Un rapport fait état de plus de 5 000 morts depuis mars

Le nombre de personnes tuées en Syrie depuis le début du soulèvement contre le Président Bachar al-Assad il y a six mois, serait deux fois plus élevé que l’estimation actuelle des Nations Unies, et trois fois le bilan officiel du régime. C’est ce qu’indiquent de nouveaux chiffres émanant de chercheurs en droits humains et d’activistes de l’opposition en Syrie.



Le rapport, établi par Avaaz le mouvement mondial de campagnes citoyennes et son partenaire Insan, une des plus importantes organisations syriennes de défense des droits humains, indique que plus de 5 300 personnes ont été tuées.



Une équipe de 60 chercheurs en droits humains a vérifié le nom de 3 004 personnes tuées dans plus de 127 endroits de Syrie, entre le 18 mars et le 9 septembre ; 2 356 personnes de plus ont été enregistrées comme mortes, mais la vérification n’a pas encore été faite, a dit le rapport.



Chacun de ces 3 004 meurtres enregistrés a été vérifié à trois sources différentes, comme l’exigent les protocoles internationaux d’enregistrement des victimes de conflits : au moins un membre de la famille et deux autres contacts, tels que des amis, des chefs de communauté, des clercs de mosquée ou des imams.



Les 2 356 noms restants ont été enregistrés comme morts, mais les chercheurs d’Insan n’ont pas encore pu vérifier trois fois chaque cas, car ces morts ont été rapportées par la presse nationale syrienne ou bien les corps ont été emmenés suite à des blessures ou après leur mort et n’ont pas ensuite été pris en compte par les autorités.



Le chiffre total de 5 360 morts est grosso modo le double du chiffre le plus récent donné le 12 septembre par le Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme. Amnesty International quant à lui a documenté le décès de 2 121 personnes, sans compter les membres des forces de sécurité.



Le gouvernement ne reconnaît que 1 400 décès.



« Nous savions que les chiffres officiels étaient nettement en-dessous de la réalité, » a dit Henrietta McMicking d’Avaaz. « Les 3 004 noms ont été vérifiés. Même si nous savons que les 2 356 autres personnes sont réellement mortes, nous n’avons pas pu vérifier leurs noms selon nos critères qui sont très stricts. »



Ce chiffre, qui reste à vérifier, comprend les noms de 308 personnes dont la mort a été signalée dans les médias d’Etat, de 674 membres de l’armée donnés pour morts par les autorités et 1 374 personnes déclarées mortes, mais dont le corps n’a jamais été retrouvé.



L’enregistrement des morts de civils



Les nouveaux chiffres sur la Syrie ont été publiés au moment où 37 associations humanitaires et groupes de défense des droits humains ont lancé le 15 septembre la Charte pour la reconnaissance de chaque victime de violence armée, qui exige que les victimes de tout conflit armé soient rapidement enregistrées, correctement identifiées et publiquement reconnues par les Etats.



Quoique l’enregistrement des victimes soit obligatoire pour les Etats et les parties à un conflit dans le cadre du droit international humanitaire et des droits humains, peu, en pratique, le font.



« Il est vraiment incompréhensible que près d’un siècle après la naissance du droit international humanitaire, les Etats omettent d’enregistrer une bonne partie de ceux dont les souffrances avaient justement conduit à la création de ce droit, » a déclaré Sandra Orlovic, directrice exécutive suppléante du Centre de droit humanitaire en Serbie, lors du lancement de la Charte à Londres le 15 septembre.



Selon Hamit Dardagan, co-fondateur de l’Iraq Body Count [projet recensant les morts civiles dues à la guerre d’Irak] et co-directeur du programme « Every Casualty (chaque victime)» de l’Oxford Research Group [un groupe indépendant de réflexion sur les questions de sécurité mondiale], un enregistrement précis des victimes pourrait jouer un rôle dans la réconciliation post-conflit.



« Il est important que la vérité soit reconnue par tous les camps. Nous ne nous contentons pas d’enregistrer les morts, mais aussi les circonstances, » a dit M. Dardagan. « Cela permet souvent de trouver le responsable. »



« Tirer pour tuer »



Le détail des statistiques du nouveau rapport met en évidence une campagne des forces de sécurité visant expressément à tirer sur les manifestants pour les tuer. Parmi les décès vérifiés, 60 pour cent étaient déclarés comme ayant reçu les balles dans la partie supérieure du corps, à savoir la poitrine, le cou ou la tête.



Ceci confirme les déclarations faites à Human Rights Watch (HRW) par cinq soldats et membres d’agences de sécurité déserteurs, expliquant qu’ils avaient reçu des ordres explicites de tirer sur les manifestants.



En mai, Amnesty International a publié une sélection de séquences vidéo de civils syriens blessés à la tête ce qui, selon l’organisation, était la preuve d’une politique des forces de sécurité consistant à « tirer pour tuer » pour écraser les manifestations anti-Assad.



Torture et enfants



Selon Avaaz, 148 enfants ont été tués, dont une majorité par des balles tirées dans la partie supérieure du corps. Le rapport a révélé que 16 de ces enfants avaient été sévèrement torturés en détention avant leur mort.



« Il est difficile d’imaginer ce qui peut bien pousser à torturer des enfants en prison, » a dit Neil Sammonds, chercheur sur la Syrie à Amnesty International. « Peut-être que les forces de sécurité syriennes espèrent dissuader les gens de descendre dans la rue, en les terrorisant avec la menace de ce qui pourrait arriver à leurs enfants. »



Amnesty a documenté 10 cas d’enfants morts en prison depuis le début du soulèvement, et dont certains ont été mutilés avant ou après leur mort.



Parmi les 2 404 civils hommes morts depuis la mi-mars et dont la mort a été confirmée, le rapport d’Avaaz affirme que 159 ont été torturés à mort. Il documente aussi la mort de 278 soldats, tous des conscrits masculins appartenant à des divisions régulières de l’armée syrienne.



Selon le rapport, plus de 100 soldats sont morts de tirs de balles ayant atteint la partie supérieure du corps, trois ont été étranglés et 94 des corps portaient la marque de sévères tortures.



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