Pour freiner la propagation du sida, un plus large accès aux traitements doit aller de pair avec une plus grande diffusion des méthodes de prévention, et être garantie par un engagement à long terme des gouvernements et de leurs partenaires, selon un rapport des Nations Unies publié lundi.
Selon le rapport mondial ‘Le point sur l’épidémie de sida, 2005’ du Programme commun des Nations unies sur le sida (Onusida) et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), rendu public lors d’une conférence de presse organisée à Dakar, au Sénégal, ainsi que dans 19 autres capitales du monde, «tout indique que le VIH cède du terrain en présence d’interventions déterminées et concertées».
«C’est le scénario dans lequel des actions efficaces de prévention et de traitement sont élargies en commun que les avantages sont les plus grands», a ajouté le document, citant les exemples du Kenya et de l’Ouganda, où ces actions combinées pourraient être à l’origine d’une tendance à la baisse du taux de prévalence du VIH.
Avec plus de 60 pour cent des 40,3 millions de personnes vivant avec le VIH dans le monde en 2005, l’Afrique reste le continent le plus touché, selon ce rapport. En 2005, 3,2 millions de nouvelles infections et 2,4 millions de décès liés au sida ont été enregistrés sur le continent.
La tendance à la féminisation de l’épidémie se confirme. Les femmes représentent la majorité des personnes vivant avec le VIH, plus des trois quarts d’entre elles vivent en Afrique subsaharienne.
Le rapport de l’Onusida et de l’OMS, qui contient une section spéciale sur la prévention, a souligné qu’en 2005, moins d’une personne sur cinq exposée au risque d’infection à VIH avait accès à des services de prévention de base dans le monde.
Seule une personne sur 10 vivant avec le virus avait fait le test de dépistage et connaissait son statut sérologique.
Parallèlement, même si le nombre de personnes ayant accès aux traitements contre le sida a triplé dans les pays à faibles et moyens revenus depuis 2001, «au mieux une personne sur dix» en attente d’un traitement antirétroviral (ARV) en Afrique en bénéficiait en 2005.
Pourtant, «les modèles mathématiques indiquent que, en Afrique subsaharienne, un ensemble complet de prévention et de traitement permettrait d’éviter 55 pour cent des nouvelles infections auxquelles il faut autrement s’attendre d’ici à 2020», a noté le document.
Il préconise ainsi de développer les nouvelles méthodes de prévention, comme le préservatif féminin, les microbicides, et bien sûr les vaccins.
«Il faut aussi absolument faire passer à l’échelle les programmes de prévention qui ont prouvé leur efficacité, par exemple la PTME [prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant]», a insisté Meskerem Grunitzky-Bekele, représentante de l’Onusida pour l’Afrique de l’Ouest et du centre.
Dans les pays à forte prévalence du VIH, le sida est la cause d’une part croissante de la mortalité des enfants de moins de cinq ans. En Afrique, cette proportion est passée de deux pour cent en 1990 à 6,5 pour cent en 2003.
Or la couverture au niveau des services de prévention de la transmission de la mère à l’enfant (PTME) atteint à peine cinq pour cent dans les 30 pays africains comptant la prévalence du VIH la plus élevée en 2003, et 1,3 pour cent en Afrique de l’Ouest et du centre, selon le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef).
La prévention du VIH est «une intervention classique de ‘bien public’ qui exige des gouvernements qu’ils montrent l’exemple, y compris pour ce qui est de l’attribution des ressources», a dit le rapport.
«Pour rattraper l’épidémie, il est essentiel d’élargir et d’intensifier les efforts, ... ce n’est que grâce à ces efforts majeurs, associés à un engagement accru sur les plans mondial et national que le monde... commencera vraiment à maîtriser le sida».
L’initiative «3 fois 5» des Nations unies, qui prévoyait de mettre trois millions de personnes séropositives sous traitement dans les pays en voie de développement d’ici fin 2005, n’atteindra pas ses objectifs, ont par ailleurs reconnu les représentants du système des Nations unies lors de la conférence de presse.
A moins de deux mois de la date butoir, un million de personnes en bénéficiaient, dont la moitié en Afrique subsaharienne.
Même si les objectifs visés n’ont pas été atteints, a noté le rapport, l’élargissement récent des traitements a permis d’éviter entre 250 000 et 300 000 décès dus au sida en 2005.
Pour davantage d’efficacité, «il faut faire en sorte que toutes les stratégies de prévention du VIH tiennent compte des liens croissants qui existent entre le sida et les facteurs qui exposent les individus à un risque plus élevé d’infection, à savoir la pauvreté, les inégalités entre les sexes et la marginalisation sociale de populations particulières», selon le document.
Les populations «rejetées en marge de la société», telles que les travailleurs du sexe ou les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, sont particulièrement exposés au risque. Pourtant, «en évitant les infections dans ces groupes, il est possible de ralentir le rythme de propagation dans de nombreuses parties du monde», ont estimé l’Onusida et l’OMS.
Le rapport d’Onusida