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Pour la première fois en Sierra Leone, un pays qui sort de 11 années de guerre civile, une étude a pu évaluer, sur l’ensemble du pays, le taux de prévalence au VIH/SIDA, estimé à 1,5 pour cent de la population.
Cette étude, réalisée par le laboratoire ghanéen Nimba Research Consultancy et financée par la Banque mondiale, a également conclu que les modes de transmission sont peu connus par les habitants, analphabètes aux deux tiers, selon les Nations unies.
«L’étude a révélé un taux de prévalence de 1,5 pour cent, ce qui est relativement faible et justifie que nous intensifiions les activités de prévention que nous avons menées jusque là», a déclaré le docteur Brima Kargbo, en charge du Programme national de lutte contre le sida (PNLS) à Freetown, la capitale.
Jusqu'à présent, le taux de prévalence était officiellement estimé à 0,9 pour cent, selon une étude partielle menée en 2002. Ce chiffre a toujours été contesté par les acteurs de la lutte contre la pandémie, qui estimaient qu'environ cinq pour cent de la population de Freetown pouvait être infectée.
Le taux de prévalence est difficile à évaluer dans ce pays d'Afrique de l'ouest de cinq millions d’habitants, ravagé par une décennie de guerre civile qui a fait plus de vingt mille morts, déplacé la moitié de la population et détruit les infrastructures sanitaires.
Mais cette fois-ci, l’échantillon concerné est 3,5 fois plus important que celui qui avait été retenu lors de la précédente étude, menée par les autorités et des partenaires américains : des prélèvements sanguins ont été réalisés sur 8 346 personnes volontaires, 58 pour cent d’entre elles étant des femmes, vivant sur l’ensemble du territoire national.
Selon les autorités, le taux d’infection au VIH/SIDA s’est révélé deux fois plus important en zone urbaine qu’en zone rurale : 2,1 pour cent des personnes résidant en ville ont été testées positives, contre 1,3 pour cent dans les campagnes.
Pourtant, contrairement aux autres pays de la région, aucune différence significative n’est apparue entre les hommes et les femmes, avec des taux d’infection de, respectivement, 1,5 et 1,6 pour cent. En Afrique de l’ouest, les femmes, plus vulnérables que les hommes au VIH, sont presque deux fois plus infectées en moyenne.
Le taux de prévalence le plus élevé a été trouvé dans le district de Koinadougou, dans l’est du pays proche de la Guinée, une région troublée où se côtoient des chercheurs d’or ou de diamants et des milliers de Sierra Léonais, de retour au pays après un long exil dans les pays voisins.
Un préservatif pour dix hommes
Selon le programme conjoint des Nations Unies contre le sida (Onusida) à Freetown, tous les ingrédients sont réunis pour une explosion de l’épidémie dans le pays : la pauvreté, les réfugiés, les déplacements de populations, le chômage des jeunes, le commerce du sexe, l’illettrisme et le faible usage des préservatifs.
Ainsi, l’étude a révélé que seul un Sierra Léonais sur dix utilise des préservatifs, l’un des plus sûrs moyens de se protéger contre l’infection au VIH/SIDA -- six millions de préservatifs ont été distribués gratuitement en 2005 via les centres de santé.
«Au vu du grand nombre de nouvelles infections, de l’absence de connaissances et du faible usage du préservatif, nous devons intensifier rapidement les efforts de prévention», a expliqué le professeur Kargbo.
Le PNLS souhaite augmenter le nombre de centres de conseil et de dépistage anonyme à travers le pays, qui n’en compte jusqu’à présent que 17 -- cinq dans la capitale et un dans chacun des 12 districts.
Afin de donner toutes leurs chances aux enfants nés de mères séropositives à l’intérieur du pays, les sites d’accueil pour les femmes enceintes infectées au VIH doivent également être multipliés, afin qu’elles puissent avoir accès aux traitements.
«Dans les communautés, la plupart des accouchements est réalisée par des sage-femmes du village. Or nous voulons nous assurer que les femmes sont dépistées et que celles qui sont positives reçoivent des médicaments antirétroviraux (ARV)», a commenté le professeur Kargbo.
Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a accordé en mai un financement de 8,5 millions de dollars sur deux ans à la Sierra Leone, pour lui permettre d’accélérer son programme de prise en charge et de prévention. De son côté, la Banque mondiale finance depuis 2002 un projet de lutte contre le sida à hauteur de 15 millions de dollars.
Moins de 300 personnes reçoivent des ARV dans quatre cliniques de Freetown et dans quelques villes de l’intérieur du pays ; près de 7 000 patients auraient besoin de traitement actuellement.
Mais selon le professeur Kargbo, 4 000 personnes pourront être prises en charge l’année prochaine grâce à l’Etat et à ses partenaires internationaux.
This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions