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Espoir d’un vaccin VIH salué, mais la priorité reste au traitement – activistes

Vaccine
(Ciao-Chow/Flickr)

Un essai clinique réalisé en Thaïlande pendant six ans a permis de réunir les premières preuves qu’un vaccin contre le VIH pouvait offrir une certaine protection contre le virus. Une annonce saluée par des activistes de la lutte contre la pandémie, qui ont néanmoins rappelé que la priorité devrait pour l'instant rester l’accès au traitement. 



L’essai a été réalisé à Bangkok, la capitale thaïlandaise, par une équipe de chercheurs. Ils ont annoncé, le 24 septembre, que le taux d’infection au VIH était 31 pour cent plus faible chez les patients qui avaient reçu le vaccin que chez ceux à qui on avait administré un placebo.



« Ces nouvelles découvertes représentent un pas important dans la recherche sur le vaccin contre le VIH », a dit Anthony Fauci, directeur de l’Institut national américain de l’allergie et des maladies infectieuses (US National Institute of Allergy and Infectious Diseases, NIAID), le principal bailleur de fonds de l’essai.



Tout en saluant l’espoir qu’apporte cette annonce, des activistes de la lutte contre la pandémie ont cependant insisté sur le fait que les traitements restaient une priorité à l’heure actuelle, s’inquiétant que cette annonce d’un vaccin d’une « efficacité seulement partielle » ne favorise un retour à des pratiques à risque, notamment au détriment des femmes.



« Les percées vaccinales, bien que très excitantes, ne doivent pas détourner l’attention des vies perdues chaque jour à cause des infections existantes », a plaidé l’organisation internationale ActionAid, dans un communiqué.










« Les résultats que nous avons obtenus aujourd’hui ne sonnent pas encore la fin de l’épidémie, mais c’est un grand pas dans la recherche d’un vaccin sida »

Besoin d’analyses complémentaires




L’essai – RV144 - a débuté en octobre 2003 avec le recrutement de 16 000 hommes et femmes séronégatifs âgés de 18 à 30 ans. Un placebo a été administré à la moitié des volontaires, tandis que l’autre moitié a reçu des doses contenant deux vaccins différents.



Le premier, ALVAC-HIV, est fabriqué à partir d’une forme altérée de la variole du canari, un virus qui affecte les oiseaux, et contient des versions synthétiques de trois gènes du VIH. Le second, AIDSVAX, est quant à lui fabriqué à partir d’une version génétiquement modifiée d’une protéine du VIH.



Les composants synthétiques du VIH présents dans les vaccins ont été conçus pour imiter ceux des sous-types B et E du virus, les plus courants en Thaïlande, en Europe et aux États-Unis. Les scientifiques ignorent encore si le vaccin sera efficace contre d’autres souches comme celle du sous-type C, la plus commune en Afrique subsaharienne.



L’essai visait à évaluer si les vaccins combinés permettent de diminuer le risque d’infection au VIH et s’ils influent sur la charge virale [la quantité de VIH dans le sang] chez les volontaires qui ont été infectés.



Sur les 8 197 personnes qui ont reçu les vaccins, 51 ont contracté le virus, contre 74 des 8 198 volontaires à qui on a administré un placebo. Le résultat est considéré comme « statistiquement significatif », c’est-à-dire qu’on considère qu’il y a peu de chances que l’écart soit simplement dû à une coïncidence. Le vaccin n’a cependant eu aucun effet sur la charge virale.



« Les résultats que nous avons obtenus aujourd’hui ne sonnent pas encore la fin de l’épidémie, mais c’est un grand pas dans la recherche d’un vaccin sida. C’est un moment historique », a dit Mitchell Warren, directeur exécutif de la Coalition pour le plaidoyer en faveur du vaccin sida (AVAC), à IRIN/PlusNews par téléphone depuis New York. Il a insisté toutefois sur le fait que des études et des analyses complémentaires étaient nécessaires pour confirmer et mieux comprendre les résultats.



Vu l’efficacité limitée du vaccin, il est peu probable qu’il soit autorisé ou produit en grandes quantités en Thaïlande, où le taux d’infection au VIH est relativement faible.



Toutefois, selon le professeur Gavin Churchyard, PDG de l’Aurum Institute, une organisation de recherche médicale à but non lucratif basée en Afrique du Sud, même un vaccin contre le VIH qui réduit les risques de 30 pour cent aurait un impact important dans le sud de l’Afrique, où les taux d’infection au VIH sont beaucoup plus élevés, « mais reste à voir si on peut l’utiliser contre les sous-types qui affectent ces populations ».



D’après le professeur Churchyard, les résultats ont surpris plus d’un expert du domaine. « Nous ne nous attendions pas vraiment à un résultat positif », a-t-il commenté. Lors d’essais précédents, AIDSVAX, l’un des deux vaccins administrés aux volontaires, n’avait pas prouvé son efficacité et la décision de le tester à grande échelle en Thaïlande avait suscité la controverse.



M. Warren a fait remarquer que la science avait considérablement évolué depuis le début de l’essai, en 2003. « Il y a maintenant de nouvelles idées et de nouvelles approches que personne n’avait pu imaginer il y a six ans. Lancer une étude, c’est comme acheter un nouvel ordinateur – il est déjà obsolète avant même que vous le sortiez de sa boîte ».



Il a ajouté que même si on découvrait que l’approche utilisée pour l’étude n’était pas la plus efficace, les résultats influenceraient tout de même les stratégies futures.













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Enfin de bonnes nouvelles




On s’attend à ce que les résultats positifs de l’essai réalisé en Thaïlande donnent une impulsion cruciale à la recherche dans ce domaine. Les spécialistes du domaine ont en effet désespérément besoin de bonnes nouvelles après la série d’échecs des dernières années.



En 2007, l’essai d’un vaccin développé par la compagnie pharmaceutique Merck et réalisé sur quatre continents avait été interrompu après que des résultats préliminaires avaient suggéré qu’il n’offrait aucune protection contre le VIH et pouvait même augmenter le risque de contamination.



D’après le docteur Glenda Gray, de l’unité de recherche sur le VIH périnatal (PHRU) de l’université de Witwatersrand, à Johannesburg, et chercheure principale pour la branche sud-africaine de l’essai de Merck, les résultats obtenus en Thaïlande constituent « un énorme pas en avant – ils ouvrent de nouvelles possibilités et nous indiquent qu’un vaccin est envisageable. »



Les résultats sont également significatifs pour l’avenir des deux vaccins contre le VIH qui ont commencé à être testés à petite échelle en Afrique du Sud en juillet. L’un des vaccins est fabriqué à partir de composants appartenant à la famille des virus de la variole, semblables à ceux utilisés dans les vaccins de l’essai réalisé en Thaïlande. « Ce qui signifie qu’avec un peu de chance, on s’intéressera plus à notre vaccin », a ajouté Mme Gray, qui a dirigé les essais menés par l’Initiative sud-africaine de vaccination sida (SAAVI) et le NIAID.



« Nous planifions de réaliser des essais à plus grande échelle l’an prochain. Grâce à ces résultats, il sera beaucoup plus facile de convaincre les bailleurs de fonds de passer à l’étape suivante », a indiqué Mme Gray.



Des informations supplémentaires concernant l’essai réalisé en Thaïlande seront présentées dans le cadre d’une rencontre sur la vaccination contre le VIH, qui aura lieu à Paris en octobre.



ks/he/ail/gd


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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