Les habitants prêts à prendre les armes contre les incursions de l’armée syrienne

Dans le bureau de l’ancien général devenu soi-disant acteur humanitaire, des habitants locaux inquiets et des réfugiés syriens parlent de prendre les armes pour défendre le pays, car ils doutent que l’armée nationale le fera.



« Si vous ne protégez pas notre pays, nous créerons un mouvement de résistance pour le protéger, » a déclaré l’ancien général Hameed Hamoud, martelant le message qu’il essaye de faire passer au gouvernement de Beyrouth à propos des multiples incursions de l’armée syrienne sur le territoire libanais.



« Nous avons tenté de leur faire comprendre que s’ils ne font rien, cela va être le chaos dans tout le pays. »



Dans son petit bureau de Tripoli, un port au nord du pays qui est la ville la plus pauvre du Liban et le fief du soutien sunnite à l’ancien premier ministre Saad Hariri, des députés du Mouvement du futur approuvent de la tête. Une délégation de la ville frontalière d’Arsal, dans la vallée de la Bekaa à l’est du pays, a fait plus de 100 kilomètres pour faire entendre ses inquiétudes.



Etait également présent un représentant des 5 000 Syriens qui, selon les estimations, ont fui au Liban pour échapper à la répression brutale du gouvernement sur les manifestants qui réclament la démise du président Bashar al-Assad. Selon le Haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, plus de 3 500 personnes sont mortes depuis le début du soulèvement en mars.



Depuis l’afflux initial, des centaines de Syriens sont rentrés chez eux, mais d’autres continuent d’arriver et l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) indique que plus de 3 500 Syriens sont enregistrés au Liban. Mais comme beaucoup n’ont pas de statut officiel, les chiffres réels sont probablement plus élevés. De plus, qu’ils soient enregistrés ou non, le gouvernement libanais considère les Syriens présents dans le pays comme des déplacés internes, ce qui leur confère un statut juridique ambigu.



Pillage à Arsal



Selon les activistes, les passages de frontière, légaux comme illégaux, font l’objet d’une surveillance sévère et ceux qui fuient risquent leur vie, que ce soit en entrant au Liban ou en le quittant. De fait, la délégation d’Arsal a affirmé que l’armée syrienne avait au cours des derniers mois, traversé presque chaque jour la frontière, qui n’est pas délimitée ; les soldats tirent sur les citernes d’eau et mettent les fermes à sac.



« Ils cherchent des Syriens, mais il n’y a pas de Syriens ici. C’est comme s’ils voulaient forcer les gens à riposter, » a dit Ahmed al-Fleete, maire adjoint d’Arsal. « Les gens d’ici sont des agriculteurs, pas des soldats. Mais s’ils ont un fusil, il est possible qu’ils répliquent avec des coups de feu. »



Dans un entretien ultérieur, le maire d’Arsal, Ali Hojairi, a dit qu’il y avait eu des affrontements armés entre des habitant locaux et les troupes syriennes à l’intérieur du Liban au moins à trois reprises durant les derniers mois. « Si l’armée libanaise ne veut pas nous protéger, nous utiliserons nos armes pour nous protéger nous-mêmes, » a t-il ajouté.














Photo: Delayed Gratification/Flickr
Le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, soutient le gouvernement syrien

Selon un rapport du Secrétaire général des Nations Unies sur l’application de la Résolution 1559, dont l’objectif est de renforcer la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance politique du Liban, des troupes syriennes ont pénétré le 6 octobre sur le territoire libanais et tué un ressortissant syrien sur le sol libanais.



La délégation d’Arsal a dit avoir envoyé à ses représentants locaux dans la capitale régionale de Baalbek une plainte concernant l’escalade des violations de frontière par l’armée syrienne ; celles-ci durent depuis longtemps et sont mentionnées dans le rapport de l’ONU comme un sujet d’inquiétude.



Mais Baalbek étant aux mains du Hezbollah, le groupe militant chiite allié de longue date du régime syrien, qui a provoqué en juin la démission du gouvernement de Hariri, ni M. Fleete, ni M. Hamoud, ni aucun des députés de Hariri ne croient le gouvernement de Beyrouth, dirigé par le Hezbollah, capable d’entendre les inquiétudes soulevées par les incursions syriennes. Des déserteurs et des dissidents syriens auraient été également arrêtés par l’armée libanaise et renvoyés en Syrie.



