COTONOU
Les communautés jouent un rôle de plus en plus important dans la lutte contre le déni, la stigmatisation et l’isolement des personnes vivant avec le VIH/SIDA au Bénin, un pays pauvre qui encourage ces initiatives précieuses.
«Le rôle premier des communautés qui luttent contre le sida, c’est de sensibiliser les populations sur les causes, les manifestations et les conséquences sociales et économiques de la maladie», a expliqué Ernest Agbota, animateur à la radio communautaire Sédohoun à Agbotagon, un village situé à environ 100 km au nord de Cotonou, la capitale économique.
Au Bénin, pas moins de 2 500 organisations communautaires de lutte contre le sida (OCLS) sont répertoriées par le Programme plurisectoriel de lutte contre le sida (PPLS), un programme initié en 2001 par le gouvernement pour appuyer les efforts de la communauté contre le sida.
L’expérience a réellement démarré en 2003, le temps de mettre en place les structures, chacune présidée par un chef de village ou de quartier et composée de neuf membres influents de la communauté, et d’en faire la publicité, via des crieurs publics.
Au menu des OCLS, l’identification des personnes vulnérables, la promotion du dépistage, la prise en charge psychologique et nutritionnelle, la prévention de nouvelles infections et l’accompagnement des patients et de leur famille, des tâches parfois difficiles à accomplir en l’absence de moyens financiers, et qui nécessitent partenariats et partage d’informations.
«L’identification de la personne vivant avec le VIH pour la prise en charge se fait souvent avec des organismes d’appui», a expliqué Landry Gansou, agent communautaire à Cotonou. «Une fois que c’est fait, on cherche dans la plus grande discrétion à savoir qui s’occupera des soins avant de conduire le patient vers un centre de prise en charge.»
Si le patient est identifié par les agents du centre de santé où il se rend régulièrement, ces derniers le réfèrent aux membres de la communauté, qui assumeront les soins dont il a besoin, a ajouté M. Gansou.
Pour les structures qui collaborent avec elles, les organisations communautaires ont contribué à faire prendre conscience de la réalité du virus à la collectivité.
Selon les autorités, le taux de séroprévalence est demeuré constant pendant les trois dernières années au Bénin, passant de 1,9 pour cent en 2002 à deux pour cent en 2003 et 2004. Les zones urbaines sont cependant plus touchées que les zones rurales, avec respectivement des taux d’infection de 2,4 et 1,6 pour cent.
«La prise en charge communautaire a fait que les gens ont sérieusement pris conscience de la maladie, quand ils observent que les gens de leurs milieux directs en souffrent effectivement, cela les amène à réaliser que c’est une maladie qui existe réellement», a souligné Fabienne Agboton, en charge du VIH à l’Agence de financement des initiatives à la base (Agefib) une structure identifiée par le PPLS pour travailler aux côtés des communautés.
«Au départ, les gens au village et en ville disaient qu’ils n’avaient jamais vu une personne souffrir de la maladie et niaient par conséquent son existence. Aujourd’hui, ils en sont bien conscients», a-t-elle ajouté.
Aborder les communautés et les patients, leur faire admettre leurs besoins, a fait l’objet d’une sensibilisation particulière des pairs éducateurs, tous bénévoles, qui se déploient dans les quartiers.
«La préparation psychologique du patient ou de la personne porteuse du virus est importante : nous leur demandons de mettre l’accent sur l’équilibre psychologique des malades et des nouveaux cas. Si elle est réussie, nous sommes sûrs de réussir les autres volets [de la prise en charge]», a expliqué Fabienne Agboton.
Jean Dassanou, un agent communautaire à Godomey, une localité située à la périphérie nord de Cotonou, et Landry Gansou, ont ainsi raconté qu’ils donnaient des conseils aux patients pour vivre longtemps, et bien, avec le sida. «Nous essayons également de les sensibiliser à des comportements sexuels contrôlés afin de limiter les contaminations», a ajouté M. Gansou.
