La bonne nouvelle d’abord : les jeunes Libériens savent ce qu’est le virus du sida, comment on peut être infecté et ce qu’il faut faire pour s’en protéger. La mauvaise ensuite : ils ne mettent pas leurs connaissances en pratique.
Une étude demandée par le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) a révélé que sur 10 jeunes interrogés, neuf d’entre eux savaient que le VIH pouvait se transmettre lors des relations sexuelles, et six savaient qu’un préservatif pouvait les protéger de l’infection à VIH.
Mais seul un jeune sur dix avait utilisé un préservatif au cours des premiers rapports sexuels.
«En dépit du niveau élevé de connaissances, les pratiques sexuelles de trop nombreux jeunes Libériens montrent des taux élevés de relations sexuelles non protégées», a dit Angela Kearney, représentante de l’Unicef au Liberia.
«Cette contradiction est profondément dérangeante et requiert que chacun d’entre nous redouble d’efforts pour informer les jeunes de manière plus efficace de la véritable menace que représente le VIH/SIDA», a-t-elle ajouté.
L’enquête a porté sur près de 1 500 jeunes âgés de 10 à 25 ans dans huit des 15 comtés de ce pays d’Afrique de l’Ouest, qui tente de se relever de 14 années de guerre civile.
Le conflit a laissé derrière lui des infrastructures sanitaires en grande partie détruites, des hôpitaux partiellement ravagés par les tirs de mortier et vidés de tout équipement, De nombreux professionnels de la santé ont dû fuir le pays pour des raisons de sécurité.
Dans un pays où le taux de prévalence du VIH est estimé à 8,2 pour cent, selon les statistiques officielles, la lutte contre l’épidémie est reconnue par les autorités et les partenaires internationaux comme une nécessité.
Mais le Liberia est dans un tel état de délabrement que les agences humanitaires et le gouvernement doivent se concentrer sur la reconstruction et la réhabilitation des services de base avant de pouvoir penser à mettre en place des centres de dépistage du VIH et un accès aux traitements antirétroviraux (ARV), ces médicaments qui prolongent et améliorent la vie des personnes vivant avec le virus, a constaté l’étude.
Dans la mesure où plus de la moitié de la population libérienne est âgée de moins de 18 ans, selon les Nations unies, l’étude de l’Unicef s’est intéressée au volet prévention au sein de cette population pour tenter d’évaluer ses comportements et ses connaissances sur le VIH/SIDA.
«Les jeunes devraient être une priorité parce qu’ils sont au centre de l’épidémie en terme de transmission du virus, de vulnérabilité, d’impact et de potentiel de changement de comportement», a estimé l’étude, qui a été menée au cours des cinq premiers mois de 2005.
L’une des principales conclusions de cette enquête, publiée cette semaine, est que les efforts en terme de prévention devraient se concentrer sur la promotion de l’utilisation du préservatif chez les jeunes.
«Il y a un besoin urgent d’utiliser des tactiques innovantes pour promouvoir le préservatif à la fois féminin et masculin parmi la population jeune», a dit l’étude, conduite sur les cinq premiers mois de 2005.
«Pour être largement utilisé, une marque de préservatif doit remplir la condition des trois ‘P’ [en anglais], c’est à dire le prix, le lieu [où on le trouve] et la promotion», a-t-elle analysé.
Des point faibles inquiétants
Tout en saluant le bon niveau général de connaissances et de compréhension du VIH/SIDA au niveau national, des experts de la santé ont néanmoins relevé un certain nombre de points faibles dans ce domaine.
Dans le comté de Lofa, au nord-ouest du pays, 36 pour cent des personnes interrogées dans le cadre de l’enquête ont dit qu’elles n’avaient jamais entendu parler du sida, alors que toutes les personnes interrogées dans le comté de Montserrado, qui inclut la capitale Monrovia, sur la côte atlantique, ont déclaré être informées de l’existence de l’épidémie.
Voinjama est la principale ville du comté de Lofa, une région qui a beaucoup souffert de la guerre et des mouvements de population
«Cela pourrait être dû au fait que pendant la guerre civile, cette zone [du comté de Lofa] était peu accessible aux organisations travaillant dans le domaine de la prévention du VIH/SIDA», a analysé l’étude.
Lofa, une région essentiellement forestière proches des frontières avec la Guinée et la Sierra Leone, a été quasiment vidée de sa population civile pendant les dernières années de la guerre, lorsqu’elle servait de quartier général et de base arrière au Lurd, le principal groupe rebelle du Liberia.
«Une attention prioritaire doit être donnée aux habitants de cette zone au moment de la planification des programmes d’intervention pour les jeunes dans ce pays», a recommandé l’étude.
Plus de 80 pour cent des personnes interrogées à travers le pays ont affirmé qu’elles se feraient volontiers dépister au VIH.
Mais cela est plus facile à dire qu’à faire.
Sur les 30 centres de dépistage volontaire opérationnels depuis la fin de la guerre civile en 2003, tous, à l’exception d’un, se trouvent dans la capitale Monrovia, d’après le Programme national de lutte contre le sida, l’organisme gouvernemental.
«L’utilisation des services de dépistage volontaire et de conseils a besoin d’être promue dans la mesure où de nombreux jeunes sont plutôt bien disposés à son égard», a suggéré l’étude.
Mais la promotion du dépistage du VIH n’a de sens que si elle est accompagnée d’un meilleur accès aux traitements, a-t-elle ajouté.
«Le gouvernement avec l’aide de ses partenaires, doit améliorer l’accès aux traitements ARV, qui doivent être offerts à des prix abordables», a plaidé l’étude.
«Parce que les ARV ne sont pas disponibles actuellement dans le pays, la promotion du dépistage doit être faite avec une certaine prudence».
Un autre problème mis en lumière par l’étude est la discrimination dont souffrent les personnes vivant avec le virus. Des jeunes ont déclaré que les personnes infectées par le virus devaient être «isolées, tuées ou traitées dans des camps du sida».
Une discrimination renforcée par l’existence d’un certain nombre d’idées fausses. Par exemple, près d’un tiers des jeunes interrogés pensaient que le virus pouvait se transmettre en utilisant les mêmes sanitaires qu’une personne infectée, en lui serrant la main ou en la touchant.
L’étude a suggéré qu’un effort accru soit fait en terme d’information des jeunes à travers la formation, non seulement des travailleurs de la santé, mais aussi des chefs traditionnels, des chefs religieux et de l’entourage familial.
Enfin, elle a aussi insisté pour que les personnes vivant avec le VIH soient impliquées dans les campagnes de sensibilisation pour appuyer et convaincre les populations que le VIH est une infection pour laquelle il existe des traitements.
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