L’insécurité exacerbe les problèmes du secteur de la santé déjà très perturbé

Tandis que les médecins et les infirmières de l’hôpital public Ahmed Maher Hospital se démènent pour soigner les blessés après les affrontements opposant les manifestants et les forces de sécurité sur la place Tahrir, ils se demandent avec angoisse s’ils ne vont pas eux aussi devenir les victimes de la montée de la violence en Egypte.



Comme certains travailleurs sanitaires égyptiens ont pu s’en rendre compte, les gens qui traînent aux urgences lorsqu’une sirène d’ambulance annonce l’arrivée de nouveaux blessés peuvent fort bien être des bandits armés, prêts à voler le personnel ou les patients, ou à régler d’anciens comptes.



« La situation devient réellement grave, » a dit à IRIN Mahmud Ameen, spécialiste en secourisme à l’hôpital. « Je viens à l’hôpital pour sauver des vies, pas pour risquer la mienne. »



Dix mois après le soulèvement populaire qui a mis fin à 31 ans de pouvoir de l’ancien président Hosni Moubarak, les hôpitaux et leur personnel sont confrontés à une crise sans précédent.



« Les attaques contre les hôpitaux n’ont jamais cessé depuis l’écroulement du système de sécurité égyptien suite à la révolution, » a indiqué Ahmed Hussein, membre de l’Association indépendante des médecins d’Egypte. « Les médecins ont le sentiment que la manière dont le gouvernement néglige les hôpitaux est tout à fait intentionnelle. »



Le gouvernement a arrêté de faire le compte du nombre d’attaques, mais selon les rapports des médias, des attaques se produisent presque quotidiennement. Afin de montrer à quel point il est désespéré de toute cette insécurité, le ministre de la Santé Amr Helmy, a, le 15 novembre, attaqué en justice le ministre de l’Intérieur pour avoir manqué à son devoir de protection des centres de santé.



Délabrement de la situation



L’hôpital public Um Masryeen Hospital a fermé son service d’urgences cette semaine, après que des hommes armés ont volé du matériel médical et des médicaments, et poignardé une infirmière qui se trouvait sur leur passage. « Comment, au nom de Dieu, les médecins peuvent-ils travailler dans de telles conditions ? » a demandé le docteur Sobhi Zahran.



L’insécurité n’est pas un phénomène limité au Caire. Tout récemment, le personnel de l’hôpital du Croissant-Rouge de Sohag, dans le sud de l’Egypte, a fait état d’une attaque de la part des parents mécontents d’un patient décédé. En juin, des hommes ont pénétré en brandissant des fusils dans l’hôpital d’Al Arish dans le Sinaï et enlevé un patient en cours d’opération. En mai, des hommes armés ont tué un patient en soins intensifs dans un hôpital de Minya, dans le sud de l’Egypte.



« La liste des attaques peut se poursuivre sans fin ; il faut absolument réagir, » a dit Nabil al Garhy, président de l’Association des médecins de Minya. « Des médecins se font kidnapper, des patients se font tuer et des hôpitaux sont saccagés. Combien de temps le gouvernement va t-il rester un observateur passif ? »



Les médecins égyptiens travaillent déjà dans des conditions difficiles, entre pénurie de médicaments et de matériel, et bas salaires.



Le cardiologue Rashwan Shaaban a expliqué que pour s’acheter une nouvelle paire de chaussures, il a dû économiser tout son salaire sur plus de trois mois. « Les conditions de vie d’un médecin dans ce pays sont déplorables, » a t-il dit à IRIN. » Mon salaire ne dépasse pas 2 000 livres [335 dollars], quoique j’exerce ce métier depuis 20 ans. »



Il y a quelques mois, le pays a connu une forte pénurie de médicaments essentiels.



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