L’agriculture urbaine prend racine

En République démocratique du Congo (RDC), des milliers de citadins vivent de l’agriculture urbaine : la culture maraîchère est en effet rentable pour les petits agriculteurs et permet de réduire un taux de malnutrition élevé à l’échelle nationale, selon les responsables agricoles.



La demande en légumes et les prix élevés de ces denrées dans les villes congolaises (jusque quatre dollars le kilo) ont incité de nombreux chercheurs d’emploi à se lancer dans l’agriculture à petite échelle.



Le long des routes de Kinshasa, la capitale, la plupart des espaces verts ont été transformés en petites exploitations. Aujourd’hui, la production urbaine de fruits et légumes est 122 pour cent plus importante qu’il y a cinq ans, selon les statistiques de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). La FAO soutient les maraîchers de cinq grandes villes de RDC dans le cadre d’un projet d’horticulture urbaine doté d’un budget de 10,4 millions de dollars et destiné à augmenter leur productivité et à développer leurs compétences agricoles.



« Ce programme a été lancé en réaction à l’exode rural massif qui a suivi cinq années de conflit dans l’est de la RDC ; aujourd’hui, il permet d’aider les agriculteurs urbains de la région à produire chaque année 330 000 tonnes de légumes », a déclaré la FAO dans un communiqué. « En plus des vivres, le programme fournit également des emplois et des revenus à 16 000 petits maraîchers ».



D’après Sébastien Mbuku, qui travaillait auparavant comme instituteur à Kinshasa, l’enseignement ne lui permettait pas de subvenir à ses besoins plus d’une semaine par mois. Ne parvenant pas à joindre les deux bouts, il s’est reconverti dans la culture de l’amarante (un légume-feuille) et de l’épinard sur un lopin de terre de 16 mètres carrés.

Aujourd’hui, Sébastien Mbuku a les moyens d’acheter de la viande pour nourrir sa femme et ses cinq enfants, et de payer les frais de scolarité de ces derniers. « Le maraîchage à petite échelle est désormais un emploi respecté au même titre que les autres », a déclaré M. Mbuku.



Le taux de malnutrition réduit ?



Les agriculteurs urbains vendent 90 pour cent de leur production sur les marchés et dans les supermarchés urbains, selon la FAO, contribuant ainsi à nourrir une population urbaine de plus en plus importante à mesure que les Congolais quittent la campagne pour s’installer en ville, en quête de sécurité.












Photo: David Hecht/IRIN
Kinshasa. Nombre de citadins se lancent dans l’agriculture urbaine pour gagner leur vie (photo d’archives)

« Lorsque la production aura doublé ou triplé, nous pourrons dire avec certitude qu’elle a contribué à réduire la malnutrition, car les légumes seront vendus moins cher sur le marché et les gens pourront en manger plus souvent », a indiqué Ndiaga Gueye, directeur national de la FAO en RDC.



D’après M. Gueye, bien que le projet ait contribué à améliorer la nutrition dans les zones urbaines, il reste beaucoup à faire. « Personne ne saurait faire croire que notre projet a éradiqué la malnutrition », a-t-il dit.



Selon une enquête publiée en 2009 par le Programme national de nutrition, le Programme alimentaire mondial (PAM) et le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), les taux d’émaciation sont alarmants chez les enfants des régions urbaines et rurales.



En RDC, d’après l’enquête à indicateurs multiples publiée par ces organismes en septembre 2010, 24 pour cent des enfants de moins de cinq ans ont un poids insuffisant ; 43 pour cent présentent un retard de croissance ; et neuf pour cent sont émaciés.



Micro-finance



Les revenus croissants des maraîchers, qui dégagent parfois 200 à 300 pour cent de bénéfices, intéressent désormais davantage les institutions de micro-finance telles que FINCA, un organisme de micro-crédits présent en RDC.



D’après FINCA, 99,9 pour cent des crédits accordés par l’organisme aux maraîchers ont été remboursés en totalité et dans les temps.



« Au début, je doutais que les maraîchers puissent rembourser leurs prêts », a indiqué Dick Mabiala, agent de crédit chez FINCA. « Mais j’ai changé d’avis lorsqu’une dame, qui cultivait des fruits et légumes, a remboursé son prêt de 300 dollars, avant de revenir déposer 1 000 dollars de bénéfices sur son compte. Cette dame ne cultivait que deux hectares de terre ».



Les revenus des agriculteurs ont en effet considérablement augmenté. A Kinshasa et dans la ville de Lubumbashi, les revenus annuels moyens des agriculteurs sont passés d’environ 500 dollars en 2004 à 2 000 en 2010. Dans la ville de Likasi, ils sont passés de 700 à 3 500 dollars. On observe une courbe de croissance semblable dans d’autres villes du pays, selon le communiqué de la FAO.



D’après Dick Mabiala, l’agriculture a même permis à certains maraîchers de financer leurs études. Mais à la fin de leur formation, ils reprennent leurs activités agricoles.



« A la fin de leurs études à l’université, ils vous disent qu’ils ne peuvent pas chercher un travail de bureau juste pour le prestige de porter une chemise propre et une cravate quand ils peuvent gagner 600 à 800 dollars », a-t-il expliqué.



pc/jb/cb – nh/amz