Reprise des pourparlers avec le M23 à Kampala

Des délégués représentant le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) et les rebelles du M23 sont de retour à Kampala, en Ouganda, pour de nouveaux pourparlers de paix, mais les analystes ont déclaré que si les deux parties ne s’impliquaient pas pleinement dans les négociations, il leur serait difficile de trouver une solution politique à la crise qui frappe la province du Nord-Kivu en RDC.

Les pourparlers, qui avaient débuté en décembre 2012 sous l’égide de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), avaient échoué en avril dernier ; les représentants du M23 avaient quitté la table en réaction à la décision des Nations Unies de déployer une brigade d’intervention pour neutraliser les groupes armés dans l’est de la RDC. Le Département des opérations de maintien de la paix (DOMP) a déclaré que la force armée de 3 069 soldats, comprenant des troupes malawites, sud-africaines et tanzaniennes, devrait être complètement opérationnelle à la mi-juillet. La force armée a reçu un mandat plus fort que tous les autre contingents militaires accompagnant une mission de maintien de la paix des Nations Unies.

« Les représentants des deux délégations sont de retour à Kampala. Les pourparlers doivent reprendre d’un moment à l’autre. Nous espérons que les deux camps vont montrer leur engagement cette fois-ci », a déclaré à IRIN Crispus Kiyonga, médiateur en chef et ministre ougandais de la Défense. « Nous devrions œuvrer à la signature d’un accord de paix. Mais quant à savoir quand ça arrivera, cela va dépendre des progrès et de l’implication des deux côtés. Le fait que les deux parties continuent d’aller et venir montre un certain engagement ».

Lors d’une récente visite en RDC, le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, et son envoyée spéciale dans la région, l’ancienne présidente de l’Irlande, Mary Robinson, ont tous deux exhorté les deux parties à maintenir leur engagement lors des pourparlers de médiation à Kampala.

Selon les estimations, 900 000 personnes sont déplacées au Nord-Kivu et plus de la moitié d’entre elles ont fui la rébellion du M23 ; des dizaines de milliers de personnes ont quitté la RDC pour se réfugier au Rwanda et en Ouganda. Les acteurs humanitaires continuent de dénoncer le problème de la protection des civils, alors que, l’an dernier, des affrontements intermittents entre les troupes gouvernementales de la RDC (les FARDC) et le M23 ont éclaté aux alentours de la capitale provinciale, Goma, où les combats ont provoqué le déplacement de plus de 100 000 personnes au cours de l’année passée.

En mai, quatre jours de combat entre le gouvernement et les rebelles ont poussé des milliers de personnes à fuir leurs maisons vers les camps surpeuplés en périphérie de la ville.

Engagement

Certains analystes régionaux sont sceptiques quant au retour du M23 pour les négociations.

« Le retour du M23 à la table des négociations doit être considéré d’abord et surtout comme une manœuvre de RP [relations publiques]. Le mouvement veut montrer qu’il recherche la paix par tous les moyens », a déclaré Michel Thill, responsable de programme de la région des Grands Lacs au Rift Valley Institute (RVI). « Ses exigences, cependant, vont bien au-delà de ce que Kinshasa accepterait de négocier avec ce qu’il considère comme des terroristes et le M23 le sait.

« Les tensions s’amplifient entre le M23, les FARDC et la population civile du Nord-Kivu alors que les hauts responsables des Nations Unies et le Secrétaire général lui-même ne cessent de réclamer le déploiement de la brigade internationale pour mi-juillet », a-t-il ajouté. « La reprise des combats à la fin du mois de mai, juste avant la visite de M. Ban Ki-moon à Goma, le prouve ».

Certains analystes voient les choses différemment : « Le retour du M23 à la table des négociations est le signe que le M23 et son appui extérieur ont la volonté de trouver une résolution politique à la crise. Le M23 ne jouit plus du même soutien qu’en novembre 2012 et n’est plus en mesure de s’emparer de Goma ni de mener une guerre d’agression », a déclaré Marc-André Lagrange, analyste principal du groupe de réflexion International Crisis Group (ICG). « Une autre question se pose concernant la puissance réelle actuelle du M23. Selon les rumeurs, Sultani Makenga [le chef militaire du M23] serait très malade et affaibli… Reste à savoir si le mouvement est en mesure de résister à la pression actuelle ».

Les représentants du M23 démentent les rumeurs sur le mauvais état de santé de M. Makenga. Ils accusent également le gouvernement de la RDC de ne pas vouloir négocier une solution pacifique à la crise du Nord-Kivu et de préparer les FARDC et ses alliés à de nouveaux affrontements dans la région.

« Nous devons saisir cette occasion portée par l’engagement de la communauté internationale de mettre fin à la rébellion grâce au dialogue. L’option militaire ne peut pas mettre un terme au conflit », a déclaré à IRIN René Abandi, le chef de la délégation du M23 à Kampala.

Dans une lettre du 13 juin adressée à l’envoyée spéciale Mme Robinson, les rebelles ont accusé le gouvernement de refuser de négocier aux pourparlers de paix de Kampala et de se préparer pour un nouveau conflit au Nord-Kivu, des accusations rejetées par le gouvernement.

« Ces allégations sont sans fondement », a déclaré à IRIN Jean Charles Okoto Lulakombe, l’ambassadeur de la RDC en Ouganda. « Certains membres de la délégation gouvernementale sont déjà sur place et d’autres sont en route. Nous sommes déterminés à résoudre ce conflit par le dialogue. Nous croyons que seuls les pourparlers peuvent mettre un terme au conflit, et non [les méthodes] militaires. Nous ne pouvons continuer à laisser souffrir et mourir notre peuple à cause de cette guerre ».

Au-delà des pourparlers

Néanmoins, les analystes s’accordent à dire qu’il faudra plus que des pourparlers de paix, ou même des accords de paix, pour résoudre les problèmes qui touchent l’est de la RDC.

« Je pense que le retour à Kampala sans un engagement sincère des deux côtés pour résoudre les problèmes de fond du conflit, la raison qui avait voué à l’échec les pourparlers précédents, est une perte de temps et d’argent. C’est tout simplement une mascarade de paix », a déclaré Stephen Oola, analyste en justice transitionnelle et en gouvernance du projet de loi sur les réfugiés de l’Université de Makerere en Ouganda.

« La RDC a besoin de plus que de simples pourparlers de paix. Il faut changer la façon dont l’État remplit ses devoirs envers les citoyens et changer l’accès aux ressources, ainsi que la façon dont elles sont utilisées localement, nationalement et internationalement », a-t-il ajouté.

« Tous ceux qui tiennent au retour de la paix en RDC doivent concentrer leurs efforts à renforcer le gouvernement congolais, et non à l’affaiblir… Il faut s’investir pour faire en sorte que le gouvernement de Kinshasa jouisse à la fois d’une légitimité et d’un pouvoir suffisants pour avoir un contrôle total sur son vaste territoire », a expliqué Nicholas Opiyo, un analyste politique et juridique à Kampala. « Le cadre de gouvernance interne de la RDC doit être repensé afin d’être à la fois en adéquation avec les différents intérêts de la RDC et d’être porteur de sens pour la majorité, sinon pour l’ensemble des Congolais ».

« La solution pour la paix dans les deux provinces du Kivu n’est pas seulement politique ou militaire. Une coopération économique doit être mise en place entre les pays des Grands Lacs », a affirmé M. Lagrange de l’ICG. « Dans le même temps, les minorités doivent être protégées et les conflits territoriaux résolus, ce qui peut se faire par la politique ».

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