Se préparer au pire

Le gouvernement philippin se prépare à l’éventualité d’un tremblement de terre important dans la région métropolitaine de Manille, mais, selon les experts, les efforts des autorités locales doivent être intensifiés.



Plus de 11,5 millions de personnes vivent dans la région métropolitaine de Manille (Metro Manila). Elle regroupe 16 villes et une municipalité.



D’après les estimations, la population de la Région de la capitale nationale – qui comprend les provinces de Laguna, de Cavite et de Rizal, de plus en plus urbanisées – atteindra environ 25 millions d’ici 2015.



« Après le tremblement de terre au Chili, nous avons appelé les maires de Metro Manila pour évaluer leur degré de préparation », a dit à IRIN à Manille Glenn Rabonza, directeur général du Conseil national de coordination des catastrophes (NDCC).



Le séisme de magnitude 7 qui a frappé Haïti le 12 janvier dernier a fait plus de 220 000 victimes et des milliers de blessés. Le 27 février, un tremblement de terre de magnitude 8,8 – le septième plus puissant de l’histoire – a tué des centaines de personnes au Chili.



« Nous ne sommes pas prêts », a dit Ishmael Narag, responsable de l’Institut de volcanologie et de sismologie philippin (PHIVOLCS).



Après le passage du typhon Ketsana, qui a inondé 80 pour cent des quartiers de Manille situés sur l’île de Luzon le 26 septembre 2009, « nous avons vu à quelle vitesse les gouvernements locaux ont réagi à la catastrophe », a ajouté M. Narag.



Bien qu’un vaste plan comprenant plus de 100 recommandations ait été élaboré en 2004 pour se préparer aux séismes, les autorités locales n’y ont pas encore accordé la priorité qu’il mérite, a-t-il insisté.



Dangereuses lignes de faille



Entre 2002 et 2004, des experts de l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA) ont entrepris, avec l’aide de l’Autorité de développement de Metro Manila (MMDA) et du PHIVOLCS, une étude pour identifier des mesures de réduction d’impact.



La région métropolitaine de Manille est située au-dessus ou à proximité d’au moins quatre failles : le système de failles de la vallée [Marikina] (Valley Fault System, VFS), la faille Philippine, la faille de Lubang et la faille de Casiguran. Le VFS, anciennement connu sous le nom de faille de Marikina, est considéré comme l’une des failles les plus actives du pays.














Photo: Carmela Fonbuena/IRIN
A Makati, dans la région métropolitaine de Manille, des clients font la file pour un taxi à l’extérieur d’un centre commercial

D’après l’étude, une rupture le long de cette faille pourrait, si les mesures adéquates ne sont pas adoptées, provoquer un séisme de magnitude 7,2 et, partant, faire près de 33 000 victimes et plus de 100 000 blessés.



Bien que le NDCC exhorte depuis longtemps les gouvernements locaux à renforcer les codes du bâtiment, préparer les habitants et former des gens pour qu’ils sachent réagir en cas de tremblement de terre, M. Rabonza a admis que les progrès étaient encore insuffisants.



« Cela dépend de leur [les gouvernements locaux] degré d’enthousiasme ou d’engagement... Ils ont fait beaucoup d’efforts depuis la publication de l’étude, mais ce n’est pas terminé », a-t-il indiqué.



Un nouveau code du bâtiment a été adopté afin de préparer Metro Manila [à l’éventualité d’un séisme], mais M. Narag a estimé que son application était problématique.



« Nous avons des problèmes avec les maisons résidentielles. La construction de la plupart d’entre elles n’a pas été supervisée par des ingénieurs. Nous ne sommes pas certains qu’elles respectent les normes minimales du code », a-t-il expliqué.



Située dans le nord-est de la région métropolitaine de Manille, la ville de Marikina, avec ses 500 000 habitants, est la plus exposée. Si une rupture survenait le long du VFS, elle en subirait de plein fouet les conséquences, selon Peter Galvez, du département de défense nationale.



« Le VFS traverse la ville. L’ensemble de la plaine inondable de Marikina est meuble. Elle est meuble et très près de la faille », a fait remarquer M. Narag.



Autrefois un marécage, la région a connu une urbanisation rapide au cours des dernières décennies.



Rappelant l’historique de l’activité récente de la faille, le directeur du PHIVOLCS, Renato Solidum Jr., a dit qu’il était fort probable que le VFS redevienne actif d’ici peu.



Des ruptures le long du VFS surviennent généralement tous les 500 ans, a-t-il averti.



Le dernier séisme d’importance à avoir frappé les Philippines remonte à juillet 1990 sur l’île de Luzon. D’une magnitude de 7,8, il avait fait 1 621 victimes, principalement dans le centre-Luzon et la région de la Cordillère.



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