« Nous ne nous sentons pas en sécurité au Liban, » a dit le représentant des Syriens exilés qui a demandé être présenté sous le seul nom d’Abu Omar.



« Des réfugiés viennent chez moi et maintenant ma maison est sous surveillance. J’ai été interrogé par la police qui voulait savoir pourquoi les gens vont et viennent chez moi et la police a dit qu’ils allaient me livrer à la Syrie. »



Il n’existe pas de véritables chiffres concernant le nombre de réfugiés qui ont été tués par les troupes syriennes sur le sol libanais ou arrêtés au Liban et déportés vers la Syrie.



Ils ont besoin d’aide



Le Haut Commissariat de Secours du Liban fournit une assistance de base aux Syriens dont beaucoup sont logés dans des écoles désaffectées disposant de très peu ou pas du tout d’eau courante et de chauffage, mais le refus du gouvernement de les reconnaître comme réfugiés signifie qu’ils n’ont pas droit à la totalité des soins et de la protection du HCR.



[Les réfugiés] déplorent que l’aide soit de plus en plus réduite et de ne pas pouvoir gagner leur vie par peur de se faire arrêter ou enlever s’ils quittent leurs abris.



« Nous devons pouvoir gagner de l’argent, » a dit un réfugié qui vit avec sa femme et ses enfants dans la ville éloignée de Wadi Khaled, près de la frontière syrienne, dans une école transformée en abri pour quelque 400 personnes. « Nous avons essayé de partir [de Wadi Khaled] pour trouver du travail, mais nous en avons été empêchés par l’armée syrienne, » a t-il indiqué.



« Pas plus tard que la semaine dernière, deux de nos amis ont été kidnappés…La nuit surtout, nous avons peur, » a t-il ajouté.









« Des réfugiés viennent chez moi et maintenant ma maison est sous surveillance. J’ai été interrogé par la police qui voulait savoir pourquoi les gens vont et viennent chez moi et la police a dit qu’ils allaient me livrer à la Syrie »

En octobre, le premier ministre libanais Najib Mikati a promis de subvenir aux besoins des Syriens, mais les hommes politiques libanais restent divisés sur le soulèvement syrien et essentiellement le gouvernement libanais soutient la répression exercée par M. Assad. Les rumeurs de complicité entre les autorités libanaises et syriennes abondent.



En conséquence, les Syriens sont souvent traités de façon assez rude par les autorités libanaises, selon Nabil Halabi, avocat libanais défenseur des droits humains. Non seulement leur sécurité est menacée, mais leurs besoins journaliers ne sont pas couverts de façon adéquate, a indiqué M. Halabi, qui a critiqué la façon dont le gouvernement libanais organise l’aide aux réfugiés.



Des promesses



Le 9 novembre, le président libanais, Michel Sleimane, a dit que des responsables syriens avaient pris contact [avec lui] et promis de respecter l’indépendance et la souveraineté du Liban. « La Syrie a exprimé ses regrets à propos des violations qui n’étaient pas intentionnelles, » a dit M. Sleimane dont les remarques ont été publiées par le quotidien Al-Liwaa.



Il a également confirmé que les troupes syriennes avaient installé des mines le long de la frontière syrienne, en particulier dans le nord-est. Une source proche du bureau de M. Sleimane a dit au Daily Star, un journal local en langue anglaise, que de hauts responsables libanais et syriens avaient mis en place un comité de suivi afin de discuter les récentes accusations d’incursion au Liban.



Le premier ministre M. Mikati avait auparavant admis que des ressortissants syriens avaient disparu sur le sol libanais, et le directeur général des Forces de sécurité intérieure, Ashraf Rifi, a soutenu que ses officiers avaient découvert la preuve que des membres de l’Ambassade de Syrie à Beyrouth avaient joué un rôle dans les enlèvements.



Après avoir démissionné de l’armée pour protester contre la prise de pouvoir par les armes orchestrée par le Hezbollah dans certains quartiers de Beyrouth en mai 2008 – ce que l’armée n’avait rien fait pour empêcher - M. Hamoud a accusé ce groupe, qui est financé par l’Iran, de servir les intérêts de la Syrie en fermant les yeux sur les incursions de l’armée syrienne et a averti que des groupes Hariri et Hezbollah rivaux étaient en train de s’armer à Tripoli.



asf/as/ha/mw-og/amz