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Inquiétudes croissantes en matière de protection après le passage du typhon Haiyan

A young woman sifts through the wreckage of her home in the town of Palo, which was devastated by Typhoon Haiyan on 8 November 2013
(David Swanson/IRIN)

Selon les experts, les femmes et les filles qui vivent dans les zones frappées par le typhon Haiyan sont exposées à un risque accru d'être victimes de violence, d'exploitation sexuelle et de traite de personnes depuis le passage de l'ouragan sur le centre des Philippines il y a un peu plus de cinq semaines. Celui-ci a fait plus de 6 000 victimes et plus de 4 millions de déplacés.

« Avant le passage de Haiyan, les provinces de Leyte et du Samar Oriental avaient déjà été identifiées comme des plaques tournantes de la traite de personnes. Des femmes et des filles étaient envoyées à Manille ou à l'étranger à des fins de travail domestique », a dit Devanna De La Puente, la coordinatrice du sous-cluster violence basée sur le genre dans le cadre des efforts de secours initiés après le passage de Haiyan.

Selon le dernier rapport sur la traite des personnes du département d'État américain, 227 cas de traite ont été enregistrés par le ministère de la Justice des Philippines (Department of Justice, DOJ) en 2012, mais bon nombre de cas ne sont pas signalés.

D'après l'édition 2013 de l'Indice de l'esclavage mondial, établi par l'organisation australienne de lutte contre la traite de personnes Walk Free Foundation, plus de 140 000 Philippins ont été victimes de la traite de personnes, contraints au travail forcé ou à un mariage précoce à travers le monde.

Une évaluation rapide multisectorielle (MIRA), produite par plus de 40 organisations d'aide humanitaire ouvrant dans les neuf provinces, a été rendue publique le 28 novembre. Elle note que l'indice de pauvreté (les ménages philippins dont le revenu n'est pas suffisant pour satisfaire leurs besoins de base) dans les provinces de Leyte et du Samar Oriental est estimé entre 20 et 40 pour cent. Dans certaines régions de la province du Samar Oriental, l'incidence de pauvreté atteint 60 à 80 pour cent.

"Le manque de moyens de subsistance un mois après le passage du typhon et l'exode massif des populations - souvent dépourvues de leurs papiers d'identité emportés par les eaux - vers Manille [la capitale] ont compliqué le travail de recensement des personnes et rendu la traite de personnes plus problématique », a dit Mme De La Puente.

Bon nombre de survivants ont embarqué dans les avions cargo militaires qui avaient acheminé des produits d'urgence aux populations des provinces affectées et repartaient vers Manille.

Selon le ministère de la Protection sociale et du Développement (Department of Social Welfare and Development, DSWD), environ 20 000 habitants des zones ravagées par le typhon ont rejoint Manille pour échapper à la désolation, et ce même s'ils n'avaient pas de point de chute dans la capitale.

« Nous avons alerté les autorités portuaires, les agents de la force publique et les travailleurs sociaux responsables de la prise en charge des personnes évacuées afin qu'elles fassent preuve d'une grande vigilance contre le risque de traite de personnes », a dit Jan Arceo, chargé de projets spéciaux pour l'Inter-Agency Council Against Trafficking (IACAT), un groupe multisectoriel qui coordonne les efforts contre le trafic de personnes et en assure le suivi.

« Nous avons également distribué des brochures sur les dangers du trafic de personnes et sur le recrutement illégal. Grâce à ses informations, les survivants connaissent leurs droits et sont autonomes », a dit M. Arceo.

Risque accru de violences physiques

Cependant, les autres autorités soulignent les risques accrus qui pèsent sur les personnes près de chez elles, par exemple, dans les centres d'évacuation.

« On retrouve beaucoup de personnes désouvrées dans un endroit surpeuplé. Il n'y a pas d'électricité, donc une bonne partie des zones [communes] sont mal éclairées. Tous ces facteurs exposent les femmes et les filles à un risque accru de violence », a dit Nolibelyn Macabagdal, une travailleuse sociale du DSWD.

Sur les quatre millions de personnes déplacées, plus de 100 000 vivent encore dans les 381 centres d'évacuation, a indiqué le Conseil national de réduction des risques et de gestion des catastrophes (NDRRMC) le 16 décembre.

En 2008, l'Enquête démographique et de santé des Philippines (NDHS) estimait que 20 pour cent des femmes âgées de 15 à 49 ans avaient subi des violences physiques ou sexuelles depuis l'âge de 15 ans.

En s'appuyant sur les informations fournies par l'Enquête démographique et de santé sur la prévalence de la violence fondée sur le genre dans les provinces affectées, le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) estime que 375 000 femmes et filles avaient subi des violences sexuelles avant le passage du typhon Haiyan.

L'agence prévient que, si des mesures concrètes ne sont pas prises pour améliorer la sécurité et si des interventions sur la violence fondée sur le genre et la traite de personnes ciblant spécifiquement les femmes et les filles ne sont pas mises en ouvre, ce chiffre pourrait augmenter de 75 000.

L'Organisation internationale pour les migrations (OIM), qui supervise les camps d'évacuation de la municipalité de Guiuan, située dans la province du Samar Oriental, a construit des salles de bains et des toilettes séparées pour les hommes, les femmes et les enfants.

« Ces infrastructures sont installées de chaque côté du camp pour s'assurer que les personnes n'ont pas à parcourir de longues distances pour les utiliser », a dit à IRIN Andrew Lind, le responsable de la gestion des abris et de la coordination des camps (CCM) de l'OIM. Des lampes solaires ont été installées pour éclairer les allées et les zones communes, comme les endroits où se trouvent les pompes à eau.

Structures d'accueil pour les femmes

Le DSWD, en partenariat avec l'UNFPA, a également commencé l'installation de structures d'accueil pour les femmes dans des centres d'évacuation et des communautés sélectionnés, situés dans les zones comptant le nombre le plus élevé de cas de violence contre les femmes selon les rapports de police. Dans ces structures d'accueil, qui sont en général installées à l'écart, dans une partie séparée du centre d'évacuation, elles peuvent bénéficier d'une aide fournie par des femmes formées par le DSWD. Jusqu'à présent, huit structures ont été mises en place : cinq à Tacloban, une à Roxas city et deux dans la province du Samar Oriental.

Mais avec des ressources déjà presque épuisées, la couverture des régions frappées par le typhon - d'une superficie environ égale à celle du Portugal - reste un défi. La police nationale des Philippines a été appelée pour renforcer les efforts de protection. Elle se prépare à déployer des officiers de police de sexe féminin originaires des quatre coins du pays dans ces zones.

Mme. Macabagdal, la travailleuse sociale, a dit, « Ce [déploiement] permettra de répondre au besoin accru de sécurité des femmes et des filles ».

as/ds/he-mg/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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