DAR ES SALAAM
Le gouvernement de Tanzanie s’apprête à réviser son cadre juridique afin de prendre en compte les défis que représente le VIH/SIDA.
«Une loi générale sur les questions relatives au VIH/SIDA doit être adoptée, le cadre juridique doit tenir compte des intérêts des personnes séropositives. Le VIH/SIDA ne doit plus être considéré comme un défi uniquement sanitaire, mais comme un défi socio-économique et politique», a déclaré Sam Komba, responsable juridique auprès de la Commission tanzanienne de lutte contre le sida (Tacaids).
Le cadre juridique tanzanien est composé de différents systèmes juridiques (statutaire, islamique, hindou et coutumier), mais il n’est toujours pas parvenu à résoudre les problèmes liés au sida, a-t-il ajouté.
Selon Tacaids, plus de deux millions de Tanzaniens sont morts des suites du VIH/SIDA, depuis que le premier cas de VIH a été diagnostiqué vingt ans auparavant. Plus de deux millions de personnes vivent actuellement avec le virus. En outre, le pays abrite plus d’un million d’enfants qui ont perdu un ou deux de leurs parents à cause de l’épidémie.
L'Association des femmes juristes de Tanzanie (Tanzania Women Lawyers Association - TAWLA), chargée par le gouvernement de réviser les lois du pays, a présenté un rapport lors d’un atelier sur les média qui s’est tenu dernièrement à Dar es Salaam, la capitale commerciale.
TAWLA a répertorié les pratiques tolérées par la loi qui rendaient les gens, notamment les femmes, vulnérables au VIH/SIDA.
«Des lois et des pratiques coutumières, comme la polygamie, l’excision, l’échange d’épouses, l’héritage et la purification de la veuve, exposent la population au VIH/SIDA», a noté TAWLA dans son rapport, rédigé par Magdalena Rwebangira et Maria Tungaraza.
Bien que des progrès aient été accomplis, les lois demeurent défectueuses, a souligné Magdalena Rwebangira, responsable de la TAWLA. Ainsi, la loi sur le mariage de 1971 interdit le mariage des personnes mineures, mais elle autorise les jeunes Tanzaniennes à se marier dès 15 ans, avec la permission de leurs parents.
«De toute évidence, cette loi accentue la vulnérabilité des jeunes filles mineures face au VIH/SIDA, puisque l’âge de la majorité est fixée à 18 ans en Tanzanie», a déclaré la TAWLA dans son rapport.
Juma Lisulu [un nom d’emprunt], un homme séropositif âgé de 38 ans qui vit à Dar es Salaam, s’est dit inquiet qu’aucune disposition juridique ne défende les droits des personnes infectées au VIH/SIDA.
«Parfois, les gens sont licenciés [car ils sont séropositifs]», a-t-il expliqué. «Les personnes séropositives sont victimes de stigmatisation sur leur lieu de travail ou lorsqu’elles veulent avoir accès aux services sociaux. Les enfants orphelins continuent à aller à l’école, mais ils ne savent pas comment recevoir de l’aide et ne connaissent pas leurs droits.»
Tout cela est dû à l’absence de disposition juridique spécifique, a rappelé M. Lisulu, qui suit un traitement ARV depuis cinq ans, grâce au soutien financier qu’il reçoit de sa famille. «Nous dépendons des associations humanitaires et des promesses des hommes politiques. Les politiques et les déclarations ne suffisent pas à améliorer notre vie.»
Sam Komba a indiqué que la Commission et le ministère tanzanien de la Justice et des Affaires constitutionnelles consultaient des spécialistes en vue de promulguer une loi générale sur le VIH/SIDA d’ici la fin de l’année.
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