Se préparer à l'afflux de réfugiés

Selon une « évaluation initiale des réfugiés » publiée par le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies, entre 400 et 600 Ivoiriens traversent encore quotidiennement la frontière entre l'ouest de la Côte d'Ivoire et le Liberia.



En s'appuyant sur les données récoltées lors d'une mission de quatre jours dans les zones frontalières du Liberia au début du mois, l'étude du PAM sur l'afflux de réfugiés ivoiriens et la sécurité alimentaire a remarqué que « la consommation des réfugiés [était] inadaptée » et a souligné la nécessité pour les réfugiés de recevoir soit des rations alimentaires complètes, soit des rations partielles complétées par des suppléments alimentaires.



Le PAM propose également des programmes « vivres contre travail » pour les 20 pour cent de la communauté d'accueil « la plus exposée aux conséquences négatives de l'afflux de réfugiés » et une extension des activités d'alimentation complémentaire dans la région d'accueil.



La plus grande partie des réfugiés se trouve dans le comté de Nimba, au nord-est du Liberia, tandis qu'une faible proportion est plus au sud, dans le comté de Grand Geddeh. Selon les estimations actuelles, la population réfugiée officielle serait d'environ 25 000 personnes, mais le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et les organismes partenaires ont prévu un plan d'urgence pour 50 000 réfugiés.



Le rapport du PAM signale que les foyers ordinaires hébergent souvent entre trois et cinq réfugiés. Dans certaines régions, les réfugiés sont plus nombreux que la population d'accueil. Le rapport cite l'exemple du village frontalier de Loguato, où vivent 5 307 réfugiés et seulement 1 743 locaux.



L'une des organisations non gouvernementales à avoir fait face le plus activement à l'afflux de réfugiés est Equip Liberia, dont le siège se trouve à Monrovia, mais qui est présente depuis longtemps à Nimba. D’après David Waines, le responsable d'Equip Liberia, le financement d'urgence apporté par l'USAID a permis de recruter davantage de personnel et d'étendre rapidement la distribution de médicaments et de soins médicaux dans les centres de santé des 23 zones d'entrée de réfugiés.



Des conditions de vie améliorées



M. Waines a remarqué que les conditions de vie des réfugiés semblaient s'être améliorées. Ainsi, il est moins fréquent que 20 personnes ou plus partagent une seule pièce. On tente également d’offrir aux femmes et aux enfants des espaces sûrs pour dormir. Il a félicité les autorités libériennes pour avoir réagi à l'arrivée des réfugiés de manière « efficace et anticipée ».



M. Waines a également attiré l'attention sur le fait que la composition démographique des réfugiés avait changé et que davantage d'hommes adultes et adolescents traversaient désormais la frontière.



Toutefois, les hommes seraient toujours recrutés comme mercenaires : « Chaque jour, j'entends parler de quelqu'un dont le parent ou ami s’était mis en route après avoir été recruté par le camp Gbagbo ou celui d'Ouattara ».



« C'est une perspective intéressante pour de nombreux anciens combattants libériens qui n’ont pas de travail en ce moment. Tout le monde s'attend à ce que la situation éclate », a dit M. Waines à IRIN.



Préparatifs en vue de l'arrivée de nouveaux réfugiés



M. Waines a confirmé qu'environ 500 personnes passaient encore chaque jour la frontière, mais que ce chiffre pourrait augmenter considérablement une fois que la distribution d'aide alimentaire aura véritablement commencé. Il a dit que la première distribution de nourriture était un projet pilote et ne visait que huit pour cent des réfugiés, même si 50 pour cent avait reçu des articles non alimentaires.



Le PAM a souligné le besoin de suivre l'évolution de la situation et signalé que le contexte opérationnel pouvait changer avec l'ouverture d'un camp de réfugiés et l'arrivée de la saison des pluies (à partir de mai).



Des organisations humanitaires à Abidjan et Dakar ont identifié la résolution du problème des réfugiés comme l'un des éléments essentiels de leur programme pour la Côte d'Ivoire et les États voisins. Elles concentrent également leurs efforts sur les déplacements dans l'ouest de la Côte d'Ivoire.



Dans une déclaration faite à New York le 13 janvier, Valérie Amos, secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires des Nations Unies et coordinatrice des secours d'urgence, a dit que les organisations humanitaires faisaient de leur mieux pour garantir que les plus nécessiteux, notamment les femmes, les enfants et les personnes âgées, reçoivent de l'aide le plus vite possible et que les plans d'urgence avaient été révisés en détail afin de s'assurer que les Nations Unies et ses collaborateurs soient prêts à intervenir en cas de crise humanitaire majeure.



« Une résolution paisible et rapide de la crise est essentielle pour les Ivoiriens et les habitants de la région. Il est important que toutes les parties au conflit évitent les provocations, les discours haineux et les incitations à la violence afin que la situation ne dégénère pas ».



cs/mw – gd/amz