NIAMEY
Les autorités de lutte contre le VIH/SIDA au Niger ont exhorté les populations à se rendre dans les centres de dépistage, trop peu fréquentés malgré la disponibilité des traitements, distribués gratuitement aux personnes infectées.
“Nous lançons un vibrant appel aux Nigériens pour qu’ils viennent se dépister dans les quelques 43 centres prévus à cet effet à travers le territoire national. De nos jours, les gens peuvent se faire dépister en 15 mn et continuer leur chemin”, a plaidé le docteur docteur Abdoulaye Bagnou, responsable de la Coordination intersectorielle de lutte contre le VIH/SIDA et conseiller du Premier ministre à Niamey, la capitale du Niger.
Selon le docteur Bagnou, les patients attendent d’être très malades pour se rendre dans les centres de santé et les hôpitaux. “Ils ne fréquentent les centres que quand ils sont couchés ou qu’ils sont entre la vie et la mort”, a-t-il expliqué.
“Le sida est toujours une maladie honteuse au Niger”, a-t-il ajouté.
En 2003, les Nations unies estimaient à 5 000 le nombre de décès dû au sida au Niger.
Pour les acteurs de la lutte contre la pandémie, les difficultés viendraient notamment de la peur de la stigmatisation et de la rareté des centres de prescription de traitements antirétroviraux (ARV), au nombre de six dans ce pays désertique, deux fois et demi plus grand que la France.
En attendant une nouvelle enquête démographique et sanitaire, la dernière étude sentinelle, menée en 2002, a estimé le taux national de prévalence à 0,87 pour cent, avec des disparités importantes entre les villes et les campagnes (respectivement 2,8 et 0,64 pour cent) et entre les différentes catégories de population.
Ainsi les taux de séroprévalence sont particulièrement élevés parmi les travailleuses du sexe, le niveau d’infection de cette population atteignant 25 pour cent, selon les autorités. A Dirkou, dans l’extrême nord du pays, une zone de transit vers la Libye et l’Europe, la moitié d’entre elles seraient infectées par le virus.
Le programme conjoint des Nations Unies sur le sida (Onusida) a quant à lui estimé le taux national de séroprévalence à 1,2 pour cent fin 2003, ce qui porterait à 100 000 le nombre de personnes vivant avec le VIH/SIDA, dans un pays d’environ 12 millions d’habitants.
Or, selon des statistiques officielles, seules 645 personnes recevaient un traitement ARV fin décembre, une prise en charge gratuite rendue possible par l’initiative nigérienne d’accès aux ARV (Inarv), mise en place en 2003 grâce à l’appui des bailleurs de fonds.
Pour la période 2003-2008, la Banque mondiale a accordé au Niger un financement de 25 millions de dollars dans le cadre de son plan d’action multisectoriel contre le VIH/SIDA (MAP). De son côté, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a approuvé en août 2004 un financement de 8,5 millions de dollars sur deux ans.
Ces financements sont destinés à accélérer la distribution d’ARV et la mise en place des centres de dépistage, mais également à prévenir de nouvelles contaminations chez les jeunes ainsi que la transmission du virus de la mère à l’enfant.
En septembre 2005, seule la moitié des fonds approuvés par le Fonds mondial avait été décaissée par l’institution, faute de ressources humaines suffisantes pour mettre en place les programmes, a expliqué le docteur Bagnou, pour qui il devient urgent de réaliser les objectifs que se sont fixés les autorités de la lutte contre la pandémie et leurs partenaires.
“Avant nous avions des problèmes [parce que] nous ne pouvions pas offrir des traitements aux malades : les gens ne venaient pas se faire dépister puisque nous n’avions rien à leur proposer. Qui serez assez fou pour aller se faire dépister si on ne peut rien pour lui ?”, s’est interrogé le docteur Bagnou. “Aujourd’hui, nous pouvons faire quelque chose : les ARV sont gratuits.”.
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