NEW YORK
Des délégations africaines présentes à New York ont affirmé vendredi que l’engagement signé en mai à Abuja par les pays membres de l’Union africaine (UA) resterait la pierre angulaire de la lutte contre le sida sur le continent.
Les engagements pris dans la dernière déclaration d’Abuja primeront sur ceux que pourrait contenir la déclaration globale attendue à l’issue de la session spéciale de l’Assemblée générale des Nations unies (UNGASS) sur le VIH/SIDA, du 31 mai au 2 juin à New York, un texte que les représentants de la société civile craignent «vide de sens».
«Nous voyons [cette déclaration des Nations unies] comme un compromis, et dans un texte consensuel vous ne pouvez pas obtenir tout ce que vous voulez, [même si] nous aurions été heureux d’avoir un document fort», a dit Tens Kapoma, l’ambassadeur de la Zambie auprès des Nations unies.
Cette réunion de New York, destinée à évaluer les progrès réalisés depuis la Déclaration d’engagement sur le VIH/SIDA signée en 2001 lors d’une précédente UNGASS et qui fixait des objectifs à atteindre en vue de parvenir à inverser la propagation de l’épidémie de sida d’ici 2015, a été très critiquée par les activistes de la société civile.
Alors que le texte de la déclaration finale était toujours négocié vendredi, la société civile a exprimé ses inquiétudes de voir les pays membres de l’UNGASS échouer à définir des objectifs plus ambitieux que ceux fixés en 2001 en termes de prévention et de traitement du VIH/SIDA.
Parmi les critiques les plus souvent exprimées par les activistes figure l’opposition des délégations de pays dits ‘conservateurs’ à voir nommément mentionnés dans la déclaration finale certains groupes reconnus comme vulnérables à l’infection, tels que les travailleurs du sexe, les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes ou encore les consommateurs de drogues injectables.
Certains pays sont également réticents à s’engager sur des objectifs chiffrés, tant en termes d’accès aux traitements du sida que de financement de la lutte contre l’épidémie.
Or, lors d’une rencontre organisée début mai à Abuja, la capitale nigériane, en préparation de l’UNGASS, les pays membres de l’UA avaient signé une déclaration d’engagement assortie d’objectifs précis et chiffrés, tels que fournir des traitements à 80 pour cent des personnes qui en auraient besoin sur le continent d’ici 2010.
Un officiel des Nations unies ayant requis l’anonymat a estimé que cette réunion d’Abuja constituait le point culminant d’un «processus d’appropriation» de la lutte contre le sida par les dirigeants africains et leurs institutions.
Mais des représentants de la société civile ont dénoncé jeudi les déclarations de certains délégués africains, à l’image des sud-africains, qui exprimaient leur souhait de revenir sur certains engagements pris à Abuja, un recul que le Nigeria a été le seul pays du continent à condamner ouvertement à New York.
Toujours selon l’officiel des Nations unies, ces tergiversations proviendraient du «décalage» qui existe entre les diplomates africains basés à New York ayant participé aux négociations du projet de déclaration de l’UNGASS, et «les réalités du terrain» sur le continent, où de moins en moins de dirigeants hésitent à agir pour protéger certains groupes parmi les plus vulnérables à l’infection au VIH, tels que les femmes et les filles, les travailleurs du sexe et les migrants.
«La déclaration d’Abuja était beaucoup plus forte et beaucoup plus précise que [ne risque de l’être] le document de New York», a commenté Alloys Orago du Conseil de lutte contre le sida au Kenya, et membre du cabinet présidentiel kenyan. «Pour la première fois, il y avait un grand nombre d’engagements de la part des chefs d’Etat et de gouvernements africains sur ce qu’il fallait faire [pour lutter contre le sida].»
Alors que la réunion de l’UNGASS a été qualifiée par de nombreux activistes et délégués officiels «d’occasion manquée» de parvenir à une déclaration qui définit des objectifs avec obligation de performance et utilise un langage courageux reconnaissant les besoins des groupes marginalisés, d’autres délégués se sont dits au contraire satisfaits.
Sikelela Dlamini, conseiller du roi du Swaziland Dlamini III, a estimé que le projet de déclaration âprement discuté pendant la rencontre de New York n’avait pas besoin d’inclure des objectifs puisque ces derniers étaient déjà inscrits dans la précédente déclaration de 2001, bien qu’aucun pays n’ait réussi à tous les atteindre, et dans celle d’Abuja.
«[Le document des Nations unies] est quasiment identique à la déclaration d’Abuja», a-t-il estimé. «C’est complémentaire.»
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