Anticiper la volatilité des prix

Un nouvel outil permettant de mesurer la volatilité des prix sur les marchés agricoles mondiaux pourrait aider les pays pauvres ou les organisations humanitaires comme le Programme alimentaire mondial (PAM) à décider où et quand acheter des denrées de base, selon Maximo Torero, directeur de la division marchés, commerce et institutions, à l’Institut international de Recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), un groupe de réflexion américain.



Mis au point par l’IFPRI, cet outil d’alerte précoce, du nom de NEXQ (Modèle non paramétrique des quantiles extrêmes), repose sur une modélisation économique sophistiquée permettant d’obtenir des évaluations quotidiennes de la volatilité des prix de quatre produits principaux (le blé dur, le blé tendre, le maïs et le soja) ; il vise à aider les analystes à anticiper la volatilité des prix.



 A l’aide de données sur les prix quotidiens des céréales remontant à 1970, ce modèle permet de déterminer si et dans quelle mesure les prix ont diminué ou augmenté par rapport à leur prix normal attendu.



« Si nous sommes dans une période d’instabilité excessive, l’outil fournit des mises à jour basées sur les prix mondiaux à venir, qui seront répercutés dans les pays en développement au cours des jours suivants ou même des semaines suivantes », a expliqué Maximo Torero.



Homi Kharas, membre de la Brookings Institution, écrit dans un texte d’opinion que c’est la volatilité des prix, ou « les changements rapides et imprévisibles des prix des vivres qui font des ravages sur les marchés, la politique et la stabilité sociale, et non les tendances structurelles des prix des vivres à long terme, auxquelles nous pouvons nous préparer et nous adapter ».



Il convient également de noter que la volatilité est à double tranchant : les prix augmentent et diminuent. Si les prix des vivres augmentent à ce point, cette année [2011], c’est uniquement parce qu’ils ont diminué très rapidement après avoir atteint des sommets en 2008. Les hausses et les diminutions rapides des prix des vivres peuvent toutes deux causer des problèmes ».



Le NEXQ devrait aider aussi bien les décideurs que d’autres responsables de la sécurité alimentaire « à prendre des décisions plus éclairées, et notamment à décider s’il faut mettre à disposition les réserves de céréales d’urgence, et à quel moment », a expliqué M. Torero.



Cet outil a été mis au point en vertu de deux recommandations formulées dans le Plan d’action sur la volatilité des prix alimentaires et sur l’agriculture, adopté par les ministres de l’Agriculture des Etats membres du G20, le 23 juin à Paris, a-t-il ajouté.









« Les spéculateurs s’enrichissent grâce à leur compréhension de la volatilité et à la garantie qu’ils fournissent contre celle-ci. Ils ne sont pas eux-mêmes à l’origine de la volatilité, sauf dans des circonstances très spéciales »

L’une des décisions des ministres du G20 était de mettre en place un Système d’information des marchés agricoles (AMIS) pour assurer la communication d’informations entre les marchés agro-alimentaires et améliorer le renseignement alimentaire. Le NEXQ permettra d’alimenter l’AMIS, a indiqué M. Torero.



Les ministres du G20 ont également proposé de soutenir un programme pilote destiné à mettre en place un système de réserve alimentaire ciblée, dédiée aux situations d’urgence humanitaire. Une étude de faisabilité sera réalisée par le PAM et ses partenaires en septembre 2011 ; elle permettra également de déterminer les pays pouvant prétendre à bénéficier de cette réserve.



Un mécanisme de déclenchement mondial



Le NEXQ permettra d’aider à gérer cette réserve, selon Maximo Torero, en fournissant un mécanisme mondial d’alerte cohérent, qui se déclenche systématiquement en période d’instabilité extrême des prix. Cela devrait aider les responsables de la réserve à analyser les pays les plus vulnérables et à élaborer des plans d’urgence nationaux.



La « Financiarisation » des marchés à terme, le peu de transparence des marchés, les informations insuffisantes dont on dispose au sujet des investisseurs, les changements inattendus provoqués par les situations d’insécurité alimentaire nationales et les réactions de panique qui poussent à acheter et à faire des réserves, sont autant de facteurs cités parmi les causes profondes des augmentations rapides et néfastes des prix des vivres.



La volatilité est toutefois « inhérente au marché alimentaire », et c’est elle qui entraîne les spéculations « et non l’inverse », a fait remarquer M. Kharas de la Brookings Institution.



« Les spéculateurs s’enrichissent, grâce à leur compréhension de la volatilité et à la garantie qu’ils fournissent contre celle-ci. Ils ne sont pas eux-mêmes à l’origine de la volatilité, sauf dans des circonstances très spéciales ».



Le rapport avec le cours du pétrole



M. Kharas propose, entre autres solutions, de briser le lien qui existe entre le prix des aliments et le cours du pétrole. « Le système alimentaire mondial actuel fonctionnait bien dans un monde où les prix de l’énergie étaient stables et bas, ce qui permettait aux vivres d’être cultivés dans des zones concentrées, puis transportés sur de vastes distances pour répondre à la demande. Ce système continuera de provoquer une instabilité tant que le cours du pétrole restera instable ».



« Je ne parierais pas sur un retour à des prix du pétrole bas et stables dans un avenir proche ; la solution consiste donc à changer le système alimentaire pour l’adapter à la nouvelle économie de l’énergie. Pour ce faire, il faut probablement localiser et diversifier davantage la production et la consommation, utiliser moins d’engrais, et moins gaspiller [aujourd’hui, 20 pour cent des aliments sont perdus pendant le stockage et le transport]. Ironiquement, il se pourrait bien que les forces du marché deviennent les meilleures alliées des mouvements Slow Food, des mouvements biologiques et de la production locale ».



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