La crise politique et l’approvisionnement en ARV

Tandis que l’impasse politique en Côte d’Ivoire traîne en longueur, les organisations non gouvernementales (ONG) s’inquiètent de plus en plus de ses conséquences sur l’approvisionnement en médicaments antirétroviraux (ARV) qui permettent de prolonger la vie.



« Les protestations de rues, les blocus et d’autres problèmes ont perturbé l’approvisionnement en antirétroviraux dans certains endroits ; les patients du quartier d’Abobo, au nord d’Abidjan, n’ont pu acheter leurs médicaments qu’à la fin janvier, » a dit Yaya Coulibaly, président du Réseau Ivoirien des personnes vivant avec le VIH/SIDA (RIP +), une structure qui regroupe 65 ONG luttant contre le VIH/SIDA en Côte d’Ivoire.



« Cela fait plusieurs jours que le téléphone n’arrête pas de sonner. Les patients infectés au VIH/SIDA souffrent d’angoisse et de stress permanent, » a t-il ajouté. « Nous craignons que les événements actuels n’affectent leur santé mentale et n’aggravent la pandémie ivoirienne, » a t-il dit à IRIN/PlusNews.



M. Coulibaly a dit qu’à son avis, la situation était plus critique dans les zones contrôlées par les ex-rebelles, Les Forces Nouvelles.



« Seule la Pharmacie de santé publique fournit les traitements dans ces zones. Malheureusement, l’accès des véhicules est bloqué vers le sud. Nous avons appris qu’à Danané, tout à l’ouest, les ARV n’ont été distribués qu’il y a deux semaines, après un délai de deux mois, » a t-il dit.



Le directeur exécutif de RIP +, Claude Bayeto, a exprimé ses craintes : l’interruption des traitements peut selon lui provoquer une résistance aux médicaments et le système sanitaire du pays n’est pas totalement équipé pour y faire face.









« Cela fait plusieurs jours que le téléphone n’arrête pas de sonner. Les patients atteints du VIH/SIDA éprouvent de l’angoisse et un stress permanent »

« Si les choses ne s’améliorent pas et que la crise continue, nous arrêterons d’accueillir de nouveaux patients et nous nous occuperons seulement de ceux que nous avons déjà, » a t-il ajouté. « Et s’il n’y a aucune amélioration, nous devons nous attendre à un véritable désastre. »



La dernière pénurie d’ARV en Côte d’Ivoire remonte à 2005 : Les personnes vivant avec le VIH/SIDA avaient subi une interruption de trois mois dans leur traitement.



La thérapie antirétrovirale a été entièrement prise en charge par le gouvernement ivoirien en août 2008. En 2010, on estimait que 104 000 Ivoiriens bénéficiaient d’un traitement ARV, une opération principalement financée par le Plan d’Urgence du Président des Etats-Unis pour la Lutte contre le SIDA et d’autres organismes internationaux de lutte contre le VIH/SIDA.



L’aide humanitaire dans la tourmente



La crise a aussi affecté le soutien d’un autre donateur essentiel, le Global Fund to Fight AIDS, Tuberculosis and Malaria (Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme) 2 qui a approuvé des financements d’une valeur de plus de 290 millions de dollars pour la Côte d'Ivoire. Contacté par IRIN à Genève, le Fonds a confirmé que « en raison de l’instabilité politique, le Fonds mondial a pris des mesures pour sauvegarder ses stocks et ses fonds en Côte d’Ivoire, mais continue à assurer l’approvisionnement et la distribution de traitements vitaux contre le VIH et le paludisme. » Le Fonds mondial autorise également les agents de réalisation[implementers] à poursuivre les activités opérationnelles essentielles au cas par cas.



La Banque mondiale, qui a aussi promis de verser 20 millions de dollars pour lutter contre le SIDA en Côte d’Ivoire, a fermé ses bureaux d’Abidjan suite à la crise.



« Nous avons reçu l’assurance que le Fonds mondial financera les programmes d’urgence. L’argent, nous a t-on dit, est disponible, » a dit M. Bayeto de RIP+. « Mais certains projets soutenus par la Banque mondiale seront bientôt en difficulté. Nous sommes dans la seconde année de mise en place des projets et la fermeture du siège [d’Abidjan] est inquiétante. »



De « graves conséquences »



Nathalie Sadia Gahaley, directrice exécutive de l’ONG Lumière Action, a également averti qu’il fallait s’attendre à de graves conséquences pour les patients si le soutien des donateurs était compromis.



« Nous avons déjà été affectés par le retrait des donateurs, parce que nous ne l’avions pas prévu, » a dit Mme Galahey à IRIN/PlusNews. « Nous avons quelque 35 personnes vivant avec le VIH/SIDA qui reçoivent petit déjeuner et déjeuner, afin de pouvoir prendre leurs médicaments. Mais aujourd’hui nous sommes presque à court de réserves. Et je ne suis pas certaine que nous puissions honorer nos obligations envers ces patients qui doivent manger correctement pour prendre leurs antirétroviraux. »



La situation, a t-elle dit, est particulièrement difficile dans les zones qui ont été le théâtre d’affrontements violents. « Durant les manifestations dans les rues, les patients qui se trouvaient dans les coins dangereux étaient incapables de nous rejoindre pour venir chercher leurs rations alimentaires. Actuellement nous ne voyons régulièrement qu’une vingtaine de personnes par jour venir chercher leurs rations. Nous exhortons les décideurs des organisations humanitaires internationales à mettre en place un corridor humanitaire. »


















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Marguerite Doffou, directrice du Fonds National de Lutte contre le sida (FNLS) a dit que son organisation essayait de trouver des solutions à cette situation.



« Pour le moment, les fonds du FNLS ne servent pas à acheter des ARV, » a dit M. Coulibaly de RIP+. » Le fonds attendait la fin des élections pour bénéficier des taxes sur le tabac et les billets d’avion… Malheureusement, la situation n’est pas normale. Il va nous falloir trouver autre chose, » a t-il dit.



Séverine Tanoh, 29 ans, séropositive et couturière à Abobo, est inquiète : « Les évènements [politiques] ont eu lieu au début de mon traitement. Je me suis accrochée… Il n’y a eu que trois jours où je n’ai pas eu d’ARV. Tout est redevenu normal aujourd’hui, » a t-elle dit.



« Les ARV sont mon second souffle. J’appelle donc toutes les parties à se comporter de façon responsable et à garantir notre survie, » a t-elle ajouté.



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