Une aide en espèces pour des milliers de familles vulnérables

La décision de la Syrie de verser un soutien financier en espèces à des milliers de familles vulnérables et de réduire certaines taxes pourrait aider à mettre fin à l’insécurité alimentaire et à l’augmentation de la pauvreté. Selon les experts toutefois, de nombreux Syriens ne mangent toujours pas à leur faim.



Les premiers versements ont commencé et proviennent d’un nouveau fonds destiné à aider 420 000 familles vulnérables. Le fonds national d’aide sociale, dont la création était prévue depuis plusieurs années, a été mis en place en janvier et les premiers versements ont eu lieu le 13 février.



Deux jours plus tard, le gouvernement a réduit les taxes sur un ensemble de produits alimentaires comme le riz, le thé, le lait en poudre, le café et les bananes. Il a également baissé les taxes sur l’huile végétale, la margarine, le café non torréfié et le sucre.



Peu après la destitution du président tunisien Zine El Abidine Ben Ali, le 14 janvier, le gouvernement a également annoncé une augmentation de 72 pour cent des subventions pour l’achat de combustible de chauffage pour les employés du secteur public.



« Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord bénéficient traditionnellement d’une sécurité alimentaire », a dit Arne Oshaug, expert en nutrition et en sécurité alimentaire au collège universitaire d’Akershus, en Norvège. « Mais de nombreux pays produisent désormais moins et dépendent des importations, qui sont sujettes aux fluctuations des prix ».



Les personnes plus aisées sont désormais touchées. Selon un indice de vulnérabilité alimentaire créé par Nomura, une société d’investissement japonaise, en Syrie, 47,9 pour cent du revenu des foyers en moyenne sert à acheter de la nourriture.



« Quand les gens dépensent une si grande part de leur revenu dans la nourriture, une légère variation des prix peut bouleverser leur capacité à manger suffisamment pour éviter la faim », a dit M. Oshaug.



La Syrie se heurte à une baisse de ses réserves de pétrole et à la croissance de sa population, ce qui limite ses possibilités. Le prix des aliments a augmenté et, parallèlement, certaines subventions telles que celles concernant les combustibles ont diminué.



« Il est très difficile de survivre », a dit un éleveur de la périphérie de Damas. « Nous avons à peine les moyens de nous procurer du thé, du pain et du sucre ».



Pauvreté et sécheresse



En 2005, un rapport des Nations Unies a révélé que 30 pour cent des Syriens vivaient en dessous du seuil de pauvreté et, 11,4 pour cent de ceux-ci, sous le seuil de subsistance.



Depuis, la situation s’est détériorée, notamment à cause de plusieurs années de sécheresse. Dans un rapport du 27 janvier, Oliver de Schutter, Rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, évaluait à 3,7 millions le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire.














Photo: Stephen Starr/IRIN
La sécheresse a été dévastatrice et a alourdi le fardeau des familles syriennes. Dans l’est et le nord-est du pays, certaines ont abandonné leur village

« Depuis 2006, le pays a été frappé par quatre sécheresses consécutives », a remarqué M. de Schutter. « La sécheresse de 2007-2008 a été particulièrement dévastatrice et a alourdi le fardeau qui pesait déjà sur la Syrie. Même si les précipitations de 2009 et 2010 ont été supérieures à celles des trois années précédentes, elles étaient mal réparties. Les conséquences pour les pâturages ont été positives, mais les récoltes ont été mauvaises dans les zones de culture pluviale des régions agroclimatiques les plus vulnérables ».



Dans le nord-est, a-t-il ajouté, la sécheresse a entraîné d’importantes pertes, notamment dans les gouvernorats d’Al Hasakah, de Dayr Az Zawr et d’Al Raqqah.



En janvier, le plan de réponse d’urgence à la sécheresse du Programme alimentaire mondial (PAM) et du gouvernement a été prolongé jusqu’en mai, les Nations Unies ayant conclu que l’insécurité alimentaire était un problème endémique.



« Les régions touchées par la sécheresse sont confrontées à une situation d’insécurité alimentaire », a dit Selly Muzammil, porte-parole du PAM en Syrie. « Nos dernières évaluations montrent que 25 pour cent de la population rurale des cinq gouvernorats étudiés sont touchés par l’insécurité alimentaire ».



La situation est encore aggravée par l’épidémie de rouille jaune et le mauvais temps, qui ont réduit la production agricole et poussé la Syrie à se tourner vers l’importation. Selon les chiffres du ministère de l’Agriculture, les cultures de blé, d’orge et de coton ont chuté de 17, 20 et 28 pour cent respectivement.



Filets de sécurité



Selon les experts, la situation pourrait entraîner une insécurité alimentaire chronique et toucher l’économie. « La malnutrition et les troubles d’apprentissage ne sont que deux exemples des conséquences possibles », a dit M. Oshaug, avant d’ajouter : « Des études ont révélé que l’insécurité alimentaire était directement liée à la diminution du PIB ».



La semaine dernière, le Fonds monétaire international (FMI) a dit que les pays du Moyen-Orient devaient se soucier davantage de généraliser les bienfaits de la croissance et de mieux cibler les aides sur les ménages les plus défavorisés.



Dans un entretien avec le Bulletin du FMI, Masood Ahmed, directeur du département Moyen-Orient et Asie centrale du FMI, a dit que les autorités de la région avaient annoncé une augmentation des dépenses budgétaires dans des proportions pouvant atteindre trois pour cent du PIB depuis le début des troubles en Tunisie.
























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Mais il a averti que les efforts devaient être durables. « Pour tenir compte des contraintes budgétaires sans pour autant réduire d'autres dépenses importantes, il importe d'améliorer et de moderniser les filets de sécurité existants », a-t-il ajouté.



Des financements plus importants et mieux ciblés



Selon les organisations humanitaires, la Syrie a besoin davantage de fonds pour mettre un terme à l’insécurité alimentaire. L’appel de fonds d’urgence du PAM pour le pays n’a pas atteint les résultats escomptés.



L’année dernière, en raison du manque de fonds, le PAM n’a pu distribuer de la nourriture qu’à 215 000 personnes au lieu des 300 000 bénéficiaires visés. Quelque 2 000 enfants ont reçu des compléments alimentaires pour prévenir les retards de croissance.



Selon les experts, il serait également nécessaire de mieux cibler les interventions. « Nous devons revoir l’aide au développement en général », a dit M. Oshaug. « Il faut se concentrer davantage sur les besoins des individus plutôt que sur ce que les politiciens veulent faire ».



La Syrie doit également trouver une solution au chômage, dont le taux s’élève à 11 ou 12 pour cent selon les estimations officielles et à 20 pour cent selon des analystes économiques indépendants. Le nombre de nouveaux emplois vacants ne progresse apparemment pas au même rythme que la demande.



sb/eo/cb – gd/amz