Augmentation du nombre de décès dus à « la cigarette du pauvre »

Au Bangladesh, des militants réclament une taxe sur le tabac pour lutter contre l’augmentation du nombre de décès dus aux maladies non transmissibles (MNT) liées au tabac, en particulier à une cigarette bon marché appelée ‘bidi’ qui contient des brins de tabac enroulés dans des feuilles d’arbres locaux.

« Il faut réduire la consommation par le biais d’une taxe plus élevée, car le tabac sous toutes ses formes a des effets nocifs potentiellement mortels. Étant la ‘cigarette du pauvre’, les bidis sont plus consommées que les cigarettes [fabriquées industriellement] », a déclaré Rajika Jayatilake, directrice adjointe de l’organisation non gouvernementale américaine Campaign for Tobacco-Free Kids (Campagne pour une Enfance sans Tabac).

L’Enquête mondiale sur le tabagisme chez les adultes (GATS - Global Adult Tobacco Survey) à l’initiative du gouvernement, a relevé qu’en 2009 plus de 40 pour cent des adultes consommaient du tabac, et que 11 pour cent d’entre eux fumaient des cigarettes « bidis », produit de substitution des cigarettes en paquets dans les zones rurales.

Selon une étude de 2012 publiée par l’Union Internationale contre la Tuberculose et les Maladies Respiratoires - basée à Paris, la consommation de bidis a augmenté de plus de 80 pour cent entre 1997 et 2010, en comparaison avec l’augmentation globale de la consommation de tabac d’environ 40 pour cent sur la même période.

Les auteurs ont constaté que le tabagisme augmentait au Bangladesh, surtout du fait d’une taxe peu élevée et d’ingrédients bon marché, ce qui les rendait plus attrayantes que d’autres cigarettes. Quatre cigarettes bidis coûtent un taka ou un cent, tandis qu’un paquet de 25 cigarettes coûte sept cents maximum. L’étude a conclu qu’une taxe sur les bidis pourrait obliger 3,4 millions d’adultes consommateurs à arrêter, et pourrait dissuader 3,5 millions de jeunes de commencer à fumer.

Chaque année le tabagisme cause près de 57 000 morts et affecte 382 000 personnes au Bangladesh.

Les cigarettes ne sont pas la seule cause de mortalité, cela concerne également les conditions de travail dans les usines de production de bidis, a déclaré Mme Jayatilake. « Les effets néfastes des bidis sur la santé ne se limitent pas aux fumeurs de bidis, mais touchent également ceux qui les fabriquent – hommes, femmes et même enfants qui travaillent dans des conditions inacceptables et des environnements dangereux pour rouler les bidis ».

Selon une étude réalisée en avril 2012 par l’ONG Campaign for Tobacco-Free Kids sur la consommation de bidis et la production au Bangladesh, 220 000 personnes travailleraient dans des usines de bidis – y compris des femmes et des enfants non rémunérés – et seraient exposées en permanence à la poussière de tabac et à d’autres produits chimiques toxiques. Ceux qui travaillent dans ces usines souffrent généralement de toux, de douleurs à la poitrine, de vomissements et de maux de tête.

La Direction générale des services de santé (DGHS - Directorate General of Health Services) a déclaré que six décès sur dix au Bangladesh étaient dus aux MNT, notamment les maladies cardiaques, les infarctus, le diabète, les affections respiratoires chroniques et le cancer.

Le changement de régime alimentaire et de mode de vie, le tabagisme, la pollution de l’air d’intérieur et le manque de sensibilisation aux problèmes de santé sont tous des facteurs contributifs.

« Nous devons faire comprendre à tout le monde que les MNT sont très répandues […] À l’image de [l’] ampleur du taux de mortalité maternelle, le taux de mortalité dû aux MNT est tout aussi préoccupant », a affirmé le Dr A.K.M. Jafar Ullah, directeur adjoint du programme sur les MNT et l’arsenic à la DGHS.

En 2011, d’après un rapport de l’Organisation mondiale de la Santé des Nations Unies, sur 100 000 personnes, 648 décès de femmes étaient dus aux MNT en 2008 – trois fois le taux de mortalité maternelle qui était de 194 décès sur 100 000 naissances vivantes en 2010.

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