Certains pays d’Afrique de l’Ouest ont enregistré des résultats encourageants dans la lutte contre le sida ces dernières années mais la riposte à l’épidémie comporte toujours de «graves lacunes», selon le dernier rapport du Programme commun des Nations unies sur le sida (Onusida).
D’après ce ‘Rapport sur l’épidémie de sida dans le monde 2006’ publié mardi à la veille de l’ouverture de l’importante session spéciale de l’Assemblée générale des Nations unies (UNGASS) sur le VIH/SIDA qui se tient du 31 mai au 2 juin à New York, 24,5 millions de personnes vivaient avec le VIH en Afrique subsaharienne en 2005, soit près de deux tiers du total mondial et 2,7 millions de nouvelles infections ont été enregistrées.
Avec 7,1 pour cent, la Côte d’Ivoire se place en tête des pays ayant le plus fort taux de séroprévalence d’Afrique de l’Ouest, selon le document, qui estime que le «niveau de l’épidémie semble s’être relativement maintenu au cours des 10 dernières années» mais souligne que le conflit civil qui déchire ce pays depuis plus de trois ans n’a pas permis de collecter de nouvelles données nationales.
Le Nigeria, est toujours le troisième pays le plus lourdement touché au monde par l’épidémie en nombre de personnes infectées, après l’Inde et l’Afrique du Sud, avec quelque trois millions de personnes vivant avec le virus selon des statistiques revues à la baisse et des disparités très importantes entre les différentes régions de cet immense pays de plus de 120 millions d’habitants.
Selon l’Onusida, des progrès importants ont été réalisés en Afrique de l’Ouest depuis 2001, date à laquelle 189 pays avaient signé la «Déclaration d’engagement sur le VIH/SIDA» dans laquelle ils fixaient un certain nombre de buts à atteindre en vue de la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement définis par les Nations unies et qui, dans le cas de la lutte contre le sida, prévoient d’inverser la propagation de l’épidémie d’ici 2015.
«Un recul significatif de la prévalence du VIH a été observé dans les zones urbaines du Burkina Faso ainsi qu’à Abidjan, en Côte d’Ivoire, et à Lomé au Togo», a souligné le rapport, publié tous les deux ans.
De quatre pour cent en 2001, le taux de séroprévalence parmi les femmes enceintes âgées entre 15 et 24 ans dans les zones urbaines du Burkina Faso est passé à moins de deux pour cent en 2003, a précisé le document, ce qui pourrait «refléter les résultats des efforts de prévention qui sont allés croissants au cours de la dernière décennie».
D’autre part, l’âge des premiers rapports sexuels a reculé dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne tandis que le taux d’utilisation du préservatif a augmenté dans certains Etats, bien que ce taux reste inférieur à 50 pour cent.
Mobilisation des ressources et accès aux traitements
Ces succès ont été enregistrés grâce à un accroissement des ressources allouées à la lutte contre le sida, qui, à l’échelle mondiale sont passées de 1,6 milliard de dollars en 2001 à 8,3 milliards en 2005, et à un engagement politique plus important, a estimé l’organisme onusien.
L’accélération de l’accès aux traitements du sida a également permis à de nombreux pays de marquer des points dans la lutte. En 2005, 1,3 million de personnes bénéficiaient de traitements antirétroviraux dans les pays en développement –dont 810 000 en Afrique- alors qu’ils n’étaient que 240 000 en 2001.
Les disparités dans l’accès aux traitements restent néanmoins préoccupantes selon les pays et les régions du continent: en 2005, trois pour cent seulement des personnes séropositives en attente de traitement en République centrafricaine en bénéficiaient, contre près de 17 pour cent sur l’ensemble du continent.
En dépit des signes d’espoir apportés par ces résultats encourageants, 25 ans après l’apparition des premiers cas de sida, a souligné l’Onusida, les défis de l’Afrique de l’Ouest demeurent importants et la relative faiblesse des taux de prévalence dans la plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest ne doit pas faire oublier que certains facteurs restent inquiétants.
