A l’hôpital militaire d’Adjamé, dans la banlieue de la capitale économique ivoirienne, une femme squelettique ronfle doucement dans son lit. Son ami, un officier de police, patiente à son chevet, l’air abattu.
“Elle a été testée positive il y a deux mois”, explique l’officier de police, un homme robuste qui préfère garder l’anonymat. “D’abord, elle n’avait pas le courage d’y aller, mais elle était tellement malade que je lui ai proposé d’aller faire mon test le premier.”
Il hésite à poursuivre… puis soupire : “Finalement nous sommes tous les deux séropositifs.”
La semaine dernière, l’hôpital militaire d’Adjamé, connu sous l’acronyme HMA, a ouvert ses portes et ses installations au public, afin de lui faire part de ses nouvelles initiatives en matière de lutte contre le VIH/SIDA parmi les soldats, les anciens combattants et leurs partenaires.
La Côte d’Ivoire est coupée en deux depuis plus de trois ans, depuis qu’un groupe d’officiers en exil a tenté de renverser le président Laurent Gbagbo. Depuis, un gouvernement de transition contrôle la partie sud du pays, où se trouve Abidjan, tandis que la rébellion armée des Forces nouvelles tient les régions nord.
Des milliers d’hommes en uniforme, dont environ 7 000 membres des forces de maintien de la paix des Nations Unies, arpentent la zone dite ‘de confiance’ qui sépare les deux belligérants, forces loyalistes et milices progouvernementales d’un côté, rebelles et enfants soldats de l’autre.
Parce que la plupart d’entre eux vivent seuls, séparés de leurs conjoints et partenaires, le personnel de santé craint que les infections sexuellement transmissibles (IST) ne se propagent à un rythme alarmant, alors que la Côte d’Ivoire est déjà l’un des pays d’Afrique de l’ouest les plus affectés par l’épidémie de VIH/SIDA.
De sources officielles, le taux de prévalence du VIH atteindrait sept pour cent de la population. Mais ces données sont anciennes et ne reflètent pas la réalité, selon les agences humanitaires qui font état de taux d’infection beaucoup plus inquiétants, autour de 10 à 20 pour cent dans l’ouest et le nord du pays.
Ces taux se rapprochent de ceux qu’ont découvert les responsables de l’hôpital d’Adjamé. Au centre de dépistage volontaire de l’établissement, 14 pour cent des personnes testées au cours des neuf derniers mois se sont révélées séropositives.
“Nous avons des installations que nous pensons efficaces”, a dit à PlusNews le colonel-major André Guehi, du service de santé de l’armée ivoirienne. “Mais nous sommes une population à risque car nous sommes en permanence en déplacement.”
Des moeurs particulières
Grâce à une subvention de cinq millions de dollars du Plan d'urgence du président George Bush contre le sida, le Pepfar, l’organisation Population Services International (PSI), basée aux Etats-Unis, a commencé à étendre ses programmes de prévention, de soins, de dépistage et de distribution de préservatifs au sein de l’armée ivoirienne.
Selon Didier Adjoua, de PSI, les fonds serviront à mettre en place des campagnes de promotion de l’abstinence – un moyen de prévenir l’infection qui a désormais la préférence de la très conservatrice administration américaine – mais aussi une aide psychologique pour les soldats testés positifs au VIH.
Ces nouvelles initiatives se fondent sur les résultats d’une étude approfondie sur les comportements sexuels des soldats, publiée en octobre l’année dernière. L’étude, conduite par PSI en coopération avec le Centre africain pour la recherche et l’intervention dans le développement (CARID), met en lumière les moeurs des hommes en uniforme.
L’étude a ainsi montré que l’armée a une bonne connaissance de ce que sont les IST, dont le VIH/SIDA. La plupart des hommes sait correctement expliquer comment le VIH se transmet et où se trouve le centre de dépistage le plus proche.
Les rebelles des Forces Nouvelles sont tout puissants dans les régions nord du pays
Mieux, près de 90 pour cent d’entre eux ont affirmé qu’il est important de parler des IST et du VIH/SIDA à des amis proches ou à des parents.
Mais très peu de soldats et d’officiers mettent ces connaissances théoriques en pratique.
“La ligne de front fait 700 kilomètres de long et les soldats sont constamment en rapport avec la population locale”, a dit Konan Ehoussou, du Pepfar. “Ils pensent qu’ils sont invulnérables parce que ce sont des militaires et qu’ils ont une assurance maladie. Donc ils croient pouvoir se permettre d’être moins regardants.”
L’étude a également révélé que les soldats utilisaient rarement les préservatifs, malgré des distributions régulières et gratuites organisées par les autorités et plusieurs organisations non-gouvernementales (ONG).
Les IST comme autant de décorations
“En fait, nous avons entendu dire que des hommes échangent les préservatifs contre des cigarettes”, a dit M. Ehoussou.
Dans les faits, 44 pour cent des militaires et 24 pour cent des gendarmes interrogés dans le cadre de l’étude ont dit avoir eu au moins une IST au cours de leur carrière.
“Un soldat qui n’a jamais eu de blennorragie n’est pas un bon militaire”, aurait dit un homme, cité par l’étude.
Pire, les trois quarts des 1 800 hommes interrogés n’ont jamais été dépistés au VIH/SIDA. La peur et l’ajournement du test ont été les principales raisons qu’ils ont avancées, tandis que d’autres ont affirmé être convaincus d’être en bonne santé.
L’étude a également révélé que de nouvelles formes de prostitution ont vu le jour après le déclenchement de la guerre, en septembre 2002, qui a poussé les jeunes villageoises à vendre leur corps pour un repas ou 500 francs CFA (90 cents américains). Ces filles courent encore plus de risques que les professionnelles du sexe, puisqu’elles demandent rarement à leurs clients d’utiliser des préservatifs.
“Les filles sont folles de nous parce que nous avons des primes de guerre et que nous sommes loin de nos familles, nous faisons des ravages”, a dit un membre des forces armés, cité par les auteurs de l’étude.
Par conséquent, deux militaires et gendarmes sur trois auraient plus de quatre partenaires sexuels par an.
Pour illustrer le comportement risqué des hommes, un officier a confié : “Le boulot d’un militaire est dans la brousse. Et dans la brousse, il n’y a pas de femmes. Donc quand il va au village, il se dit qu’il doit avoir une relation sexuelle.”
Alors qu’une campagne promeut l’abstinence, un autre projet mettra l’accent sur la formation de responsables chargés de discuter avec les soldats le long de la ligne de front.
“Nous avions l’habitude de nous rendre dans les quartiers généraux des armées pour nos campagnes de sensibilisation”, a dit Konan Ehoussou, du Pepfar. “Maintenant, en envoyant ces gens dans la brousse, nous pourrons nous assurer que les messages vont bien passer.”
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