Pour la première fois, plusieurs pays de l'Afrique de l'Ouest et du centre se concertent pour définir ensemble une stratégie de lutte contre le trafic d'êtres humains exploités comme main d'oeuvre bon marché et à des fins sexuelles.
Réunis pendant deux jours à Abuja, la capitale fédérale nigériane, les délégués de 26 pays des deux régions ont décidé d'adopter le plus rapidement possible une législation et des mesures visant à combattre efficacement la traite des personnes dans leurs pays.
«Chaque année, 200 000 à 800 000 personnes sont victimes du trafic humain dans les deux régions», a expliqué Mohammed Ibn Chambas, secrétaire exécutif de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cedeao).
Les trafiquants s’appuient sur une pratique traditionnelle consistant à confier des enfants en apprentissage à des parents ou des amis, mais toujours avec l'intention de les exploiter sexuellement ou de les utiliser comme main d'oeuvre bon marché.
Selon l’activiste camerounaise Amely-James Koh Bela, qui travaille depuis de longues années sur ces questions, «des enfants déjà infectés au VIH sont envoyés en Europe où ils sont souvent violés sans protection. Du point de vue du sida, c’est une catastrophe».
«Il ne faut pas non plus oublier la vague de viols de petites filles qui est partie il y a environ cinq ans d’Afrique du Sud et qui est remontée jusqu’au Maroc: elle a traversé pas mal de pays parce que des gens avaient décrété que l’hymen des petites filles guérissait du sida», a-t-elle dit lors d’un
entretien accordé à PlusNews en mai 2006.
Des études réalisées par l’Organisation internationale du travail, le Fonds des Nations unies pour l'enfance et l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime ont été présentées à Abuja : toutes révèlent une augmentation de la traite chez les femmes et les enfants, des trafics souvent liés à des groupes mafieux qui envoient leurs victimes dans toutes les régions du monde.
«Ce délit est si grave, si pernicieux, si insupportable que seule une action concertée et déterminée de tous les Etats peut permettre d'en venir à bout», a ajouté Mohamed Ibn Chambas.
Selon Louis Sylvain Goma, secrétaire général de la Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale (CEEAC), les accords bilatéraux déjà conclus entre plusieurs Etats membres pour lutter contre le trafic se sont révélés utiles, mais pas suffisants.
«Tous les Etats de l'Afrique de l'Ouest et du centre devront se concerter et avoir la même définition, perception et compréhension du trafic de personnes, et adopter un plan d'action commun régional», a-t-il déclaré.
Selon le plan d'action commun adopté par les membres, chaque pays devra créer un organisme national chargé de la lutte contre le trafic humain, renforcer les contrôles aux frontières, sans violer les protocoles régionaux sur la libre circulation de personnes, et promouvoir l'échange d'informations entre les services de sécurité.