La réponse en matière de prévention du VIH a échoué dans de nombreux domaines, a constaté le rapport. L’objectif fixé par la Déclaration d’engagement en 2001 prévoyait que 90 pour cent des jeunes devaient être correctement informés sur le sida d’ici 2005 : ils sont moins de 50 pour cent.
Au Sénégal, où le taux de prévalence national est estimé à 0,9 pour cent, «le processus épidémique repose principalement sur le commerce du sexe et le danger éventuel réside dans une rapide propagation du VIH au-delà des professionnel(le)s du sexe et de leur clientèle vers des populations moins exposées au risque».
Depuis environ une décennie, la prévalence du VIH reste élevée parmi les professionnel(le)s du sexe, avec environ 20 pour cent à Dakar, la capitale, et jusqu’à 30 pour cent à Ziguinchor en Casamance, dans l’extrême sud du pays.
Même constat au Ghana, où «le commerce du sexe constitue également un facteur déterminant dans la propagation de l’épidémie», a souligné le rapport, qui a exhorté les pays à accorder davantage d’attention aux groupes «à risques mais laissés-pour-compte» comme les professionnel(le)s du sexe, les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes, les consommateurs de drogues injectables et les prisonniers.
Femmes, enfants et populations oubliées
Dans les capitales sénégalaise et ghanéenne, Dakar et Accra, les taux de prévalence du VIH parmi les jeunes femmes enceintes ont augmenté, a ajouté le document.
La féminisation de l’épidémie en Afrique de l’Ouest comme sur le reste du continent fait d’ailleurs partie des sources d’inquiétude évoquées par l’Onusida. Les trois quarts des 17,3 millions de femmes vivant avec le VIH dans le monde en 2005 étaient en Afrique subsaharienne.
A l’exception de la Sierra Leone où selon les autorités, le taux de prévalence du VIH chez les femmes est à peu près équivalent à celui des hommes, les données soulignent «l’impact disproportionné du sida sur les femmes».
«En Afrique subsaharienne, les femmes sont infectées plus souvent et plus tôt que les hommes», a rappelé l’Onusida. En moyenne, trois femmes sont infectées pour un homme parmi les 15-24 ans, ce qui souligne «la vulnérabilité des jeunes filles et jeunes femmes et le partage inégal du pouvoir dans bon nombre de sociétés».
L’accès des femmes enceintes aux services de prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant reste par ailleurs trop limité : neuf pour cent des femmes en Afrique subsaharienne en ont bénéficié en 2005.
Une faible performance qui a un impact sur les enfants, dont une majorité a été infectée à la naissance: 90 pour cent des enfants de moins de 15 ans vivant avec le VIH dans le monde sont en Afrique subsaharienne, et neuf pour cent d’entre eux sont orphelins. Moins d’un enfant sur 10 a accès à des services de santé de base, a ajouté l’Onusida.
Autre catégorie de populations vulnérables : les réfugiés, qui sont quatre millions en Afrique subsaharienne, a rappelé le rapport. En 2004, moins de la moitié des pays d’asile «prévoyaient des activités [de lutte contre le sida] liées spécifiquement aux réfugiés», a regretté l’Onusida.
Face à tous ces défis, l’organisme onusien a exhorté la communauté internationale à intensifier ses efforts, tant sur le plan de la mobilisation des ressources et de l’accès universel aux traitements du sida que dans le domaine de la prévention.
«Certains signes inquiétants montrent que l’appui à la prévention du VIH pourrait être en baisse dans certaines régions», s’est alarmé le rapport. «Il s’agit là d’une terrible occasion gâchée car l’extension des stratégies préventives disponibles dans 125 pays à faible ou moyen revenu permettrait d’éviter quelque 28 millions de nouvelles infections entre 2005 et 2015 ... et d’économiser 24 milliards de dollars.»
L’UNGASS qui s’ouvre mercredi à New York doit être l’occasion pour les pays de renforcer leur engagement, ont estimé les Nations unies.
«Un quart de siècle après le début de l’épidémie, la riposte mondiale au sida se trouve à un tournant. Pour la toute première fois, la communauté internationale a les moyens de commencer à inverser le cours de l’épidémie», a dit Kofi Annan, le Secrétaire général des Nations unies, dans un récent rapport en prévision de l’UNGASS.
Le rapport (en français)