L’agriculture – « d’abord ne pas nuire »

L’agriculture concerne la production de nourriture, mais en fin de compte, les projets ont souvent des effets négatifs sur la santé et la nutrition. Quand on se concentre sur le rendement et le profit, disent les experts, on peut perdre de vue qu’il faut fournir aux gens les nutriments dont ils ont besoin.



Les agences humanitaires et les gouvernements tentent de plus en plus de trouver des moyens pour que les investissements agricoles soient la garantie d’une nutrition adéquate ; c’est le cas par exemple d’une méthodologie développée par l’Agence américaine pour le développement international (USAID) et plusieurs organisations non gouvernementales (ONG).



« L’outil d’évaluation de l’impact sur la nutrition a été développé par le Projet de nutrition des nourrissons et des jeunes enfants (IYCN) de l’USAID. Le projet est mené par PATH, en partenariat avec CARE, le Manoff Group, et l’entreprise University Research Co., LLC.



« L’outil pourrait être, pour les organisations qui conçoivent ou évaluent les programmes agricoles, une façon d’atténuer les risques ou les effets négatifs potentiels, en d’autres termes une démarche consistant à “ne pas nuire”, » a dit Michael Zeilinger, directeur du département nutrition du Bureau de la santé, des maladies infectieuses et de la nutrition de l’USAID.



L’USAID travaille actuellement avec des ONG partenaires afin de tester l’outil, un modèle destiné à lister les objectifs d’un projet, les groupes souffrant d’insécurité alimentaire, le statut nutritionnel des populations et l’impact possible d’un projet agricole sur chaque groupe. « Quand nous concevons d’importants programmes agricoles fondés sur des chaînes de valeur et l’augmentation de la production (comme l’initiative Feed the Future [Nourrir l’avenir] et le GAFSP, Programme mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire ), il faut vraiment garder à l’esprit que certaines pratiques agricoles peuvent avoir des effets négatifs sur la nutrition et ceci est juste un moyen de s’assurer qu’on y réfléchisse sérieusement.



Il est ainsi possible que des petits producteurs ne puissent pas profiter de projets nécessitant de nouvelles technologies qu’ils ne peuvent se permettre d’acquérir, ce qui en fin de compte, selon IYCN, les désavantage d’un point de vue économique, eux et leur famille. Le paludisme peut se propager dans des zones de production de riz qui servent de terrain de reproduction aux moustiques. Quant au travail agricole qui oblige les femmes à passer plus de temps hors de la maison, il peut avoir un impact négatif sur le statut nutritionnel des enfants.



« Le secteur agricole doit être responsable, c’est-à-dire contribuer à améliorer l’alimentation, et ne pas avoir d’influence négative sur la santé et la nutrition, » a dit Charlotte Dufour, responsable de la sécurité alimentaire, de la nutrition et des moyens de subsistance auprès de la Division de la nutrition et de la protection des consommateurs de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).









« Le secteur agricole doit être responsable, c’est-à-dire contribuer à améliorer l’alimentation, et ne pas avoir d’influence négative sur la santé et la nutrition »

Mais il est difficile de mesurer l’impact, a-t-elle dit. Certains projets peuvent avoir des impacts positifs et négatifs au sein d’une même communauté.



La mise au point d’un outil révèle un certain nombre de défis, a t-elle indiqué. « Les informations sur le taux de malnutrition sont rarement disponibles par “groupe souffrant d’insécurité alimentaire”. Et les données concernant le statut nutritionnel des femmes sont rares. »



Selon Mme Dufour, il est essentiel de prendre conscience qu’une même activité agricole peut avoir des effets différents sur des populations différentes et que toute une série de facteurs socio-économiques ont un effet sur le statut nutritionnel. « Pour maximiser l’impact nutritionnel des programmes agricoles, il faut être en mesure de bien analyser les modes de vie locaux et les causes de la malnutrition pour chaque groupe de population, » a t-elle dit. Elle a ajouté que pour l’instant l’outil de l’IYCN ne permettait pas encore ce genre d’analyse.



Des lacunes



L’ONG Action contre la Faim (ACF) porte une grande attention à l’impact nutritionnel de ses interventions, mais selon Julien Morel, conseiller pour l’aide alimentaire auprès d’ACF, on manque de directives qui permettraient de mesurer cet impact, y compris dans le cadre de réponses d’urgence. « Disposer d’indicateurs et de méthodologies de mesure d’impact de nos interventions sur le statut nutritionnel des populations nous semble extrêmement utile, et nous espérons que les travaux d’USAID permettront de fournir des recommandations précises sur ces sujets, par ailleurs très complexes. »



De nombreuses organisations travaillent sur des méthodes conviviales permettant de réaliser les analyses nécessaires, a dit Mme Dufour. « Jusqu’à présent, ce genre de ressources a été limité en raison du peu d’intérêt porté à la nutrition en général, et au rôle de l’agriculture dans la réduction de la malnutrition en particulier. Mais on observe un changement d’attitude certain marqué par un engagement politique nettement plus fort. »



Selon M. Zeilinger d’USAID, la méthodologie de l’IYCN de l’USAID – qui est encore en cours de développement – n’est qu’un essai pour établir les liens entre les activités agricoles et la nutrition. « C’est quelque chose d’utile pour lancer la conversation. » Les donateurs, a t-il dit, pourraient finalement exiger de leurs partenaires de mise en œuvre qu’ils utilisent un outil d’évaluation d’impact durant le processus de conception d’un projet.



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