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Les fosses communes de Bor, au Soudan du Sud

A volunteer in the South Sudanese town of Bor arranges corpses, victims of repeated clashes between government forces and rebels Hannah McNeish/IRIN
Un bénévole de la ville de Bor, au Soudan du Sud, aligne les corps des victimes des affrontements répétés entre les forces du gouvernement et les rebelles
À Bor, capitale presque déserte de l’État du Jonglei, au Soudan du Sud, une poignée de bénévoles sortent les cadavres des maisons, les mettent dans les sacs mortuaires fournis par le Comité international de la Croix-Rouge et les déposent dans des fosses communes. Depuis l’émergence d’une rébellion armée à la mi-décembre, les troupes du gouvernement ont perdu et repris le contrôle de la ville à plusieurs reprises. Le 23 février, l’armée a indiqué qu’elle avait repoussé de nouvelles attaques sur Bor.

« Disons qu’environ 60 pour cent de Bor a été nettoyé », a indiqué Aquilla Lam, gouverneur par intérim du Jonglei, après avoir assisté à l’enterrement de 134 personnes le matin même.

La semaine précédant la venue des journalistes d’IRIN, John Prendergast, directeur du projet Enough, une organisation qui lutte contre le génocide, a dit qu’il était allé voir trois autres fosses communes, où « des centaines de personnes ont été enterrées… »

« Chaque jour, des dizaines de corps sont découverts dans des maisons abandonnées. Les sacs mortuaires préparés par les travailleurs médicaux apparaissent le long des routes avec une régularité implacable ».

Des sacs mortuaires blancs sont toujours entassés le long des routes principales.

« La majeure partie de la ville a été abandonnée, il est donc impossible de savoir combien de cadavres on va encore trouver », a ajouté M. Prendergast.

Plusieurs centaines de cadavres n’ont pas encore été enterrés, mais des membres de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) nettoient un terrain qui a déjà servi de cimetière pour des dizaines de personnes mortes de maladie.

Du marché de Bor, il ne reste que des morceaux de tôle froissée et des piles de détritus ; les chemins de terre défoncés sont bordés de huttes brûlées – certaines abriteraient les corps de leurs propriétaires.

Les estimations du nombre de personnes tuées au Soudan du Sud depuis la mi-décembre varient fortement : en janvier, l’International Crisis Group a parlé de 10 000 morts ; des diplomates ont avancé des chiffres dix fois supérieurs.

Des travailleurs humanitaires et des religieux en fuite ont évoqué des destructions dans les villes telles que Bentiu et Malakal, situées dans les États d’Unité et du Haut-Nil, des états producteurs de pétrole du Soudan du Sud, où les rebelles se sont regroupés et poursuivent leurs attaques.

De la difficulté d’accéder aux cadavres

Des milliers de personnes auraient été tuées à Bor et dans ses environs, mais il est presque impossible d’accéder aux cadavres dans cinq des 11 comtés du Jonglei, où les rebelles sont encore à l’œuvre.

« Nous avons des personnes qui vont de maison en maison pour voir [s’il y a des corps], mais nous n’avons pas de véhicules », a dit M. Lam, le gouverneur par intérim.

« La majeure partie de la ville a été abandonnée, il est donc impossible de savoir combien de cadavres on va encore trouver »
Il hésite à donner un chiffre, mais il pense qu’« il y a eu plus de mille » morts uniquement dans le centre de Bor. Il a dit que certains des soldats de l’Armée blanche Nuer qui ont attaqué Bor n’avaient pas plus de 10 ou 12 ans et étaient « armés de simples lances ». Bon nombre d’entre eux ont été abattus par les troupes gouvernementales et ougandaises qui protégeaient la ville.

Environ 74 000 personnes – pour la plupart originaires de Bor et des comtés environnants – ont fui vers Minkamen, dans l’État des Lacs voisin. Certaines ont échappé aux tireurs en payant des bateliers qui les ont mis en sécurité. D’autres ont simplement plongé dans le Nil infesté de crocodiles.

Une fosse commune a été creusée par les Nations Unies à l’église épiscopale Saint Andrew de Bor. Vingt-deux personnes y ont été enterrées, dont 14 femmes abattues ou traînées, violées et égorgées.

La question de la nourriture est également particulièrement préoccupante.

Ayuen Guen est commerçant. Son magasin n’est plus qu’une carcasse recouverte d’une fine couche de farine blanche – seul rappel des 6 000 sacs de farine qui lui ont été volés. Il craint que les personnes qui reviennent n’aient rien à manger.

« Il n’y a pas de nourriture, il n’y a rien ». M. Guen souhaiterait importer davantage de nourriture d’Ouganda, mais il ne peut pas échanger ses livres sud-soudanaises contre des dollars pour faire des achats, car les banques ont été détruites et le gouvernement est en état de guerre.

Il sait juste que son oncle a trouvé la mort dans les combats et il est inquiet, car il n’arrive pas joindre ses frères et nombre de ses amis.

« Beaucoup de gens – je les appelle et le numéro ne fonctionne pas […] Il n’y avait que des corps lorsque je suis arrivé ici […] Dans toute la ville, les enfants des rues qui étaient dans le marché – toutes ces personnes, des personnes innocentes – ils les ont tuées. Même les fous ».

hm/cb-mg/ld


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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