1. Accueil
  2. Africa
  • News

MSF réclame l'accès aux nouveaux traitements du sida

Les personnes vivant avec le VIH dans les pays en développement sont toujours privées des innovations thérapeutiques disponibles dans les pays riches, a dénoncé mercredi l'organisation Médecins sans frontières (MSF), réclamant des firmes pharmaceutiques qu'elles remédient «immédiatement» à cette situation. En 2005, environ six pour cent des patients suivis par MSF sous traitement antirétroviral (ARV) depuis trois ans étaient sous traitement de seconde ligne, -c'est-à-dire qu'ils ne réagissaient plus ou qu'ils avaient développé des résistances aux médicaments dits de première ligne, plus anciens, a expliqué l'organisation médicale humanitaire internationale dans un communiqué. En Afrique du Sud, 16 pour cent des patients du programme de MSF à Khayelitsha, dans la banlieue de Cape Town, avaient besoin de médicaments de seconde ligne après quatre ans de traitement, a précisé MSF, expliquant que ce programme était l’un de ceux à avoir la possibilité de mesurer la charge virale -la quantité de virus présente dans l'organisme du patient. «Ces statistiques démontrent le besoin crucial et grandissant des patients des pays en développement d'avoir accès aux médicaments de seconde ligne les plus récents, adaptés aux contraintes locales», a estimé MSF, qui fournit des ARV à plus de 60 000 personnes vivant avec le VIH dans ces pays à faibles revenus. Mais ils n'y sont pas disponibles, a constaté l’organisation humanitaire, qui a accusé les compagnies pharmaceutiques de commercialiser «les produits les moins adaptés aux pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine, pendant qu'elles réservent les médicaments les plus récents aux pays qui peuvent payer davantage». En ligne de mire de Médecins sans frontières: la combinaison antirétrovirale Lopinavir/Ritonavir (LPV/r), dont la première version a été commercialisée en 2000 par son fabricant, le laboratoire américain Abbott, sous la marque Kaletra. En octobre 2005, l'agence sanitaire américaine Foog and Drug administration (FDA) a approuvé une nouvelle version de ce médicament reconnu comme une composante essentielle des traitements de seconde ligne par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), car étant le seul inhibiteur de prothéase renforcé en une seule pilule. Selon MSF, la qualité principale de cette version la plus récente du LPV/r est qu'il est «thermostable», c'est-à-dire qu'il n'a pas besoin d'être conservé dans un lieu réfrigéré. Cette propriété en fait un médicament particulièrement adapté aux conditions climatiques qui prévalent dans de nombreux pays en développement, notamment en Afrique où vivent la majorité des malades du sida. Des médicaments conçus pour les pays chauds introuvables en Afrique Pourtant, a affirmé l'organisation médicale, lorsque MSF a voulu se procurer ce médicament pour traiter ses patients dans les pays en développement, «Abbott a répondu qu'il attendrait que le produit soit disponible en Europe avant de faire la demande de commercialisation dans les pays en développement, ce qui implique un délai potentiel de plusieurs années avant que ce médicament ne soit mis à la disposition des personnes qui en auraient le plus besoin». «Ici, la température dépasse régulièrement les 40°C et les réfrigérateurs ne sont pas fiables à cause des coupures de courant quotidiennes. Impossible pour nos patients d'utiliser l'ancienne version de ce médicament», a expliqué Helen Bygrave, du programme MSF à Lagos, au Nigeria. «Quelle cruelle ironie qu'un médicament qui n'a pas besoin d'être conservé au frais, et semble donc conçu spécialement pour des pays comme le Nigeria, ne soit pas disponible ici!», a-t-elle ajouté. Réagissant à ce communiqué de MSF, Heather Mason, vice-présidente d'Abbott, a estimé dans une lettre adressée à l'organisation et publiée sur le site internet du laboratoire américain, que sa compagnie travaillait «à apporter ces nouveaux progrès technologiques aux patients dans les pays en développement, aussi vite que possible». Mme Mason a réfuté les accusations de MSF sur l'absence de demande de commercialisation du produit dans les pays les plus pauvres, affirmant que le processus de validation était en cours. «En Afrique du Sud tout particulièrement, Abbott déposera sa demande d'approbation au cours des prochaines semaines», a-t-elle dit. Quant aux autres pays africains ainsi que les Etats figurant parmi les moins développés, la plupart d'entre eux «requiert l'approbation de l'Union européenne avant de procéder à l'enregistrement du médicament dans leur pays», a affirmé Mme Mason. «Abbott met ses médicaments contre le sida à disposition de 69 pour cent des pays les plus pauvres du monde et les plus touchés par le VIH», a affirmé Mme Mason. Mais les laboratoires Abbott étant les seuls fabricants du nouveau LPV/r et en l'absence de toute version générique du médicament, MSF et les autres sont dépendants de la bonne volonté de la compagnie de mettre ce médicament à la disposition des patients le plus largement et le plus rapidement possible, a regretté l’organisation humanitaire. «Puisque Abbot ne met pas ce médicament à la disposition des pays en développement, MSF a aujourd'hui passé sa propre commande pour ses projets au Cameroun, au Kenya, au Malawi, au Nigeria, en Afrique du Sud (…), Ouganda et Zimbabwe», a annoncé l'organisation. Soutenue par des médecins, des chercheurs et des organisations de lutte contre le sida, MSF a réclamé en même temps que ce médicament soit vendu au«prix le plus bas possible», et dans tous les cas pas plus cher que l'ancienne version du LPV/r, vendue environ 500 dollars par an dans les pays à faibles revenus. La dernière version du LPV/r est disponible aux Etats-Unis pour près de 10 000 dollars par an et par patient. Le laboratoire américain s’est dit «prêt à explorer toutes les approches permettant d'accélérer les approbations en Afrique et dans les pays les moins développés», a conclu Heather Mason.

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

Partager cet article

Our ability to deliver compelling, field-based reporting on humanitarian crises rests on a few key principles: deep expertise, an unwavering commitment to amplifying affected voices, and a belief in the power of independent journalism to drive real change.

We need your help to sustain and expand our work. Your donation will support our unique approach to journalism, helping fund everything from field-based investigations to the innovative storytelling that ensures marginalised voices are heard.

Please consider joining our membership programme. Together, we can continue to make a meaningful impact on how the world responds to crises.

Become a member of The New Humanitarian

Support our journalism and become more involved in our community. Help us deliver informative, accessible, independent journalism that you can trust and provides accountability to the millions of people affected by crises worldwide.

Join