépistage volontaire du VIH.
La stratégie d’approvisionnement mise en place par le Pnud/Fonds mondial en RDC, qui suscite déjà l’intérêt d’autres acteurs de la lutte contre le sida, est une solution provisoire, a précisé M. Garcia, l’objectif étant de pouvoir, au fur et à mesure de la reconstruction du pays, passer le relais aux autorités.
«L’idée n’est surtout pas de se substituer au système national, mais dans un pays aussi immense que la RDC, avec peu d'infrastructures, [cette stratégie d’approvisionnement] est la solution la plus appropriée pour atteindre l’objectif, que nous devons toujours avoir en tête, de donner accès rapidement à des services et médicaments de qualité pour les populations congolaises», a-t-il conclu.
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