BOR
Les autorités sanitaires du sud admettent ne pas connaître le taux de prévalence du VIH/SIDA à Bor, ville-garnison du Sud Soudan ravagé par la guerre, mais elles craignent une recrudescence du nombre de cas avec les importants mouvements de population provoqués par le retour de la paix.
«Nous pensons que le taux de prévalence est très bas, mais cela n’est qu’une hypothèse basée sur notre service des consultations externes. Ce dernier n’a enregistré aucun cas de VIH/SIDA», a déclaré le docteur Agot Alier Leek, ministre de la Santé pour l’Etat de Jonglei, depuis l’hôpital de Bor à la façade criblée de balles.
Cela ne signifie pas pour autant que le sida n’existe pas dans cette région, a-t-il ajouté. «Mais vous savez, les communautés ici sont très traditionnelles et par conséquent, elles essaient de ne rien dévoiler aux autorités.»
Comparé aux taux de prévalence du VIH/SIDA élevés enregistrés dans les pays voisins comme la République démocratique du Congo (RDC), le Kenya ou l’Ouganda, le taux d’infection dans le Sud Soudan est faible, de l’ordre de 2,3 pour cent, selon les estimations publiées dans un rapport du Fonds des Nations unies pour la population (Fnuap).
Malgré ce taux de prévalence relativement bas, les activistes engagés dans la lutte contre le VIH/SIDA craignent une propagation de l’épidémie.
Les 21 ans de guerre civile qui ont opposé le Mouvement/Armée populaire de libération du peuple soudanais (SPLM/A) au gouvernement de Khartoum, dominé par des clans arabes, ont causé quelque quatre millions de déplacés internes et ont contraint plus d’un demi million de personnes à quitter le pays et à se réfugier en Ouganda, en Ethiopie ou au Kenya.
En janvier 2005, les factions belligérantes ont signé un accord de paix. Certains experts sanitaires craignent qu’en revenant dans le sud du pays, les réfugiés venus du nord appelé ‘AIDS belt’ (la ceinture du sida) n’«apportent le virus avec eux», a dit un médecin, et favorisent sa propagation.
Cependant, les spécialistes interrogés ont des points de vue différents: c’est le cas du docteur Patrick Abok, responsable de programme de lutte contre le VIH/SIDA auprès de l’OMS pour le Sud Soudan.
«Il y a différents facteurs clés qui définiront le risque de propagation de l’épidémie : le taux de prévalence du VIH/SIDA dans la région d’origine, le taux d’infection parmi la population vivant à proximité des camps de réfugiés et la durée du séjour dans les camps», a-t-il rappelé.
Le docteur Patrick Abok ne considère pas le rapatriement des personnes déplacées et des réfugiés comme étant une menace pour les habitants de la région, mais comme une ressource que le gouvernement du Sud Soudan doit exploiter.
Un grand nombre de réfugiés ont été sensibilisés au VIH/SIDA lorsqu’ils se trouvaient dans les camps. «Les personnes rapatriées sont en fait plus informées sur le VIH/SIDA que celles qui sont restées dans le Sud Soudan durant le conflit. Elles sont mieux informées, elles ont des connaissances plus grandes», a-t-il souligné.
Le VIH est déjà considéré comme une épidémie au Soudan. En effet, selon le Programme commun des Nations unies pour le VIH/SIDA (ONUSIDA), au Soudan, quelque 400 000 personnes sont séropositives et 23 000 autres sont mortes d’une maladie liée au sida.
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a indiqué que le taux de prévalence du VIH/SIDA à travers le pays oscillait entre moins d’un pour cent et sept pour cent.
Le docteur Agot Alier Leek redoute qu’une fois le calme revenu dans la région, la mobilité croissante de la population puisse augmenter les risques d’infection au VIH/SIDA parmi les communautés rurales restées isolées pendant le conflit. En outre, ce dernier a permis de maintenir un taux de prévalence du VIH/SIDA bas.
«Quelqu’un doit se charger de résoudre le problème», a souligné le docteur Patrick Abok. «Le mieux serait que le gouvernement s’en charge, mais dans le Sud Soudan ce sont les ONG qui s’occupent de fournir la plupart des services sanitaires. Par conséquent, nous devons nous tourner vers elles pour qu’elles redoublent leurs efforts.»
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