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L’Onusida préoccupé par le gel des fonds sida de la Banque mondiale

La lutte contre le VIH/SIDA au Tchad pourrait être la première victime du différend qui continue d’opposer le gouvernement à la Banque mondiale, selon les Nations unies. Il y a un mois, la Banque mondiale suspendait le décaissement de ses prêts au Tchad, un pays enclavé d’Afrique centrale, à la suite de la décision prise par le Président Idriss Deby de modifier la loi sur la gestion des revenus pétroliers. Le Tchad affiche un taux de prévalence du VIH/SIDA de 4,8 pour cent et les deux tiers de ses financements pour lutter contre le sida proviennent des caisses de la Banque mondiale : un projet de 24,5 millions de dollars, lancé en juillet 2001, était en cours d’exécution et devait s’achever en décembre 2006. Selon l’institution de Bretton Woods, 5,4 millions de dollars doivent être décaissés d’ici la fin de l’année, une somme importante pour les acteurs de la lutte contre le sida au Tchad, un pays pauvre où le revenu moyen par habitant est de 21 dollars par mois. En outre, la suspension des prêts de la Banque mondiale intervient à un moment critique pour le Tchad, alors que les discussions pour l’élaboration d’un programme multipays (MAP) devaient démarrer ces prochaines semaines, pour un montant estimé à 36,7 millions de dollars par les auteurs du plan national d’action 2006-2008. «Le MAP devait prolonger le projet existant, qui doit se terminer fin décembre 2006», a expliqué la Banque mondiale depuis Paris, en France. «Les experts allaient descendre sur le terrain pour définir le contenu de ce projet, mais tout est désormais suspendu.» Le responsable du programme commun des Nations unies sur le sida, Onusida, a déploré cette situation, alors que la lutte contre le sida au Tchad accuse déjà sept années de retard par rapport aux pays voisins. «Nous avons aidé le gouvernement à mettre en place un plan national de lutte contre le sida pour 2006-2008 ... Désormais nous ne pouvons plus compter sur les fonds de la Banque mondiale, tout est fichu», a déclaré Kekoura Kourouma, le responsable d'Onusida au Tchad, lors d'un entretien accordé à PlusNews à N'djamena, la capitale.
[Chad] "All together against AIDS" reads the poster painted onto a wall in downtown N'djamena. Officials are worried that row between the World Bank and the Chadian government may hamper the fight against AIDS. [Date picture taken: 01/31/2006]
"Tous contre le sida" annonce l’affiche peinte sur un mur de Ndjamena. Les Nations unies craignent que la dispute nuise à la lutte contre le VIH
Début janvier, la Banque a suspendu tous les nouveaux prêts relatifs aux huit projets en cours d’exécution, ainsi que le versement de 124 millions de dollars déjà affectés au pays par l’Association internationale pour le développement (IDA), après la décision du gouvernement de modifier des clauses d’une loi destinée à faire bénéficier les populations démunies d’une grande partie des revenus du pétrole. Le montant total des crédits IDA en cours d’exécution au Tchad est de 297 millions de dollars, a précisé la Banque. La Banque mondiale avait exigé de telles mesures pour réduire la pauvreté en échange de son soutien financier à un projet de développement pétrolier de 3,7 milliards de dollars. Inauguré en 2003, un oléoduc long de 1 000 kilomètres part des champs pétrolifères de Doba, au sud du Tchad, pour aboutir au terminal pétrolier off-shore de Kibri au Cameroun, dans l’océan Atlantique. La modification de la loi permet au gouvernement tchadien de supprimer le Fonds pour les générations futures, qui suppose que dix pour cent des revenus pétroliers soient épargnés jusqu’à l’épuisement des réserves pétrolières. En outre, cela permet au gouvernement de doubler le montant des fonds qui lui reviennent -- et qu’il pourra utiliser comme bon lui semble. Dans la foulée, la sécurité et l’administration territoriale ont été promues au rang de secteurs prioritaires, au détriment de l’éducation et de la santé, à la suite des événements qui ont secoué le Tchad au cours des dernières semaines: de nombreux soldats ont déserté, des rebelles ont mené une attaque dans une ville à la frontière avec le Soudan et le président Deby s'est déclaré en état de belligérance avec Khartoum. Même dans le meilleur des cas, c'est-à-dire même si la Banque mondiale et les autorités tchadiennes trouvent un compromis, il faudra patienter trois mois de plus que prévu, le temps de débloquer les fonds pour le financement de nouveaux projets de lutte contre la pandémie de sida, a affirmé M. Kourouma. Effet domino ? Durant ce laps de temps, il estime que la moitié des centres de dépistage du VIH/SIDA du pays ne pourront plus fonctionner correctement, que les formations de médecins seront interrompues et que l’approvisionnement en médicaments contre les infections opportunistes et sexuellement transmissibles sera suspendu. «De toute évidence, plus cette situation durera, plus la perturbation sera importante», a regretté Kekoura Kourouma. «Et même si les choses s’améliorent, ce n'est pas comme une voiture : quand la batterie meurt, on la change et aussitôt ça redémarre. Ici, quand les liens sont rompus, il est difficile de les rétablir.» Si un compromis n'est pas trouvé rapidement, il est probable que d’autres importants bailleurs de fonds du Tchad, comme la banque allemande de développement (KfW) et la Banque africaine de développement (BAD), suivront la voie de la Banque mondiale et suspendront leurs prêts, remettant ainsi en question d'autres projets de lutte contre le VIH/SIDA. «Si la KfW, qui finance la majeure partie des préservatifs, et la BAD, qui finance des projets dans le sud du pays où le taux de prévalence du VIH/SIDA est plus élevé que dans les autres régions, décident de s’aligner avec la Banque mondiale, on sait à quoi s’attendre…», a souligné Kekoura Kourouma. Pourtant, les négociations en vue d'apaiser les tensions autour de la gestion des revenus pétroliers se poursuivent entre responsables du gouvernement tchadien et de la Banque. La semaine dernière, ces derniers se sont réunis pendant trois jours à Paris. «La Banque mondiale cherche à parvenir à une compréhension mutuelle des besoins cruciaux du pays et des restrictions budgétaires tout en s'assurant que les populations les plus pauvres bénéficient des fonds», a déclaré la Banque mondiale la semaine dernière, à l'issue des négociations engagées à Paris. «Le compromis ne sera pas trouvé assez tôt pour l'Onusida », a déclaré Kekoura Kourouma. «Le gouvernement et la Banque mondiale doivent trouver un terrain d’entente afin que les "futures générations" ne soient pas toutes touchées par le virus du VIH/SIDA», a-t-il conclu.

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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