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Les jeunes filles, premières victimes du VIH/SIDA et des violences sexuelles

Les violences sexuelles atteignent des proportions alarmantes au Congo où, selon une nouvelle étude, les femmes et les jeunes filles sont deux fois plus infectées au VIH/SIDA que le reste de la population.

Cette enquête sérologique a été menée entre janvier et octobre auprès de femmes et de jeunes filles qui s’étaient rendues dans les centres de santé, de prise en charge des victimes de violence sexuelle ou de dépistage du VIH/SIDA de la capitale congolaise.

Les résultats, publiés début décembre, révèlent un taux de séroprévalence très élevé au sein de la population féminine âgée de 12 à 34 ans, selon Pierre Chetel Kouanga, chercheur et membre de l’Union pour l’étude et la recherche sur la population et le développement (UERPOD), une ONG locale.

L’UERPOD a conduit cette enquête en partenariat avec l’unité de lutte contre le sida du ministère de la Promotion de la femme, grâce à un financement de la Banque mondiale.

Ainsi, plus d’un tiers des 135 adolescentes de moins de 18 ans qui ont accepté de se faire dépister par les enquêteurs (sur 695 jeunes filles), s’est révélé positif au VIH/SIDA.

Des niveaux d’infection similaires ont également été constatés chez les jeunes filles âgées de 18 à 34 ans en consultation prénatale dans un centre de santé intégré : 29 pour cent des 287 volontaires au test VIH étaient séropositives.

Ces taux sont largement supérieurs à ceux constatés au sein de l’ensemble de la population féminine dépistée au cours de l’enquête, qui s’établissent entre 18 pour cent (dans les centres de traitement intégré) et 22 pour cent, dans les centres de dépistage et de traitement ambulatoire – les femmes âgées de plus de 49 ans étant moins infectés que les plus jeunes.

Selon les enquêteurs, ces niveaux d’infection reflètent la violence dont sont victimes les adolescentes et les jeunes femmes au sein de leur famille ou dans leur quartier.

Les violences sur les femmes alimentent l’épidémie

“Pendant les conflits armés, les violences sexuelles étaient surtout perpétrées par les hommes en armes. Avec le retour de la paix, nous constatons que ces violences ont désormais lieu au sein des cellules familiales”, a déploré M. Kouanga.

“Le phénomène est constant et croissant”, a-t-il ajouté.

Ainsi, sur 681 femmes interrogées par les enquêteurs, 588 d’entre elles ont déclaré avoir été victimes de viol entre janvier et octobre – soit la durée de l’étude : 60 pour cent de ces viols ont été perpétrés sur des jeunes filles âgées de 12 à 19 ans.

Un tiers des viols a été commis sur des filles de 15 à 19 ans, 28 pour cent sur des filles de moins de 15 ans et 25 pour cent sur des jeunes femmes de 19 à 24 ans.

Or, il n’existe que trois associations de lutte contre les violences sexuelles au Congo. Pourtant, elles sont devenues de plus en plus courantes après le déclenchement du conflit fratricide qui a ravagé le pays entre 1997 et 2003.

Dans la région du Pool, les femmes ont subi des violences régulières de la part des combattants, ce qui les a rendu extrêmement vulnérables au VIH/SIDA – les taux de prévalence y sont d’ailleurs plus élevés que la moyenne nationale, estimée à 4,2 pour cent de la population, soit 3,1 millions de personnes.

Selon les autorités, Brazzaville et Pointe-Noire, les deux principales villes du Congo, abriteraient 80 pour cent des quelque 100 000 personnes vivant officiellement avec le VIH/SIDA dans le pays, la plupart étant des femmes et des jeunes âgés de 15 à 29 ans.

Cette féminisation de l’épidémie est alimentée par les conflits qui ravagent la région des Grands Lacs depuis une décennie.

Ainsi, la République démocratique du Congo nourrit les centres urbains congolais d’une population démunie, sans travail ni attache. Près d’un million de personnes vivraient aujourd’hui à Brazzaville après avoir fui l’insécurité, les violences et le manque d’emplois en RDC, selon les autorités.

“Nous avons mené cette enquête pour définir de nouvelles stratégies de lutte, afin de réduire la vulnérabilité des filles et des femmes. Dans notre pays, la vulnérabilité est très précoce… La tâche est énorme”, a expliqué le ministre de la Promotion de la femme, Jean-François Lekomba Loumeto.

Selon lui, il est désormais nécessaire “d’étendre et d’approfondir cette étude afin de trouver des réponses significatives à la situation de vulnérabilité des filles et des femmes face au VIH/SIDA et aux violences sexuelles”.


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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