Les adolescents, oubliés du nouveau budget social

L’Afrique du Sud, qui doit déployer ses filets de sécurité sociale en 2009, comptera ainsi désormais parmi les pays du monde aux budgets sociaux les plus importants, mais la crise économique mondiale a forcé le pays à faire des choix difficiles et une bonne partie de ses populations défavorisées risque de se retrouver dans la rue, à la merci du froid.



Pour la première fois en trois ans, l’Afrique du Sud enregistrera un déficit budgétaire – en partie parce que le pays aura tenu son engagement en faveur de la réduction de la pauvreté -, a déclaré Trevor Manuel, ministre des Finances, au cours de son discours sur le budget de l’Etat, prononcé le 11 février.



Au cours de l’année à venir, environ 12 pour cent des dépenses publiques seront consacrées au versement de liquidités.



Mais s’il est vrai que le pays a renforcé les filets de sécurité d’une partie de sa population, notamment des retraités, le langage attentiste utilisé dans le budget, à propos du relèvement de l’âge limite de versement des prestations sociales enfants de 15 à 18 ans, couplé à l’éducation obligatoire, ont pris la société civile par surprise.



Dans son programme électoral, à l’approche des élections générales d’avril prochain, le Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir, s’est engagé à assurer qu’un plus grand nombre de personnes aient droit aux prestations sociales.



« Des recherches récentes ont permis de prouver de manière irréfutable que l’introduction progressive des allocations familiales a grandement contribué à réduire la pauvreté des enfants », a déclaré M. Manuel, ajoutant : « l’extension ?du droit aux? allocations familiales est envisagée, sous réserve de faisabilité d’un point de vue financier ».



Les allocations familiales sont versées aux enfants dont les parents gagnent moins de 230 dollars par mois (2 300 rands).



Cette année, le droit aux allocations a été étendu de manière à inclure les jeunes de 15 ans et le budget 2009 permet une augmentation du montant de l’allocation, porté à 24 dollars (240 dollars) par mois ; en revanche, le champ des bénéficiaires de cette prestation ne sera pas élargi.



Un revers inattendu



La prudence du ministre des Finances a marqué un changement de ton inattendu. « Le programme de l’ANC indiquait beaucoup plus clairement qu’elles [les allocations familiales] seraient augmentées ; pour nous, il était entendu que la décision avait été prise. Bien entendu, nous faisons très fortement pression pour l’extension des allocations, et cela doit être mis en œuvre le plus tôt possible », a déclaré Patrick Craven, porte-parole du Congrès des syndicats de travailleurs sud-africains (COSATU).



« Les enfants ont besoin d’être instruits ; honnêtement, les enfants doivent aller à l’école, et clairement, cela ne s’arrête pas à 18 ans. Nous voulons encourager les gens à rester à l’école le plus longtemps possible ».



L’ANC a reconnu qu’il devait se fixer pour but de relever l’âge limite des prestations familiales à 18 ans ; cette évolution fait suite à une bataille menée pendant sept ans par des lobbys de défense des droits de l’enfant tels que l’Alliance pour le droit des enfants à la sécurité sociale (ACESS).



Alison Tilley, directrice de campagne auprès de l’organisme, a dit s’attendre à une extension des allocations en 2009 et à une augmentation générale des dépenses de l’Etat, en raison de la crise alimentaire mondiale, qui a provoqué une baisse de la demande pour les produits sud-africains et une augmentation du chômage dans le secteur minier du pays.



« Il ne fait aucun doute que la crise mondiale a joué un rôle dans le budget, globalement : c’est un budget qui prévoit beaucoup plus de dépenses et un plus gros déficit que ce à quoi la population s’attendait. C’est le genre de dépenses contre-cycliques que l’on observe dans d’autres pays durement frappés par la crise », a-t-elle noté.



Toutefois, « nous avons eu l’impression que le relèvement de l’âge limite de versement des allocations familiales à 18 ans allait commencer à être mis en œuvre. Nous avons été très surpris et déçus. Selon nos calculs, ce relèvement coûterait à peu près 1,9 milliard de rands [190 millions de dollars] », a expliqué Mme Tilley à IRIN.



« La question n’est pas de savoir ce qui est faisable financièrement, mais plutôt quels sont vos choix », a-t-elle estimé, ajoutant que les allocations familiales permettaient d’atténuer la faim, d’augmenter la fréquentation scolaire chez les enfants qui les perçoivent, et de stimuler l’attitude adoptée par les adultes de leur entourage à l’égard de la recherche d’emploi.



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