Manifestations devant la base militaire française

Plusieurs centaines de jeunes de la ligne dure partisane du Président Laurent Gbagbo ont bruyamment manifesté lundi, devant la base militaire française à Abidjan, réclamant le départ des 4,000 soldats français qui patrouillent la zone tampon entre le gouvernement et les forces rebelles en Côte d'Ivoire.

Les manifestants qui appartiennent à des mouvements de jeunesse, plus connus sous l'appellation de "Jeunes Patriotes" ont allumé un feu devant la base militaire, près de l'aéroport international, et ont lancé des cailloux aux soldats français dans le périmètre de la clôture, après que ces derniers avaient essayé de disperser la foule avec des grenades lacrymogènes

Des résidents ont également rapporté que les manifestants réclamaient la "libération" immédiate du Nord du pays sous contrôle rebelle, dans le quartier de classe moyenne d'Adjamé.

M. Gbagbo est toutefois demeuré silencieux à propos d'un incident survenu dans la nuit de dimanche, lorsque des officiers non-identifiés ont fait irruption à la télévision et à la radio d'Etat pour exiger la démission du chef d'état-major, le Général Mathias Doué, le chef de l'armée de terre, le Général Denis Bombet et le Général Grégoire Touvoly, chef de la gendarmerie.

Les officiers non-identifiés, qui sont entrés dans les locaux de la télévision sans être inquiétés, ont exigé du Président qu'il démette le Général Doué de ses fonctions dans un délai de 48 heures. Ils lui ont également demandé d'ordonner le départ des soldats français de la ligne de front, afin que les forces gouvernementales puissent "libérer" le Nord de la Côte d'Ivoire sous domination rebelle.

Plus tôt dans la journée de dimanche, un groupe d'environ 200 jeunes pro-Gbagbo, escortés par environ 100 soldats de l'armée ivoirienne, a affronté les soldats de maintien de la paix français, alors qu'ils tentaient de marcher sur la capitale rebelle Bouaké, en traversant la zone tampon démilitarisée. Les deux camps ont échangé des tirs, et les Français ont détruit un tank de l'armée. Six soldats ivoiriens ont été blessés pendant l’altercation.

Les rebelles ont signé un accord de paix approuvé par M. Gbagbo en janvier, et ont rejoint un gouvernement de large ouverture de réconciliation nationale en avril. Ils ont cependant déserté les rangs ministériels en septembre, alors qu'ils devaient entamer le processus de désarmement quelques temps avant. Les rebelles ont revendiqué que M. Gbagbo avait failli en ne déléguant pas ses pleins pouvoirs au gouvernement, où ils comptaient neuf sièges.

Depuis lors, la situation de tension dans le pays s'est accrue. La semaine dernière, des affrontements ont eu lieu près de la ville de Gagnoa, au Centre-Ouest de la Côte d’Ivoire, entre des villageois de l'ethnie Bété, ethnie du Président Gbagbo, et plusieurs centaines de planteurs allogènes qui ont été délogés de leurs plantations de cacao. Sept personnes ont été déclarées mortes, dont un gendarme, au cours de combats intermittents .

Des diplomates à Abidjan se disent pessimistes en ce qui concerne l'amélioration rapide de la situation. Ils ont observé qu'une avalanche de rencontres entre M. Gbagbo et d'autres leaders ouest-africains en Afrique de l'Ouest au cours du mois de novembre n'avaient abouti à aucun résultat susceptible de réconcilier le Président ivoirien et les leaders des rebelles.

Ces derniers se sont réunis lundi dans le Nord de la Côte d'Ivoire, à Korhogo, pour discuter de l'attitude à adopter face à la déchirure émergeante au sein des forces armées de Côte d'Ivoire, et la résurgence des Jeunes Patriotes dans les rues, malgré une interdiction de manifestation publique sur une période de trois mois.

Eugène Djué, leader d'une faction de la ligne dure des Jeunes Patriotes, a déclaré à IRIN lundi : "Nous ne parlons plus de désarmement. Nous parlons de libérer Bouaké."