Un impact certain sur la façon de vivre avec le VIH
En conséquence, le nombre de tests de dépistage du VIH dans certaines communes de Cotonou a sensiblement augmenté, même s’il demeure dans l’ensemble assez bas, avec moins d’un millier de tests effectué en 2004 à l’hôpital Saint Luc de Cotonou.
Selon Landry Gansou, les populations se rendent désormais volontiers au centre de dépistage. «Quand on leur dit qu’il y a une opération de dépistage tel jour, ils ne se font pas prier ; c’est la sensibilisation qui amène les populations à accepter le sida comme une maladie ordinaire et non comme une maladie de la honte.»
Les préservatifs aussi sont devenus à la mode : dans les 314 points de vente que comptent les départements qui bordent le littoral atlantique, les ruptures de stock sont fréquentes, ce qui était loin d’être le cas auparavant, a admis Evelyne Akinotcho, du PPLS.
Pour bien répondre aux besoins de la collectivité, les pairs éducateurs, environ 30 pour un millier d’habitants, suivent une formation sur les mécanismes de sensibilisation, avant de se lancer dans le porte-à-porte, l’organisation de sketches et de discussions ou de projections de films.
«Les gens ne savaient pas porter les préservatifs», a raconté Landry Gansou, pour expliquer le faible taux d’utilisation de cet outil de prévention, à l’heure actuelle le plus sûr contre l’infection au VIH. «Après la sensibilisation, ça a notablement changé : les villageois savent mieux le porter et en redemandent souvent.»
Toute activité est relayée par les stations de radio locales, telle que radio Sédohoun, à Agbotagon, Radio Tado à Abomey, ou La Voix de la Lama, à Allada, des villes situées entre 30 et 60 km de Cotonou.
«Pendant longtemps, au niveau communautaire, il n’y pas eu de dépistage ni de désir de se faire dépister», a dit le docteur Olivier Capo Chichi, coordonnateur national du PPLS. «Aujourd’hui, les habitants comprennent qu’il vaut mieux qu’ils sachent s’ils sont séropositifs pour qu’on les prenne en charge et qu’ils sachent la conduite à tenir.»
Si les agents communautaires éprouvent de moins en moins de difficultés à convaincre leurs parents de vivre avec la maladie, ils achoppent sur l’aspect financier et matériel de la prise en charge, beaucoup plus difficile à mettre en œuvre faute de ressources, ont-ils admis.
Ainsi, l’appui nutritionnel aux personnes infectées et à leur entourage reste difficile à mettre en place. A Kpomassè par exemple, une localité située à près de 50 km de Cotonou, l’appui nutritionnel aux malades absorbe 70 pour cent du budget global de la communauté locale, un poids difficile à supporter quand tant d’autres activités sont à financer.
«On a essayé la prise en charge financière pour réinsérer les personnes vivant avec le VIH dans des petits métiers comme l’artisanat, mais il y a eu quelques problèmes liés au manque de moyens», a avoué Jean Dassanou, de Godomey.
Dans les départements de l’Atlantique et du Littoral, situés dans le sud du pays, 37 pour cent des orphelins du sida, soit 373 enfants, ont néanmoins pu bénéficier du soutien nutritionnel des communautés, réduisant significativement la «morbidité et la mortalité au sein des populations», selon Emile Aho, responsable de l’ONG Association Jeunesse Développement.
Et c’est également grâce aux associations locales que les personnes qui ont fui le Togo après les violences post-électorales d’avril 2005, pour se réfugier sans ressources au Bénin voisin, ont pu obtenir une écoute, des conseils, des soins et des préservatifs durant leur séjour dans des camps de fortune.
Pour Bertin Danvidé, sociologue au Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), ces actions ont été d'un secours capital, qu’a résumé Fabienne Agboton : «La responsabilisation des communautés a entraîné une bonne compréhension de la maladie et un engagement à la combattre».
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