Les enfants réfugiés exposés à un « grand risque » de troubles mentaux

Quelque 18 millions d’enfants dans le monde ont été déplacés de force, loin de leur foyer, suite à des conflits ; un tiers d’entre eux sont des réfugiés dont les familles ont fui et traversé les frontières internationales, selon des recherches.



La revue médicale britannique The Lancet a effectué un compte-rendu de tous les travaux réalisés sur ce sujet afin d’expliquer les conséquences sur leur santé mentale et de tirer des leçons sur la meilleure façon d’aider les enfants réfugiés et déplacés ainsi que leurs familles.



Mina Fazal, qui a participé à la rédaction du compte-rendu publié le 10 août, a dit à IRIN : « Ce compte-rendu est important, car un grand nombre de personnes est concerné, principalement dans les pays pauvres en ressources ; nous savons que ces personnes courent un risque élevé de troubles mentaux, car elles pourraient avoir été exposées à la violence, qui est le principal facteur prédictif d’une mauvaise santé mentale ».



Les chercheurs basés à Oxford ont fait état d’une lacune majeure. Les travaux existants concernaient principalement les enfants réfugiés dans des pays à revenu élevé, mais il est pourtant plus probable qu’un enfant réfugié vive dans un camp, non loin de son pays d’origine, dans un pays à faible ou moyen revenu disposant de ressources limitées pour traiter les troubles mentaux.



Cela soulève des problèmes spécifiques. Dans la région soudanaise du Darfour et au Tchad, des garçons et des filles ont dit avoir subi des viols, en général alors qu’ils étaient en train de ramasser du bois. Au moins 75 pour cent des enfants interrogés dans les camps accueillant les personnes déplacées (PDIP) au Darfour répondaient aux critères de diagnostic de trouble de stress post-traumatique et 38 pour cent souffraient de dépression.



La population locale, qui est également pauvre, peut se montrer hostile et menaçante envers les nouveaux arrivants qui luttent pour bénéficier des maigres ressources disponibles. Et le fait de se trouver à proximité de son pays d’origine n’atténue par le choc culturel. Le rapport indique, « Les preuves suggèrent que l’adaptation à un environnement similaire n’est pas forcément facile, et les réfugiés eux-mêmes attirent l’attention sur les différences culturelles dans les lieux que les chercheurs occidentaux considèrent être similaires sur la base de critères tels que la religion et de la langue ».



Le rétablissement des structures communautaires dans le nouveau cadre de vie constitue un facteur positif. Lorsque les non-arabes ont été chassés de Mauritanie en 1989, les habitants de plusieurs villages ont traversé ensemble la rivière qui matérialisait la frontière. Des élèves et des enseignants se sont déplacés ensemble et ont installé leurs écoles au Sénégal. La continuité et le soutien communautaire aident les enfants à mieux supporter le choc de l’exil.













Photo: Tom Maruko/IRIN
La population locale se montre parfois hostile et menaçante envers les nouveaux arrivants qui luttent pour bénéficier des maigres ressources disponibles

Approche intégrée



Les auteurs demandent que de nouvelles études soient menées dans les pays plus pauvres qui accueillent des réfugiés, et demandent qu’une approche intégrée soit développée afin de fournir de la nourriture et des abris de base, mais aussi un soutien au développement de structures communautaires et d’activités qui promeuvent la santé mentale. Ils proposent également que les pays plus riches participent au financement de ce projet, car les politiques d’asile qu’ils ont instaurées sont de plus en plus restrictives et conduisent les pays les plus pauvres à porter la majeure partie du fardeau.



En ce qui concerne les jeunes enfants, qui sont avec leurs familles, le pays qui les accueille importe probablement moins. Mais les enfants réfugiés gardent en eux la mémoire des évènements passés et vivent avec les conséquences. Le compte-rendu a également abordé la question de l’exposition à la violence, et particulièrement l’exposition répétée, qui induit le risque le plus important de troubles psychologiques subséquents. La violence qui porte atteinte à l’intégrité de la famille et du foyer est la plus grave. Il ne s’agit pas forcément des violences liées à un conflit politique ; les taux de violence domestique élevés dans l’environnement stressant d’un camp de réfugiés provoquent une grande détresse chez les enfants.



Les enfants sont très sensibles aux angoisses de leurs parents. Des évènements familiaux traumatisants qui se sont déroulés avant la naissance de l’enfant peuvent même augmenter le risque pour lui de souffrir de troubles mentaux.



Les enfants réfugiés dans les pays riches ont davantage de ressources à leur disposition, mais ils souffrent de problèmes spécifiques. Le compte-rendu des recherches a également soulevé la question de la mise en détention des migrants après leur arrivée : le fait que les enfants soient détenus dans le cadre du processus d’immigration semble être particulièrement nuisible à leur santé mentale.



Aoife O’Higgins, qui travaille avec les jeunes réfugiés au nom de la Children’s Society, indique l’avoir constaté. Elle a dit à IRIN : « Je trouve extrêmement choquant que des jeunes gens qui sont venus de si loin, et qui ont fait un périple très difficile, soient placés en détention à leur arrivée ».



Mme O’Higgins a dit qu’elle avait des preuves directes des effets de la détention sur l’une des femmes et filles avec lesquelles elle travaille : une jeune femme d’origine irakienne, qui a été victime de violences sexuelles alors qu’elle se rendait au Royaume-Uni, et qui souffre de graves troubles mentaux, se griffe, se coupe la peau et s’arrache les cheveux.



« Comme elle n’a pas encore son statut d’immigrant, elle doit aller pointer chaque semaine [pour bénéficier de l’aide sociale] », a dit M. O’Higgins, « et chaque fois, elle est terrifiée à l’idée d’être à nouveau placée en détention. L’année dernière, elle a été détenue pendant deux jours à la suite d’une erreur, et sa condition s’est considérablement détériorée ».



Mme Fazal espère que son travail et celui de ses collègues permettra de mettre fin à ce stress supplémentaire. « Nous soulignons que même s’ils ont été exposés à ces facteurs de risque, il est possible d’atténuer tout facteur de risque futur, car le pire pour ces jeunes gens, c’est l’accumulation des difficultés », a-t-elle dit à IRIN.



« L’important est donc de ne pas être forcé à trop se déplacer, à ne pas être mis en détention, à ne pas être séparé de sa famille – des situations qui entraînent un plus grand risque ».



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