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Les camps, faible protection contre les viols

Many camps are out in the open, providing little protection against attacks from outsiders, Narok North District, Rift Valley Province, Kenya. 22 January 2008-01-28. Keishamaza Rukikaire/IRIN

Depuis que des flambées de violence ont éclaté, à la suite du scrutin national controversé de décembre 2007, au moins 250 000 Kényans ont trouvé refuge dans des camps pour personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP) ; pourtant, de nombreuses femmes se disent tout aussi exposées aux agressions sexuelles dans ces camps qu’ailleurs.

« La nuit dernière, lorsque des violences ont éclaté en ville, nous n’avions que six agents de police pour protéger les plus de 5 000 PDIP qui vivent ici », a expliqué Jesse Njoroge, coordinateur du plus grand camp de PDIP de Nakuru, une ville située à quelque 120 kilomètres au nord-ouest de Nairobi, la capitale, où plus de 60 personnes ont été tuées, ces derniers jours, au cours des violences.

Les PDIP sont logés dans d’énormes tentes montées dans le champ de foire de Nakuru, où sont organisés divers événements, et notamment des foires. « Nous avons reçu des menaces des jeunes de la région, qui viennent armés d’arcs et de flèches ; alors nous avons rassemblé 400 jeunes du camp, que nous avons postés tout autour de la clôture du champ de foire, pour protéger les résidents ».

Les renforts envoyés par la police au cours du week-end n’ont pas pu empêcher des centaines de jeunes d’envahir le camp samedi matin ; le groupe a été repoussé par les sentinelles locales, mais cette attaque n’a fait que souligner la nécessité d’assurer une meilleure protection aux PDIP. En effet, tandis que les hommes jeunes se précipitaient pour combattre les envahisseurs, les enfants, les femmes et les filles restaient sur place, sans protection.

Des attaques semblables ont été signalées à North Narok, dans la vallée du Rift (sud) ; au moins un PDIP a été tué par un tir de flèche au cours d’une de ces attaques, menée par des guerriers locaux contre un camp situé dans le complexe du commissaire du district, juste à côté du commissariat de police.

Selon M. Njoroge, au moins quatre femmes ont déclaré avoir été violées dans le camp de Nakuru, depuis que celui-ci a été monté, le 30 décembre. « L’une de ces jeunes femmes travaillait dans mon bureau d’information et se montrait extrêmement récalcitrante et peu expansive. Cela commençait vraiment à m’agacer ; jusqu’à ce qu’une de ses amies me révèle qu’elle avait en fait été violée quelques jours auparavant. De toute évidence, elle était profondément traumatisée ».

Ces femmes se souvenaient de leur agresseur et pouvaient même l’identifier ; pourtant, aucune d’entre elles n’était allée voir un médecin ou demander réparation devant la justice pour les crimes dont elles avaient été victimes.

« Toutes ont laissé passer la période de 72 heures au cours de laquelle elles auraient pu suivre un traitement préventif contre le VIH et les maladies sexuellement transmissibles, et demander que l’on recueille les preuves médicales [des viols] pour engager des poursuites judiciaires à l’encontre des violeurs », a indiqué M. Njoroge.
Selon les bénévoles qui travaillent au camp, le nombre de femmes victimes d’agressions sexuelles est sans doute plus élevé que ne l’indiquent les registres car il n’est guère de coutume de déclarer les cas de viol, même en temps de paix.

« Généralement, les femmes ne viennent pas déclarer un viol car elles-mêmes sont souvent victimisées et traitées comme des criminelles », a déploré Kefa Magenyi, coordinateur PDIP pour le Conseil national des églises du Kenya, sis à Nakuru. « Si elles le font, elles risquent d’être reniées par leur famille et leur mari, et de finir dans la misère ».

Les employés de l’hôpital général provincial de Nakuru ont expliqué qu’ils n’avaient pas traité un seul cas d’agression sexuelle ou de viol depuis le début des violences.

Bien que les jeunes mères et leurs nourrissons soient logés séparément au champ de foire de Nakuru, les dispositions souples, prises en vue de séparer les PDIP hommes et femmes ne sont pas strictement appliquées. Des dispositions semblables ont été prises pour les toilettes, mais en se rendant sur place, le correspondant d’IRIN a découvert que femmes et hommes partageaient également ces installations.

« C’est que c’est la première fois que les camps kényans accueillent un si grand nombre de PDIP ; alors, il faudra sans doute du temps pour mettre toutes ces mesures en application »
« De gros efforts de sensibilisation sont nécessaires pour que les gens qui montent les camps comprennent que des zones de sûreté doivent être aménagées pour que les femmes et les filles puissent y dormir, et des mécanismes de déclaration des agressions sexuelles doivent être mis en place et portés à la connaissance [des intéressés] », a estimé Florence Gachanja, responsable des programmes nationaux du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) au Kenya.

Apprentissage sur le tas

« L’ennui, c’est que c’est la première fois que les camps kényans accueillent un si grand nombre de PDIP ; alors, il faudra sans doute du temps pour mettre toutes ces mesures en application », a commenté Mme Gachanja. « De plus, les populations des camps sont très suspicieuses et méfiantes, alors il sera sans doute difficile de les inciter à déclarer [les cas d’agression sexuelle] ». Pour Mme Gachanja, les camps doivent être bien éclairés et les femmes doivent être protégées lorsqu’elles vont chercher du bois ou de l’eau.

Selon M. Njoroge, au moins un des quatre viols déclarés au champ de foire de Nakuru a été perpétré par un travailleur humanitaire, membre d’une ONG.
« Dans la situation d’urgence à laquelle nous sommes confrontés, il s’avère difficile d’enquêter sur tout le personnel, et nous avons également beaucoup de bénévoles ».

Autre évolution inquiétante : la tendance des femmes PDIP à se livrer au commerce du sexe. « Nous avons remarqué que certaines filles avaient des rapports sexuels en échange d’une somme d’argent et d’unga [farine de maïs] ou d’autres produits », a rapporté M. Njoroge. « Nous essayons de filtrer les gens qui entrent dans le camp ; bon nombre d’entre eux sont vraiment là pour nous soutenir en apportant des dons, mais d’autres ont des motivations bien différentes ».

Le ministère de la Santé distribue des préservatifs gratuits au camp et a également ouvert un centre de santé où les résidents peuvent recevoir des traitements prophylactiques post-exposition ; M. Njoroge a néanmoins noté que l’enlèvement des préservatifs laissait à désirer, les résidents les laissant par terre aux quatre coins du camp, au lieu de les jeter dans les latrines ou dans les poubelles.

Plusieurs conseillers psychosociaux de la Société de la Croix-Rouge kényane (SCRK) se tiennent prêts à apporter leur soutien aux victimes d’agressions sexuelles, et l’organisation a commencé à donner des cours de « compétences pour la vie » aux PDIP, afin de décourager le commerce du sexe et de promouvoir les rapports sexuels protégés entre partenaires unis au sein d’une relation saine.

Les Nations Unies, la SCRK ainsi que d’autres organisations contribuant à assurer la protection des PDIP encouragent l’application des directives du Comité permanent inter-organisations, qui définissent les bonnes pratiques en matière de prévention et de gestion de la violence sexiste. Le Comité permanent inter-organisations est un mécanisme qui permet de coordonner l’aide humanitaire apportée par les principales agences des Nations Unies et organisations humanitaires.

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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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