Un plan quinquennal pour réduire de moitié les nouvelles infections au VIH

Le gouvernement éthiopien a présenté un plan quinquennal ambitieux visant à réduire de moitié les nouvelles infections au VIH, quadrupler sa distribution annuelle de préservatifs, et mettre sous traitement 85 pour cent des personnes atteintes du VIH ayant besoin de médicaments permettant de prolonger la vie.



On estime à 1,2 million le nombre d’Ethiopiens qui sont séropositifs. Selon le gouvernement, le taux de prévalence nationale du VIH est de 2,4 pour cent, avec de nettes différences entre la prévalence urbaine, qui est d’environ 7,7 pour cent, et les niveaux en milieu rural qui sont inférieurs à 1 pour cent.



Selon l’ONUSIDA, l’Ethiopie a déjà réussi à réduire de 25 pour cent les nouvelles infections au VIH depuis 2001. Le Bureau fédéral de prévention et de contrôle du VIH/SIDA (HAPCO) affirme que la prévalence parmi les jeunes gens est en baisse.



« Des données obtenues à partir d’études depuis 2007/08 et d’un projet d'enquête nationale ont montré qu’il y a de moins en moins de jeunes gens qui commencent leur puberté en étant infecté par le virus, tant dans les zones urbaines que rurales », a dit Yibeltal Assefa, directeur de la planification, de contrôle et de l’évaluation à l’HAPCO.



« Quand vous voyez par exemple la capitale Addis Abeba, [le] taux de prévalence parmi les jeunes [âgés de 15 à 24 ans] était au dessus de 12,1 pour cent en 2005…Deux ans plus tard, en 2007, il était descendu à 6,2 pour cent, montrant [une] baisse de presque 50 pour cent ».



Dans son dernier rapport mondial sur l’épidémie, l’ONUSIDA a rapporté des baisses des taux de prévalence chez les personnes suivant des soins anténataux dans les zones urbaines et les régions rurales d’Ethiopie, et une amélioration des indicateurs comportementaux se reflétant dans la diminution de nombre de gens ayant [déjà] eu des rapports sexuels à l’âge de 15 ans, et une réduction de nombre de gens rapportant avoir eu des rapports sexuels avec plus d’un partenaire durant l’année passée.



Selon le plan quinquennal, présenté au Parlement par HAPCO le 16 décembre, le gouvernement prévoit aussi d’augmenter la couverture du traitement antirétroviral de 60 à 85 pour cent. Près de 400 000 Ethiopiens ont besoin d’un traitement contre le VIH.



L’Ethiopie est en train d'accroître le nombre des centres de santé jusqu’à plus de 3 000 pour atteindre ses objectifs de traitement. Le plan vise aussi à augmenter la distribution nationale de préservatifs, de 97 à 400 millions par an.



L’ignorance, toujours un défi



Alors que les progrès du pays sont impressionnants, des analystes disent qu’il reste encore beaucoup à faire. Une étude, récemment publiée, du groupe de recherche Population Council et du Fond des Nations Unies pour la population (FNUAP), a noté que la stigmatisation et l’ignorance étaient toujours répandues parmi les jeunes gens.









« Un pourcentage considérable de jeunes gens n’avaient jamais entendu parler de préservatifs et n’y avaient jamais été …et environ la moitié pensait que les préservatifs sont utilisés par des gens aux mœurs légères »

« Un pourcentage considérable de jeunes gens n’avaient jamais entendu parler de préservatifs et n’y avaient jamais été confronté », a révélé l’étude. « Un tiers des jeunes gens [âgés de 15 à 24 ans] pensaient que les personnes ‘moral es’ n’utilisent pas de préservatifs ; 48 pour cent des jeunes gens pensaient que les préservatifs ne devaient pas être utilisés au sein d’un couple marié ; et environ la moitié pensait que les préservatifs sont utilisés par des gens aux mœurs légères ».



Les auteurs ont recommandé une attention accrue vis-à-vis de la transmission maritale du VIH/SIDA et l’utilisation de préservatifs par les couples mariés.



Inclure les MSM dans l’agenda du VIH



Le plan national contre le VIH vise à être exhaustif, mais tout programme spécifiquement pour les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (MSM) est notablement absent de ses stratégies contre le VIH, les MSM faisant généralement partie des populations « les plus à risque ».



Selon Israel Tadesse, un avocat à la municipalité de la ville d’Adis Abeba, le code pénal éthiopien inflige des peines de prison de trois à 12 mois aux personnes ayant des relations sexuelles avec des personnes du même sexe. La peur des répercussions juridiques est souvent un obstacle pour les personnes homosexuelles cherchant des services de prévention et de traitement du VIH.



« Il y a une opinion empirique [disant] que le nombre de MSM est en augmentation mais nous n’avons aucune étude ou donnée crédible ou officielle [sur le sujet] », a dit M. Yibeltal d’HAPCO. « L’Ethiopie n’est pas une île par rapport à l’état des choses dans le monde, alors je suis sûr que dans un futur proche il y aura une menace. Ainsi, une intervention nécessaire devrait être mise en œuvre, mais le problème jusqu’ici reste un agenda caché ».



kt/kr/cb – sk/amz