La prévention du VIH auprès des jeunes, un défi de taille

Lorsqu’on cherche à comprendre les raisons de la propagation du VIH chez les jeunes en Afrique australe, l’épicentre de la pandémie mondiale de sida, pourquoi ne pas s’adresser directement aux jeunes eux-mêmes ?



Il s’agit précisément de la démarche adoptée par les chercheurs du Southern African AIDS Trust (SAT), dans le cadre d’une étude portant sur cinq pays et menée en partenariat avec la Division de la recherche sur l'économie de la santé et le VIH/SIDA (HEARD en anglais) de l'Université du KwaZulu-Natal. Les résultats de l’étude ont révélé que la pandémie de VIH/SIDA chez les jeunes était plus complexe que ce que laissaient penser les nombreux programmes de prévention à l’intention des jeunes.



« La vie est compliquée, par conséquent, nos programmes de prévention doivent trouver des moyens de cerner ces complexités », a dit Jo Vearey, coordonnatrice du projet de recherche régional, aux délégués présents à la Conférence sur la recherche sur le VIH/SIDA en milieu de travail organisée à Johannesbourg le 10 novembre dernier.



Alors qu’un nombre croissant d’enfants nés séropositifs entrent dans l’adolescence, la majorité des jeunes sont infectés au VIH lors de rapports sexuels. En outre, les jeunes femmes sont particulièrement exposées aux dangers du virus. L’Afrique australe affiche un taux de prévalence du VIH au sein des jeunes (âgés entre 15 et 24 ans) de près d’un pour cent chez les garçons et de trois pour cent chez les filles. Toutefois, dans certains pays, le taux est beaucoup plus élevé.



En général, les efforts visant à réduire le taux d’infection chez les jeunes dans la région se sont soldés par un échec, a estimé Mme Vearey. « Nous devons reconnaître [notre échec], prendre une profonde respiration et aller de l’avant », a-t-il ajouté.



« Les facteurs clés »



Selon les résultats d’une rencontre de spécialistes en prévention du VIH organisée en 2006 par la Southern African Development Community, « les facteurs clés » de la transmission du VIH en Afrique australe sont les partenariats sexuels multiples et concomitants (MCPs en anglais), les rapports sexuels intergénérationnels, ainsi que les faibles taux de circoncision masculine combinés à un usage sporadique et irrégulier du préservatif.



L’objectif de l’étude du SAT consistait à déterminer si les organisations communautaires et les jeunes avec lesquelles celles-ci travaillent avaient connaissance de ces facteurs clés. Les équipes locales de chercheurs se sont entretenues avec plus de 400 jeunes du Malawi, Mozambique, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe, ainsi qu’avec des organisations qui menaient des programmes de prévention dans leurs communautés.



« Nous ne leur avons pas posé de questions sur les comportements sexuels, mais nous les avons questionnés sur ce qui, selon eux, alimentait la propagation du VIH et c’est ce qui est ressorti de leurs réponses », a expliqué Mme Vearey à IRIN/PlusNews.



La plupart des jeunes ignoraient le terme MCP, mais avaient leurs propres expressions. En effet, ils parlaient de « petites maisons », de « casa2 » et d’ « ATM » en référence à des pratiques menées à travers divers pays et qui avaient tendance à englober les rapports sexuels intergénérationnels.



Les rapports sexuels extraconjugaux étaient décrits par les jeunes comme étant l’une des principales causes de la propagation du VIH au sein de leurs collectivités, notamment dans le cadre des relations entre de jeunes filles et des hommes mariés plus âgés. La pression des pairs a également été citée comme un facteur qui encouragerait les jeunes à avoir des rapports sexuels, parfois dans le but d’avoir accès à des biens matériels, comme des vêtements ou des téléphones portables.



Selon les jeunes toujours, le chômage et l’absence de sécurité financière sont également des raisons selon lesquelles de jeunes femmes en particulier adoptent des comportements sexuels à risque. Toutefois, ils ont aussi établi un rapport entre leur désir d’explorer leur sexualité et les risques d’infection au VIH.



Mme Vearey a souligné que la plupart des messages de prévention positionnaient les jeunes femmes comme des êtres vulnérables, dénoués de pouvoir. « Nous assistons à un discours tout autre prononcé par les femmes elles-mêmes et nous devons y prêter attention », a-t-elle estimé. « Les jeunes femmes ont décrit la manière dont elles décidaient d’avoir des rapports sexuels, souvent avec des hommes plus âgés et fortunés… Elles n’ont peut-être pas tous les choix qu’elles aimeraient avoir, mais elles font quand même un choix. Nous devons nous faire une place dans cette organisation et aider les femmes à prendre des décisions sécuritaires ».



Les recherches ont également souligné le besoin de mettre un terme aux fausses idées et mythes que les jeunes entretiennent à propos du VIH. Par exemple, certains des jeunes interrogés pensaient que les préservatifs renfermaient des vers alors que pour d’autres, la circoncision masculine garantissait une immunité totale au virus.



Connaître son épidémie



Les connaissances des jeunes à l’égard du VIH/SIDA et les décisions prises en matière de sexualité sont influencées par tout un éventail de facteurs, dont l’âge, le sexe, le niveau d’instruction et la situation géographique.



Bien que les jeunes questionnés dans les cinq pays aient déclaré utiliser des préservatifs de manière non systématique, les raisons avancées variaient d’un jeune à l’autre. Par exemple, les jeunes femmes zimbabwéennes ont confié qu’elles craignaient de se faire attraper avec des préservatifs sur elles et préféraient prendre la pilule, car elles redoutaient davantage de tomber enceintes que de contracter le virus. Les jeunes Mozambicains, quant à eux, ont déclaré que leur usage des préservatifs dépendait de la disponibilité de leur marque préférée.



Les résultats de l’étude viennent renforcer le message martelé par ONUSIDA au cours des dernières années exhortant les organisations à « connaître [leur] épidémie » et à adapter les programmes de prévention en fonction d’une compréhension minutieuse du contexte local.



« Nous savons que les programmes ‘taille unique’ ne fonctionnent pas », a rappelé Mme Vearey. « Selon moi, nous devrions songer à [élaborer] des programmes de base puis y incorporer des thèmes spécifiques sur le terrain ».



Mme Vearey et ses collègues mènent actuellement une deuxième série de recherches visant à mieux cerner les décisions des jeunes en matière de sexualité. « Jusqu’à présent, les recherches ont soulevé plus de questions qu’elles n’ont apporté de réponses », a-t-elle dit.



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