BAFATA
Cela fait dix ans que Aquilino Manuel da Costa, célèbre médecin traditionnel de Guinée Bissau, attend d’être associé, avec ses collègues, à la lutte nationale contre le sida.
C’est enfin arrivé : début mars, médecins traditionnels et autorités se sont rencontrés pour la première fois à Bafata, à l’est du pays.
La première association de médecins traditionnels, dont M. Da Costa est le président, attend depuis sa création en 1995 des cours de formation en matière de VIH/SIDA, a-t-il dit à PlusNews.
Cette omission signifiait pour lui «le dédain des autorités sanitaires pour le travail des guérisseurs». «Nous n’avons aucun appui de leur part, elles ne nous aident pas à développer nos capacités et ne valorisent pas nos découvertes».
Lors de cette rencontre, Paulo Mendes, coordonnateur du Secrétariat national pour la lutte contre le sida (SNLS), a annoncé pouvoir financer des études d’évaluation des apports de la médecine traditionnelle à hauteur de 20 000 dollars américains.
Des études effectuées en Ouganda et au Zimbabwe ont confirmé que des médicaments traditionnels à base d’herbes sont certainement moins chers et tout aussi efficaces, voire même plus, que les traitements modernes des infections opportunistes fréquentes chez les personnes séropositives, telles que l’herpès et la diarrhée chronique.
Même si l’on ne dispose pas de statistiques, on estime qu’en Guinée-Bissau l’ensemble de la population -- musulmans, chrétiens et animistes confondus -- a recours à la médecine traditionnelle, en parallèle avec la médecine moderne.
Des guérisseurs célèbres tels que Da Costa sont vénérés dans tout le pays.
L’association des guérisseurs et des «djambacoses» compte ainsi plus d’un millier de membres disséminés dans les huit régions du pays.
Selon M. Da Costa, il existe deux types de médecins traditionnels en Guinée-Bissau : les guérisseurs et les «djambacoses».
Les guérisseurs travaillent avec des herbes et des plantes médicinales pour guérir différentes maladies et découvrir de nouveaux médicaments. «Ils reçoivent leur pouvoir de Dieu et leurs connaissances leurs ont été transmises par nos ancêtres, de génération à génération», a expliqué M. Da Costa.
Les «djambacoses» évoquent les esprits des ancêtres et les «Irãs», les esprits. Dans la cosmogonie animiste guinéenne, chaque élément du monde contient une portion d’énergie universelle, «l’Irã».
La plupart des guérisseurs sont des hommes, tandis que les «djambacoses» peuvent être des hommes ou des femmes. La circoncision masculine est pratiquée par une autre catégorie de professionnels, les «fanadores».
Des médecines complémentaires
M. Da Costa est devenu célèbre au terme de 25 ans d’activité, en guérissant «la fièvre jaune, le choléra, l’épilepsie, l’infertilité, la gonorrhée, la syphilis, le chancre mou, les maux de ventre, l’asthme et les mauvais esprits».
Sa résidence dans le quartier de Bra, dans les environs de Bissau, fonctionne comme une clinique privée. Outre les longues files d’attente pour les consultations, des patients sont hospitalisés pour diverses pathologies.
Musqueba Biaia a raconté à PlusNews que son mari avait été malade pendant des années et avait déjà séjourné dans plusieurs hôpitaux de Guinée-Bissau. «C’est grâce à Aquilino que mon mari est redevenu une personne normale, il marche et travaille normalement».
Pour elle, la médecine traditionnelle sera toujours une référence, a-t-elle dit.
Lorsqu’on lui a demandé si les médecins traditionnels pouvaient guérir le sida, M. Da Costa a souri longuement, a passé ses mains sur sa tête, avant de répondre : «Le sida est une maladie incurable, mais on peut le traiter». Et d’ajouter : «La médecine traditionnelle est un complément à la médecine moderne».
Selon l’étude «Médicaments anciens, nouvelle maladie» menée par le programme commun des Nations unies sur le sida, Onusida, si le médecin traditionnel sait reconnaître les symptômes d’une infection au VIH, il peut référer le patient vers les services médicaux spécialisés.
Le médecin traditionnel, qui jouit de crédibilité et de prestige, peut en outre influencer les comportements, les pratiques et les croyances des populations : il peut renforcer (ou contrer) l’information donnée par le personnel médical, ce qui peut réduire (ou augmenter) la stigmatisation et la discrimination au sein des communautés.
En plus du rôle d’agent de communication dans les affaires sociales et sanitaires, le médecin traditionnel doit connaître la façon dont se transmet le virus ; certaines pratiques telles que les scarifications, incisions et sacrifices impliquent la manipulation de sang animal et humain, et donc un risque d’infection.
Le SNLS a affirmé son intention d’organiser des cours de formation sur le VIH/SIDA pour les médecins traditionnels dans toutes les régions du pays.
«Cette rencontre constitue un tournant dans les relations entre la médecine moderne et la médecine traditionnelle en Guinée-Bissau, pour le bien de tous», a conclu M. Mendes.
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