Maintenant que la paix est revenue au Liberia, les personnes vivant avec le VIH/SIDA sont les témoins d’une autre bataille, celle que le pays livre contre la pandémie.
Les acteurs de la lutte affirment qu’il est prioritaire de faire tomber les barrières de la discrimination qui sont encore très présentes dans un pays qui sort péniblement de 14 années de guerre civile, une période peu propice aux actions de sensibilisation et de prévention.
"Franchement, nous les victimes du VIH/SIDA, nous subissons trop de discrimination et de stigmatisation", a dit Saa Howard, à la tête d’un collectif de plus de 100 personnes vivant avec le virus appelé Association lumière.
"La plupart des gens, y compris nos parents et nos amis, nous acceptent difficilement parmi eux", a dit Howard à PlusNews. "Le peuple libérien doit nous accepter comme il accepte ceux qui souffrent d’autres maladies".
Dans un pays qui cherche encore à panser ses blessures et remettre en état des structures sanitaires ravagées par la guerre, les autorités s’inquiètent d’une propagation de la pandémie au moment où presqu’un million de personnes déplacées prennent le chemin du retour.
Les Libériens réfugiés dans les pays voisins (ici de la Sierra Leone) ont commencé à rentrer chez eux le 1er octobre 2004
Les 350 000 Libériens qui s’étaient réfugiés dans les pays voisins "reviennent des pays hôtes dont les taux de prévalence oscillent entre trois et cinq pour cent, voire atteint presque 10 pour cent en Côte d’Ivoire", selon le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR).
Les migrations de masse pourraient multiplier les risques de propagation du VIH dans un pays qui cherche à réhabiliter ses services de santé de base, a ajouté le HCR sur son site internet.
Selon le coordinateur du programme national de contrôle du sida (NACP), James Duworko, un sondage mené en 2002 a révélé que 8,2 pour cent de la population libérienne, soit plus de trois millions d’habitants, sont infectés.
L’Onusida a revu les données à la baisse à la fin de l’année 2003, estimant que 5,9 pour cent de la population était infectés, soit 220 000 personnes.
Sensibiliser sur la propagation du sida
Depuis 2002, date à laquelle Kpannah Jallah est devenu le premier Libérien à révéler publiquement sa séropositivité, personne d’autre n’a suivi. Cependant, les personnes vivant avec le VIH/SIDA adhèrent à l’Association Lumière, fondée par Jallah pour défendre leur cause.
Une femme membre de l’association, qui a requis l’anonymat, a dit qu’une de ses amies, qui a publiquement annoncé sa séropositivité, a été expulsée de chez elle, à Ganta dans le comté de Nimba, un important centre commercial situé à 247 kilomètres au nord de la capitale Monrovia, près de la frontière guinéenne.
"Sa famille l’a mise dehors parce que nous avons rendu public son statut. J’ai moi-même tout tenté pour convaincre sa famille de l’accepter mais ils ont fait la sourde oreille", a t-elle dit.
"C’est dur pour nous, les femmes, d’annoncer publiquement que nous portons le virus… parce que la plupart des Libériens ne savent rien de la maladie. Plus de sensibilisation sur le sida est nécessaire", a-t-elle dit.
C’est pour cela que l’Association Lumière a lancé en janvier, et malgré la stigmatisation, des messages de lutte contre la pandémie, une campagne décrite comme étant "de source sûre".
"Acceptez les malades du sida comme vous acceptez les malades du paludisme", dit un slogan. "Le sida est une réalité, nous le vivons", affirme un autre.
Howard a dit que l’organisation a expliqué ces slogans "aux populations rurales du Liberia pour les convaincre de l’existence de la maladie, beaucoup ignorant encore tout du virus et de ses modes de transmission".
La campagne a ciblé le comté de Nimba, dans le nord du pays, le long de la frontière avec la Guinée et la Côte d’Ivoire où des milliers de Libériens ont trouvé refuge au cours de la guerre civile. Le comté de Bong, au centre du Liberia, et la zone côtière de Grand Bassa ont également reçu la visite de l’association.
"Dans ces régions, nombreux sont ceux qui apprécient nos messages et nous avons reçu plusieurs appels nous demandant de recommencer une telle campagne", a dit Howard. "Beaucoup de gens ont affirmé n’avoir jamais rencontré des gens vivant avec le virus auparavant… Ils étaient ébahis".
Formation et prise en charge
Avec un produit national brut de 135 dollars américains par habitant, le Liberia est l’un des pays les plus pauvres du monde, selon le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Un taux élevé de chômage chez les personnes vivant avec le virus ont décidé l’association à proposer des formations à ses membres.
Association Lumière a récemment initié un stage intensif de couture de trois mois, destiné aux femmes séropositives qui cherchent du travail.
"C’est un programme qui vise à accroître les compétences des membres de l’association, surtout des femmes, pour leur permettre de faire de la couture pour gagner leur vie", a dit Howard.
La guerre a fragilisé de nombreuses femmes et jeunes filles, qui se retrouvent seules et vulnérables
Avec l’aide du Programme des volontaires des Nations Unies au Liberia, l’association a pu acheter des machines à coudre qui servent à la formation des membres, a-t-il ajouté.
"Les gens peuvent avoir honte de venir nous voir. Mais si on apprend un métier et qu’on commence à le pratiquer, alors on peut se prendre en charge plutôt que de tendre la main", a dit l’une des stagiaires.
En même temps, le gouvernement de transition s’est engagé, en 2001, à rendre disponible l’accès gratuit aux antirétroviraux (ARV), via le NACP. Selon Duworko, du NACP, 369 personnes reçoivent actuellement des ARV au Liberia.
Nous remercions le gouvernement de nous donner ces médicaments", a dit Howard. "A l’heure actuelle, plusieurs membres, qui ont atteint le stade où la prise d’ARV est indispensable, ont été mis sous traitement et nous n’avons pas encore rencontré de problèmes d’approvisionnement."
Il a néanmoins signalé des ruptures de stock de médicaments pour les maladies opportunistes, des infections, telles que la tuberculose, qui se développent sur les organismes affaiblis par le virus et la destruction des défenses immunitaires qu’il occasionne.
"La plupart des hôpitaux de Monrovia n’ont pas ces médicaments et c’est inquiétant pour ceux qui vivent avec le virus", a t-il expliqué. "Les autorités nous ont assuré qu’ils seront disponibles, mais nous ignorons quand ça sera le cas."
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